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A lire : Raphaël Liogier « Ce populisme qui vient », aux éditions « Textuel »

mardi 22 octobre 2013

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Raphaël Liogier est sociologue des religions, professeur des universités à l’IEP d’Aix-en-Provence. (Photo D.R.)

Malheureusement chaque jour qui passe signifie la pertinence de l’ouvrage que le sociologue Raphaël Liogier vient de publier aux Editions « Textuel » : Ce populisme qui vient. Un ouvrage qui alerte, invite à la réflexion, offre des clés de décryptage des phénomènes qui sont en cours, sur ce «  populisme liquide » qui, selon l’universitaire, caractérise notre époque. A lire de toute urgence pour éviter une dérive qui peut conduire on ne sait où.
Selon le professeur, dans un premier temps, le populisme : « consiste à sortir de la logique de contestation émanant des marges extrémistes, que ce soit de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche. Il nourrit un sentiment d’unanimisme, rassemblant les gens au-delà des familles partisanes au nom du bon sens du vrai Peuple ». Ainsi, « Marine Le Pen aujourd’hui n’est plus un leader d’extrême-droite, elle qui se dit anticapitaliste  ». Et, la France n’est pas un fait unique : « Clairement, un nouveau centre de gravité populiste existe aujourd’hui en Europe alors qu’il n’était pas encore constitué il y a une dizaine d’années ».

« Aujourd’hui nous avons au PS la Gauche populaire, à l’UMP la Droite forte et la Droite populaire »

Alors, pour Raphaël Liogier, le séisme politique de 2002 qui a vu Jean-Marie Le Pen arriver au deuxième tour «  n’est rien par rapport à la situation actuelle  ». Marine Le Pen est devenue politiquement correcte « peut-être n’arrivera-t-elle pas au second tour de la présidentielle pour des raisons circonstancielles, des questions d’alliance, de morcellement de l’électorat ; en gros, cela dépendra du nombre de candidats à gauche et à droite. Mais si elle y arrive (…) elle n’aura pas contre elle un front républicain (…) parce qu’elle est maintenant structurellement non plus à la marge, mais au cœur de l’échiquier politique ».
Elle est d’autant plus au centre du jeu que, si dans les années trente, les partis classiques « ne tombaient pas dans l’appel au vrai peuple, aujourd’hui nous avons au PS la Gauche populaire, à l’UMP la Droite forte et la Droite populaire. Des parlementaires peuvent faire sans problème, soudain, de l’antiparlementarisme. C’est donc l’ensemble de la classe politique qui est touchée par le populisme liquide ».

« Une dissolution de l’extrême-droite »

Cette nouvelle donne politique n’est pas due à une extension de l’extrême-droite « contrairement à ce que l’on peut entendre, mais d’après moi, à une dissolution de l’extrême-droite. Et c’est beaucoup plus grave ».
Pour l’auteur, le nouveau discours du FN se bâtit sur l’anti-capitalisme et l’anti-islam, ce qui ne l’empêche pas de conserver ses vieilles strates, et ainsi, de rendre hommage à « l’écrivain antisémite et collaborationniste Robert Brasillach ».
Puis de définir six points qui, à ses yeux, s’enchaînent pour nourrir l’atmosphère populiste dans une société, parmi lesquels la menace qu’ il faut qualifier, personnaliser, aujourd’hui, l’islam. « Des ennemis qui ne pourraient pas réussir à nous anéantir s’ils n’étaient pas aidés consciemment ou inconsciemment par "le système", par ceux qui sont au pouvoir  ».
Ce populisme a un autre adversaire : « Les sciences sociales qui veulent nier les évidences biologiques dont le Peuple à l’intuition dans sa sagesse immémoriale. Le sociologue est devenu l’imposteur par excellence puisqu’il se refuse à admettre l’existence d’un peuple naturel qui serait une sorte d’entité métaphysique, sans causes économiques et sociales  ». Et, dans ce cadre, Laurent Muchielli est régulièrement attaqué par l’extrême-droite : « parce qu’il s’intéresse en particulier à la violence urbaine et à ses causes économiques et sociales, il ne serait plus ainsi en contact avec la vie du Peuple »

« Nous assistons à la mise en réseau des populismes européens »

Raphaël Liogier met aussi à mal quelques idées reçues. Ainsi, le populisme violemment anti-européen dans le discours, est, dans les faits, européaniste. « Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen se rend à Vienne en janvier 2012, à l’invitation du parti autrichien de la liberté et de l’alliance européenne pour la liberté. Nous assistons à la mise en réseau des populismes européens, tandis que l’accent est mis sur les valeurs centrales de la cohésion, telles que la démocratie, la liberté et même la tolérance. (…). Au sein de ces formations et même au-delà d’elles, on peut se permettre de limiter la liberté au nom de la défense du vrai peuple ».

« A partir du moment où le monde ne regarde plus vers l’Europe, celle-ci se met à voir le monde autrement »

Puis de revenir sur la crise de l’Europe qui, aujourd’hui, n’est plus qu’une partie du monde après en avoir été le nombril. Une domination qui a produit «  un complexe de supériorité de la part des Européens et d’infériorité de la part de tous les autres. Il y a une sorte d’admiration/répulsion pour le continent européen. L’islamisme, par exemple, prend sa source dans la haine d’un Occident mythifié, c’est le fruit de la blessure narcissique subie par le monde arabo-musulman ». Le fossé se creuse d’autant plus que, « à partir du moment où le monde ne regarde plus vers l’Europe, celle-ci se met à voir le monde autrement, non plus comme un terrain de jeu, mais comme une menace écrasante  ».

« le libéralisme est tout à fait compatible avec le marxisme »

Et le populisme, a aujourd’hui deux ennemis, le capitalisme, qu’il a inventé et l’islam qu’il a écrasé pendant des siècles. La dénonciation touche aussi le libéralisme. L’auteur rappelle qu’il faut distinguer le libéralisme politique du libéralisme économique. Plaide pour une réhabilitation de ce mot, affirme : « le libéralisme est tout à fait compatible avec le marxisme  ».
L’auteur conclut en considérant que, s’il existe toujours une sensibilité de droite et une de gauche, elle passe au second plan aujourd’hui : « comme à l’époque de l’affaire Dreyfus : la véritable fracture se situait entre d’un côté les antidreyfusards, populistes, de droite comme de gauche, qui acceptaient de sacrifier les droits de l’Homme, l’État de droit, à la défense de la Nation et les dreyfusards, libéraux, qui refusaient d’entrer dans cette logique ».
Michel CAIRE
Raphaël Liogier « ce populisme qui vient », conversation avec régis Meyran, éditions textuel, prix : 15 euros

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