11e RENCONTRE ANNUELLE DES MUSULMANS DU SUD : « IL EST TEMPS QU’UN ISLAM DE FRANCE EMERGE »

Publié le 17 mai 2013 à  3h00 - Dernière mise à  jour le 27 octobre 2022 à  15h49

La 11e Rencontre Annuelle des Musulmans du Sud, journée vitrine des associations et communautés musulmanes de la région PACA, se tient ce dimanche au Parc Chanot à Marseille. Une rencontre, toujours en phase avec l’actualité, qui s’articule cette année autour du thème : « Musulmans, Présences & Perceptions ». L’occasion pour la majorité silencieuse des musulmans de s’exprimer et de confier ses préoccupations, bien loin de l’image traditionnellement véhiculée par le champ médiatique.

Deux à trois mille personnes, venues de l'ensemble de la Région PACA, sont attendues ce dimanche au Parc Chanot à Marseille pour débattre sur le thème
Deux à trois mille personnes, venues de l’ensemble de la Région PACA, sont attendues ce dimanche au Parc Chanot à Marseille pour débattre sur le thème

« Musulmans, présences & perceptions » : c’est le thème sur lequel plancheront les 2 à 3 000 participants attendus ce dimanche 19 mai, au Parc Chanot à Marseille, dans le cadre de la 11e Rencontre Annuelle des Musulmans du Sud qui se teindra de 10h à 21h30. Une journée de savoir, de partage et d’échange « ouverte à tous » qui sera l’occasion « de dire et de faire connaître ce que les musulmans racontent ». « Leurs préoccupations sont les mêmes que tout le monde mais il faut le dire car aujourd’hui on est vu d’une certaine manière dans le prisme de l’actualité, souligne Leila Ngazou, membre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Au lieu de tomber dans la victimisation, la rencontre est là pour se parler, jeter des passerelles. »
Cette journée vitrine de ce que vivent les associations musulmanes de l’ensemble de la Région PACA, avec des associations venues de Marseille, mais aussi de Nice, Grasse, Antibes ou encore du département du Var, ne manquera pas non plus d’aborder « les problèmes au sein de la communauté musulmane ». « Ce ne sont pas des conférences pour se passer la pommade. C’est une journée de réflexion pour trouver des solutions aux différentes problématiques », insiste Leila Ngazou.
Forcément, le thème de « la visibilité des musulmans » s’est imposé cette année à ce rendez-vous qui se veut toujours en phase avec l’actualité, tant cette présence se retrouve souvent sur le champ médiatique. Car la présence des musulmans de France « devenue visible, pose des questions, interroge, voire inquiète », observe l’imam Mohsen Ngazou, directeur de la Rencontre Annuelle des Musulmans du Sud. Alors que 800 000 musulmans résident en région PACA, dont 200 à 250 000 à Marseille, il s’interroge : « Perçus par certains comme une menace ou un danger, comme une chance ou une opportunité par d’autres, les citoyens français de confession musulmane ne laissent pas indifférents. Sont-ils une réelle menace pour notre pacte républicain ? S’agit-il réellement d’un choc des cultures ou plus d’un manque de communication et de compréhension ? Pourquoi une telle hostilité à l’Islam de la part d’une frange de la société ? Les citoyens jouent-ils assez leur rôle de partage et d’échange ? » Autant de questions auxquelles tenteront de répondre les participants parmi lesquels un panel prestigieux de conférenciers et d’intervenants, avec notamment Tariq Ramadan, le théologien islamologue bien connu, Cheik Abderrazak Guessoum, philosophe sociologue de langue française, président de l’association des Oulémas musulmans algériens, ou encore le chercheur Raphaël Liogier, professeur de sociologie à l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) d’Aix-en-Provence où il dirige l’Observatoire du religieux.

« Il faut prendre le courage d’aller les uns vers les autres »

Sur ces questions, Leila Ngazou n’élude pas la part de responsabilité qui incombe aux musulmans. « Par notre silence et notre timidité, on laisse les amalgames et les préjugés s’installer. Il faut dire, verbaliser les choses, expliquer », insiste-t-elle. Elle conçoit également les craintes que cela peut susciter chez les non musulmans. « Ce sont des personnes qui sont matraquées à longueur de journée par des sujets sur l’Islam. Je peux comprendre qu’un Français de souche soit en situation de mal-être dans son pays. Mais ces malaises, ces regards, ces inconforts, ces incompréhensions qu’on peut comprendre, nous les vivons au quotidien en miroir. Pour dépasser ces incompréhensions mutuelles, il faut prendre le courage d’aller les uns vers les autres », explique-t-elle.
Pas question pour autant de passer sous silence « les actes d’islamophobie », à l’instar, selon elle, de ce décret interdisant aux mamans portant le voile islamique d’accompagner leurs enfants dans l’enceinte de l’école qui a suscité « l’indignation » au sein de la communauté musulmane de la région. « On nous serine un discours sur l’abandon des parents et, dans le même temps, on interdit aux mamans qui portent un voile d’entrer dans l’enceinte de l’école : c’est de la ségrégation. La maman musulmane ne peut pas accompagner ses enfants, elle est en retrait de l’éducation, exclue de l’école : imaginez la violence qu’on fait à un enfant ! C’est de la maltraitance. Qu’est-ce qu’on attend de ces enfants après ? », dénonce-t-elle en refusant toutefois de « tomber dans la psychose ou la victimisation ».
Outre « les perceptions » des musulmans, la journée abordera aussi « les présences » musulmanes dans l’Hexagone. « Les musulmans sont là depuis l’immigration économique des années 1970. Mais il n’y pas qu’un seul Islam en France. Jusqu’ici, on a un Islam saoudien, tunisien… de nos parents qu’on a ramené dans nos bagages et que chacun pratique comme il peut. Mais à la 4e-5e génération, aujourd’hui on ne veut plus d’un Islam saoudien : il faut en faire le constat et se dire qu’il est temps qu’un Islam français émerge », plaide Leila Ngazou.

« Toute une jeunesse qui se sent française et musulmane »

D’autant que, comme le souligne l’imam Mohsen Ngazou, « il n’est plus lieu aujourd’hui de parler de musulmans résidant en France mais bien de citoyens musulmans à part entière investis et engagés dans l’avenir de ce qui est devenu également leur pays ». Ce que confirme son épouse, maman de cinq enfants. « Ils se réfèrent à leur culture musulmane et française sans être en dichotomie dans leur personne. Ils ne sont pas Tunisiens, ils se sentent Français. Mais mes enfants ne sont pas des exceptions : on a toute une jeunesse qui se sent française et musulmane. Il est temps de laisser émerger cet Islam français qui est en train de naître », témoigne Leila.
Un point de vue qui, s’il est majoritaire, n’est pas partagé par la totalité de la jeunesse musulmane. « Nous avons une autre partie de la jeunesse qui devient le jouet de certains concepts, comme celui « de l’autre ». Ils sont minoritaires, mais ce sont eux qu’on voit. Et je me mets à la place des Français de souche qui se disent : « Ça y est, on est foutus ». Je comprends qu’on ait peur. C’est une jeunesse en échec, qui n’a pas été aidée peut-être, et qui estime que c’est la faute de ce pays. Elle tombe dans l’extrémisme avec une lecture de la religion guidée par la haine des autres. En tant que musulman de France, il faut dire « non » : la haine de l’autre et être musulman, c’est antinomique », martèle-t-elle.
Bien au contraire, c’est l’ouverture au monde qui guide aujourd’hui les musulmans de la région, à l’instar du fonctionnement mis en place dans le collège privé musulman de Marseille, le seul en PACA, qui dépend de l’UOIF. Installé dans le 15e arrondissement, 50, boulevard Viala, à proximité immédiate du Centre Musulman de Marseille, il regroupe 110 élèves en 5 classes de la 6e à la 3e (2 classes de 5e).

Un collège privé qui forme « de jeunes citoyens français musulmans »

Inauguré pour la rentrée 2009, l’établissement grandit en même temps que ses premiers élèves et deviendra l’année prochaine un lycée, ce qui explique qu’il soit en plein travaux actuellement. « Nous avançons doucement mais vraiment, avec un accompagnement de proximité : ce n’est pas l’usine. Nous avons 25 enseignants et 3-4 intervenants pour une étude renforcée. Ils ne sont pas tous musulmans. Nous tenons à cette diversité au sein de l’établissement. Ce n’est pas un collège ghetto mais un collège ouvert sur le monde : nous formons de jeunes citoyens français musulmans », insiste Leila Ngazou.
Déjà en partenariat avec le rectorat et l’Inspection académique, « un lien étroit auquel nous tenons », l’établissement espère bientôt être en contrat avec l’Etat, ce qui faciliterait les équivalences pour les élèves amenés à changer d’établissement scolaire. « On n’est pas une société en parallèle. Nous sommes des citoyens à part entière. Les enfants sont les acteurs de leur vie : il est important qu’on soit sous contrat », insiste-t-elle.
Une volonté de prendre son destin en mains qui s’illustre enfin au Centre Musulman de Marseille, lieu qui héberge plusieurs associations, où une mosquée de quartiers a été inaugurée le 15 mars dernier en présence de la sénateur-maire du 8e secteur de Marseille Samia Ghali (PS). « Une petite mosquée de quartier où les gens viennent vivre leur foi » que l’on doit aux dons et au travail des bénévoles qui ont pris du temps sur leurs week-ends. « La communauté musulmane de Marseille est une communauté à laquelle on a beaucoup promis et pas tenu. Il faut reconstruire, rebâtir cette confiance entamée. Ici, les gens viennent, voient que les travaux avancent, savent où vont leurs dons. C’est un lieu qui va servir à l’intérêt de tous, donc on ne veut pas d’investissements étrangers. On veut un Islam de France donc c’est aux musulmans de France de s’investir dans les projets. Il faut que les musulmans de France se sentent acteurs du projet, même si ça demande plus de temps. C’est la marque de fabrique de l’UOIF », résume Leila Ngazou.

Serge PAYRAU

Programme de la 11e Rencontre annuelle des Musulmans du Sud, dimanche 19 mai au Parc Chanot à Marseille :

Programme de l’espace Débats (Hall 1) :

14h30-15h15 : Pour une meilleure compréhension de l’Islam – Moncef Zenati.
15h15-15h45 : Association humanitaire – Bakara City.
15h45-16h45 : Jeunes : repères et engagements – Hassan Iquioussen.
16h45-17h45 : Islamophobie : quelle tendance ? – Marwan Muhammad & Raphaël Liogier.
18h-19h : La France : quel avenir avec le monde arabo-musulman ? – A. Mourou, Cheikh A. Guessoum, A. Rawi.

Programme de l’espace conférences (Grand Amphithéâtre) :

10h-10h30 : Lecture noble du Coran. Allocution d’ouverture.
10h30-11h15 : Islamophobie : notre part de responsabilité – Moncef Zenati.
11h15-12h : Présence spirituelle (notion de Vicariat) – Hani Ramadan.
12h-13h : Islamophobie, réalité inquiétant : visibilité et espace public – Table ronde : Marwan Muhammad, Hassan Safoui, Raphaël Liogier.
13h-14h30 : Pause déjeuner – Salat Dhor.
14h30-15h15 : Islam et Moderrnité dans le printemps arabe – Abdelfattah Mourou.
15h15-15h25 : Association humanitaire.
15h25-16h10 : Jeunes Musulmans : une histoire, un avenir… – Hassan Iquioussen.
16h10-16h55 : L’Humanité : besoin des valeurs de l’Islam – Ahmed Rawi.
16h55-17h05 : Association humanitaire.
17h05-17h50 : Bien vivre ensemble : un projet à construire – Mohsen Ngazou.
17h50-18h35 : Pause – Salat ‘Asr.
18h35-18h45 : Association humanitaire.
18h45-19h30 : Apport civilisationnel des musulmans contemporains – Cheikh Abderrazak Guessoum.
19h30-20h10 : Concours de mémorisation du Noble Coran : cérémonie de remise des récompenses.
20h10-20h50 : Collège privé musulman de Marseille – Ibn Khaldoun.
20h50-21h35 : Chocs des cultures ou chocs des ignorances – Tariq Ramadan.

PAF : 10 €/gratuit pour les moins de 12 ans. www.uoif-rams.fr

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