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A propos du bien-être... par Marion Cardella : Aller à la source...

samedi 18 avril 2015

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(Photo Philippe Maillé)
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(Photo Philippe Maillé)

Dans notre si belle Provence, se trouve un lieu particulier, fort et mystérieux : la Fontaine du Vaucluse, chantée par Pétrarque et Frédéric Mistral (1). En Provençal elle est appelée « la source de la vallée clause » (Font de Vau-cluso). Cette source a toujours conservé ses secrets et provoqué attraction et fascination chez les humains. C’est depuis l’Antiquité un lieu de culte et d’offrandes. Il s’agit d’une cavité dans la roche d’où jaillit une source, la plus importante exsurgence de France, la cinquième au monde, avec un débit annuel de 630 à 700 millions de mètres cubes. La profondeur du gouffre serait de -308 mètres par rapport au niveau de la rivière. Il n’a jamais été possible d’atteindre le fond du trou. De nombreuses expéditions ont tenté en vain de sonder le fond de l’abîme, mais la pression est trop forte à -308 mètres sous terre pour qu’un plongeur puisse survivre. Et la paroi est tellement épaisse que les transmissions par onde radio ne sont plus possibles dès que l’on atteint une telle profondeur. À -308 mètres de profondeur, la cavité présente une sorte de « coude » impossible à franchir par un submersible filoguidé. Aller s’asseoir au bord de cette source en semaine, en automne ou en été lorsqu’elle est basse, quand le lieu est calme et tranquille, c’est entrer dans une expérience. Se relier à l’énergie de ce lieu, c’est pénétrer le monde du symbole et des archétypes, le monde de l’inconscient.
Je m’assois au bord du gouffre, dans l’immobilité et le silence, et je laisse la résonance advenir. Bientôt il n’y a plus moi dans un lieu touristique étonnant, ne demeure plus que la femme que je suis, fondue, absorbée dans le féminin, l’éternel féminin, l’anima de Yung. S’asseoir là tranquillement, c’est pénétrer dans le ventre de la Terre Mère. De cette cavité dans la roche jaillit donc une source. Lorsqu’elle est basse, tout est calme, mais après la fonte des glaces au printemps, en automne également, elle se déverse à grands flots en cascades tonitruantes pleine d’embruns. Quelle puissance alors ! Expressions multiples d’une même force…
L’homme contemporain est capable de prouesses technologiques, mais il n’est pas parvenu à expliquer ce phénomène naturel de la Fontaine du Vaucluse, comme il ne vient pas à bout de cet autre phénomène naturel des « femmes fontaine ou femmes source » (2). La science et la technique évoluent mais toujours le mystère demeure. Le Mystère n’est pas une équation que nous résolvons avec notre énergie masculine, il est par essence ce qui nous échappe sans cesse, ce qui est imprenable, dont on ne peut se saisir. Mais il se découvre, se donne, se partage. C’est une communion qui se vit, et il y a là une beauté indicible qui se révèle si tant est qu’on accepte simplement de se laisser pénétrer par un lieu, une œuvre, un être…
Les femmes fontaine ou source participent de ce Mystère. De cette cavité génitale en elles, jaillit une source, comme un éclat de rire. Expression d’une vitalité qui ne se vit que dans le lâcher-prise et le plaisir, comme une invitation : arrêtez-vous un instant et contemplez simplement le vivant vous traverser. Écoutez alors les sensations sans discrimination, analyse ou jugement. Laissez être ce qui est. Une invitation à changer de positionnement dans ma manière d’entrer en relation avec moi, avec l’autre, avec mon environnement. Dans les actes, elle peut prendre plusieurs formes : aller à la Fontaine du Vaucluse par exemple en laissant la touriste en moi au placard, ne pas y aller pour prendre des photos, mais y pénétrer comme dans un lieu sacré, avec du respect et la délicatesse du regard, et laisser ce lieu m’impressionner. Si l’on se place dans l’Ouvert, ce lieu peut en effet nous impressionner, dans le sens où l’on en garde une impression en nous comme un tissu peut en recevoir une de formes et de couleurs. Ce n’est alors plus exactement le même tissu.
Dans la même démarche, une invitation à vivre l’acte amoureux comme une véritable rencontre, une communion avec soi d’abord, puis avec l’autre qui n’est plus alors un objet à consommer pour vivre le plaisir charnel. C’est plutôt vivre une sorte de phénoménologie de l’acte sexuel. Qu’est-ce qui se manifeste lorsque je ne suis plus dans l’avoir, dans le vouloir, mais simplement dans l’accueil de ce qui apparaît là ?
Dans ces deux cas, il s’agit de vivre un abandon qui permet la communion. Je ne viens pas dans ce lieu pour rapporter des photos de mes vacances, je ne fais pas l’amour avec cette personne pour la posséder, mais seulement pour le pur plaisir d’être là, d’être unis… Alors la relation qui s’installe est de l’ordre du sacré, et l’on peut entrer dans la danse cosmique du don de vie et de l’offrande. La Terre et la Femme offrent leur Mystère…et la source jaillit.
Nous sommes des êtres en devenir et nous pouvons choisir d’adopter une attitude phénoménologique dans la contemplation du réel et de la relation, en observant ce qui apparaît à notre conscience comme un paysage toujours nouveau et unique. Et ne pas s’arrêter à cette contemplation, faire un pas de plus, celui qui mène de la surface à la profondeur. « Un visible est la surface d’une profondeur » (Merleau-Ponty). Dans la vie, il y a un jeu incessant entre surface et profondeur, visible et invisible. Dans les profondeurs de la Terre comme dans les profondeurs de l’Être, un invisible se cache, il y a du Mystère, et adopter une attitude de lâcher-prise et d’abandon, passer par la corporalité, la sensation, l’empathie, accepter de ne pas trouver de réponses logiques, est ce qui me permet à travers une succession de phénomènes, une évolution vers la découverte de la conscience voilée. Il s’agit, dans une démarche herméneutique, de déchirer le voile d’Isis. Et c’est toute notre capacité existentielle qui en sort grandie.
- 1. « Parti pour faire danser les filles de l’Isle-sur-Sorgue, le vieux ménétier Basile s’endormit à l’ombre un chaud jour, sur le chemin de Vaucluse. Apparut une nymphe qui, belle comme l’onde claire, prit la main du dormeur et le conduisit au bord de la vasque où s’épanouit la Sorgue. Devant eux, l’eau s’entrouvit et les laissa descendre, entre deux murailles de liquide cristal au fond du gouffre. Après une longue course souterraine, la nymphe, au milieu d’une souriante prairie, semée de fleurs surnaturelles, arrêta le ménétrier devant sept gros diamants. Soulevant l’un d’eux, elle fit jaillir un puissant jet d’eau. Voilà, dit-elle, le secret de la source dont je suis la gardienne, pour la gonfler je retire les diamants, au septième, l’eau atteint "le figuier qui ne boit qu’une fois l’an" et elle disparut en réveillant Basile ». Frédéric Mistral.

- 2. Voici un sujet tellement peu abordé ! Jacques Salomé l’a exploré et l’évoque comme « le dernier tabou de la sexualité féminine ». Pour aller plus loin, lire « l’effet source, le dernier tabou de la sexualité féminine », par Jacques Salomé aux éditions J’ai Lu, collection Bien-Être.

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