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Aéroport Marseille Provence - Entretien avec Julien Boullay : "Citus, altus, fortus ... privatus ?"

samedi 31 décembre 2016

C’est une année 2016 charnière qui s’achève pour l’Aéroport Marseille Provence (AMP). Depuis sa création en 1922, l’aéroport de Marignane devenu l’aéroport Marseille Provence en 1986, s’est inscrit dans l’avenir via un agrandissement de son infrastructure pour accueillir aujourd’hui quelque 8,3 millions de passagers et desservir 100 destinations en vol direct (contre 58 en 2006). Et c’est quelque 10 millions de passagers qui sont attendus d’ici 2020. Pour ce faire ½ milliard d’euros seront investis pour le plus grand plan d’investissement de l’histoire de l’aéroport. Le 8 novembre a marqué une nouvelle étape dans la construction du nouveau visage de l’AMP avec des couleurs qui portent haut la Provence à travers un nouveau logo et un design qui s’invitera au sein de tous les espaces de l’AMP. « Un projet éminemment collectif, qui a nécessité 2 ans de travail », précise Julien Boullay, Directeur Marketing et Communication de l’aéroport Marseille Provence. Nouvelles infrastructures, nouveaux design construisent un ensemble qui va permettre de garantir « un haut niveau de service à nos clients mais aussi à nos partenaires opérationnels. Et pour attirer les compagnies aériennes, il était essentiel d’engager l’aéroport dans un grand projet de modernisation », a précisé Julien Boullay lors d’une conférence de presse. Et en cette veille de changement d’année, il apporte quelque éclairage en répondant aux questions de Destimed. Entretien.

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Julien Boullay, Directeur Marketing et Communication de l’Aéroport Marseille Provence (AMP)

Destimed : Pourquoi le 8 novembre 2016 est à marquer d’une pierre blanche pour l’AMP ?
Julien Boulay : Nous avons présenté notre nouvelle identité visuelle, un nouveau logo. Souvent quand une entreprise change de logo, les gens ne comprennent pas la raison, le lien entre ce changement et la stratégie de l’entreprise. En l’occurrence nous, nous en avons présenté un révélateur d’une transformation beaucoup plus globale. L’ancien était un peu austère, un peu froid, ne nous disait pas grand-chose de la Provence. Nous avons, avec l’aide d’une agence, recherché à recréer un logo qui nous ressemble et qui reflète ce qu’est aujourd’hui Marseille-Provence. Dans l’ancien Marseille Provence apparaissait en petit autant avec cette nouvelle identité aéroport Marseille Provence apparait en noir en toutes lettres en gros à droite, une manière d’affirmer notre territoire. A gauche, nous lisons encore AMP mais c’est une écriture extrêmement graphique. On le voit peu, ce n’est pas grave, c’est une signature très moderne, très personnalisée qui, pour le coup reflète la Provence et toutes ses couleurs représentées. On retrouve la palette de Cézanne. Et puis, il y a cette verticalité des lignes qui fait penser à nombre de choses notre Hall 1 Pouillon, l’un des symboles de l’aéroport, construit en 1961, qui est un bâtiment très haut avec ses colonnes en façade. On retrouve également la signalétique en piste avec ces grandes bandes de couleurs qui viennent délimiter les voies de circulation des avions. Un nouveau logo, une nouvelle identité qui a du caractère, moderne qui arrive en amont d’une transformation de l’aéroport plus importante. AMP s’est construit progressivement d’abord avec ce hall Pouillon en 61, puis, dans les années 90 sont érigés les hall 3 et 4 où se trouvent notamment l’activité domestique d’Air France et Air Corsica. L’aérogare mp² est arrivé en 2006. Tous ces halls s’inscrivent dans des architectures différentes et nos client nous disaient ne pas avoir l’impression d’être dans le même aéroport entre le hall 1 et le hall 4. Cette nouvelle identité va nous permettre de gagner en cohérence sur les différents terminaux.

Pourquoi ce choix de mettre de la couleur dans la vie de l’aéroport qui n’est autre qu’un espace de transit ?
Ce qui était à la mode il y a 15, 20 ans avec des lieux aux couleurs assez neutres n’est plus d’actualité. Quand vous êtes en salle d’embarquement la moquette et les sièges de couleur neutre, c’est quand même tristounet. Nos clients nous ont dit : « On veut sentir que l’on est en Provence et pas ailleurs. » D’où ce travail sur les couleurs, d’où cette volonté de profiter d’avantage d’un aéroport. On a la chance d’avoir une vue sur les pistes d’un côté et de l’autre les collines de Vitrolles dans l’aérogare central. Il s’agit de mettre en avant cette large ouverture sur l’extérieur. En salle d’embarquement, on aura de nouveaux mobiliers orientés vers les pistes. Notamment des transats pour se reposer, bouquiner et en même temps voir les pistes. Au-delà de l’identité, Il fallait se demandait, comment est-ce que l’on transforme l’expérience des passagers dans les salles d’embarquement et qu’ils se sentent mieux, qu’ils ne se sentent pas dans un aéroport lambda en Europe mais qu’ils se sentent en Provence ? Ce qui est aussi important pour les visiteurs que pour les Provençaux.

Combien de temps a été nécessaire pour arriver à cette identité visuelle ?
C’est l’aboutissement de deux ans de travail avec une réflexion en profondeur sur nos valeurs, ce qu’attendaient de l’aéroport nos clients. Tout s’est accéléré sur les derniers mois par la démarche collaborative que nous avons mise en place. Avec la question « Si vous transformiez l’aéroport avec nous ? ». On a donné la parole à nos clients : « Qu’est-ce que vous attendez de plus de Marseille-Provence ? ». En quelques semaines nous avons recueilli 1 000 idées extrêmement variées et qui nous ont permis de voir ce qu’à leurs yeux étaient le plus important et, quel manque l’on devait combler. Et ce qui en est ressorti c’est que l’ancrage régional de l’aéroport devait être renforcé.

Tout sera visible quand ?
C’est un travail qui s’échelonne sur deux années tout sera terminé en 2018 avec une bonne partie en 2017.

Des inaugurations à venir ?
Le cours provençal que nous allons créer. En ce moment cela ne se voit pas trop car nous sommes en plein chantier devant le parvis. Dans 4 mois vous ne reconnaitrez plus l’endroit. Pour l’heure, il n’est pas très agréable notamment du fait, ces dernières années, de l’explosion du trafic voitures avec tout ce que cela implique : doubles et triples files, klaxons... Un espace qui est devenu très anxiogène. La transformation de ce parvis va être radicale avec des trottoirs extrêmement larges, une nouvelle végétation et des voies de circulation qui seront réduites au minimum grâce aux ronds-points qui ont été créés en amont, du cheminement et de la création de dépose-minutes. Le parvis sera ainsi rendu aux piétons devenant essentiellement un vaste espace paysager.

Dans cinq ans l’aéroport fêtera ces 100 ans. Cette nouvelle identité visuelle et nombre de transformations vont-elles permettre selon vos chiffres d’accueillir 10 millions de passagers horizon 2020 ?
Un demi milliards d’euros investis sur 10 ans doit permettre à l’aéroport d’accueillir dans de bonnes conditions le surplus de trafic que l’on prévoit dans les années à venir. Le transport aérien est un secteur qui connaît dans le monde une croissance moyenne de 3,4,5% par an. Il peut y avoir des petites crises, on en a connu après le 11 septembre ou encore en 2008 mais, en général cela repart très vite. Ce que l’on prévoit c’est un développement du trafic dans les 10, 20 ans à venir et qui sera d’avantage porté par le développement du trafic international. Le trafic domestique va continuer de croître mais à des rythmes plus légers. C’est donc l’essor du trafic international qui va permettre à l’aéroport d’atteindre 10 millions de passagers en 2020, 11 millions en 2025. Ce sera à la fois des Marseillais et des Provençaux qui voyageront plus facilement puisqu’ils auront moins besoin de faire des correspondances et c’est de plus en plus le cas sur l’Europe. C’est à dire, il y a dix ans en arrière, même pour aller visiter une ville d’Europe, il était en général obligatoire de passer par l’un des grands hubs européens que ce soit à Paris-Charles de Gaulle, Londres, Francfort, Bruxelles ou encore Amsterdam. De plus en plus pour des vols court-courriers à l’intérieur de l’Europe on offre des vols directs à nos passagers. Souvent des vols proposés par des compagnies low cost qui partent de mp² ou de mp1 : EasyJet, Ryanair, Volotea qui est une très jeune compagnie mais qui, en 3 ans, propose déjà 10 destinations au départ de Marseille. On a un nombre de vols directs vers des villes européennes qui a été multiplié par deux en l’espace de 10 ans. L’année prochaine, on prévoit une dizaine de nouvelles lignes en Europe : EasyJet vient d’ouvrir Berlin avec 3 vols par semaine ; Volotea va lancer Vienne en avril prochain, pour la première fois cette destination sera en vol direct. Dans les prochaines semaines on va confirmer encore plusieurs lignes directes. Ce développement du trafic court-courrier va continuer d’être pour nous une priorité dans les années à venir ; Trafic qui sera à l’origine d’une bonne partie des quelques millions de passagers supplémentaires que l’on attend. Et puis après, il y a le développement des vols long-courriers. C’est plus compliqué parce que cela suppose des marchés plus gros mais, là aussi, avec le développement du trafic à l’échelle mondiale, nous sommes persuadés que nous avons une grande marge de manœuvre. A ce titre en 2017 nous accueillons une nouvelle compagnie Air Canada qui proposera des vols directs entre Marseille et Montréal, 3 fois par semaine. Des vols qui s’ajouteront à ceux de la compagnie canadienne Air Transat qui propose 5 vols par semaine. Nous aurons donc l’été prochain, 8 vols par semaine, sachant que Air Canada transportera beaucoup d’américains qui feront une correspondance à Montréal. Cela est une excellente nouvelle pour tous les professionnels du tourisme de la Région puisque la clientèle canadienne et américaine est une clientèle qui reste en moyenne une semaine voire deux en Provence et, qui a un pouvoir d’achat intéressant.

Vous avez encore d’autres projets ?
Oui avec l’Asie. Marseille-Provence est le seul aéroport hors Paris aujourd’hui à accueillir des vols directs en provenance d’Asie en l’occurrence de Corée. Cette année nous avons accueilli 8 vols charter Séoul-Marseille qui ont permis à des touristes coréens de visiter le Sud de la France de Monaco jusqu’à Carcassonne en l’espace d’une semaine. Ce que nous avons réussi à faire avec la Corée nous souhaitons le reproduire avec la Chine notamment.

Malgré une privatisation annoncée à l’instar d’autres aéroports, vous engagez des travaux importants avec un investissement qui n’est pas négligeable ?
AMP privatisé ou pas, on n’en sait rien. Tout dépendra de la volonté du prochain Président de la République et du prochain gouvernement parce que les candidats à la présidentielle ont des avis totalement divergents sur le sujet de la privatisation des aéroports. Jusqu’à la présidentielle, il ne devrait plus se passer grand-chose. La privatisation de Nice et de Lyon vient de se finir. Après tout, ce que l’on fait c’est pour développer l’aéroport, le trafic et, pour accompagner la croissance du trafic. Je n’imagine pas, demain, une entreprise privée aller à l’encontre d’un projet qui viserait à développer le trafic de l’aéroport, les espaces, etc. Je n’ai pas une boule de cristal mais les projets que nous avons présentés répondent d’abord à une ambition celle de porter le trafic à 11 millions d’ici 2020 et quel que soit l’actionnaire.

Quelle est la place de Marseille-Provence dans le paysage aéroportuaire ?
En termes de trafic, les aéroports parisiens sont devant. Le premier aéroport de région est Nice, le deuxième est Lyon et nous sommes en 3e position.

Pourquoi se retrouve-t-il en 3e position avec un bassin d’habitants aussi important ?
C’est historique, il y a beaucoup de facteurs en cause. Dans le cas de Nice, la ville n’a pas de TGV donc tous les Parisiens qui veulent se rendre à Nice et vice-versa , prennent l’avion. Le TGV permet de relier en 3 heures Marseille à Paris et cela fait déjà au bas mot 2 millions de passagers. Si vous prenez juste cela en considération on ne se retrouve pas très loin de l’aéroport de Nice. Les dessertes aériennes de Nice et de Marseille diffèrent pas mal. Nous avons une desserte plus costaud sur le bassin méditerranéen et l’Europe du Sud tandis que Nice, et c’est aussi historique, accueille les clients de l’Angleterre et de la Scandinavie. Mais, ces différences marquées tendent à s’estomper au fil du temps et au fur et mesure que l’attractivité de Marseille, en particulier, se développe. Concernant Lyon c’est un hub historique de Air France qui leur permet d’avoir une activité de vols en correspondance que nous n’avons pas.

A propos d’Air France, comment avez-vous pallier les problèmes liés à la fermeture de sa base ?
Cela a été un challenge pour retrouver le niveau de trafic que cette base avait permis de générer. Quelque part, je dirai que c’est un signe fort de la robustesse et de l’attractivité de notre zone de chalandise car, toutes les lignes qui avaient été lancées par Air France, dans le cadre de sa base, ont été depuis reprises par d’autres compagnies aériennes européennes. Cela montre bien que le marché était là et qu’une fois qu’il a été abandonné par Air France, il a été repris. Par exemple, Air France opérait des vols sur Rome, 3 compagnies se sont positionnées Vueling, Alitalia et Ryanair ; au niveau de Prague et Venise Volotea a repris ces lignes quant à Berlin, c’est easyJet, etc.

Vous faites partie des aéroports les moins chers en termes de taxes aéroportuaires, si ce n’est le moins cher, avec un tarif de 25 à 30 % inférieur aux grands aéroports. Pour quelle raison ?
C’est notamment pour développer notre activité auprès des compagnies aériennes. Ces dernières sont d’autant plus motivées, convaincues de venir à Marseille qu’elles savent que l’aéroport ne va pas les assommer à coup de redevances élevées et d’augmentation. Nous essayons donc de manager nos charges au mieux de sorte à pouvoir continuer de proposer des redevances qui sont les moins chères du marché. L’aérogare mp² par exemple avec des services réduits par rapport à ce que l’on peut offrir dans une aérogare classique est un moyen de proposer à des compagnies low cost des redevances moins élevées qui leur permettent, in fine, de proposer des vols peu coûteux, pour venir en Provence ou pour voyager en Europe, avec des tarifs moyens qui sont de l’ordre de 50€.

Prévoir d’investir un demi-milliard dans l’aéroport, est-ce le signe d’une bonne santé financière ?
L’aéroport est en bonne santé avec un endettement qui est aujourd’hui très réduit. Nous avons moins de 10 M€ de dettes nettes avec chaque année un excédent brut d’exploitation. Ce qui nous permet de voir sereinement l’avenir et de réinjecter une partie de ces excédents en brut d’exploitation dans des nouveaux investissements. Investissements qui généreront sur la période un certain nombre d’emprunts en complément de notre trésorerie et de ce que l’on peut dégager par nos activités. Effectivement c’est cette bonne santé financière qui nous permet d’aborder sereinement cette période à venir avec des investissements conséquents.

Enfin qu’en-est-il du développement des transports en commun pour accéder à l’aéroport ?
Pour nous le développement des transport en commun est une priorité que ce soit les bus, les trains, etc. C’est aujourd’hui plus de 180 000 passagers qui seront venus ou repartis de l’aéroport en train par exemple. Pour accompagner la croissance des passagers qui viennent en transport en commun, nous allons inaugurer, fin avril 2017, une superbe gare routière qui sera positionnée entre les halls mp² et le hall 1 avec 12 quais. Douze cars pourront stationner en simultanée avec une belle qualité de service. Pour nous, c’est extrêmement important et c’est également un moyen de développer notre zone de chalandise et de permettre à des passagers qui viennent de plus en plus loin de prendre plus facilement, et pour pas cher, leur avion à Marseille. L’idée aussi est de proposer d’ici quelques années une voie dédiée de la gare Vitrolles Aéroport Marseille Provence (VAMP) jusqu’aux terminaux avec un acheminement direct qui permettra encore de raccourcir le temps de déplacements.

Quelle est la clientèle que vous aimeriez capter encore plus : Affaires ? loisirs ?
Je prends tout. Mais les touristes ne viennent pas encore assez en Provence. Cela devrait changer lorsque l’on voit la transformation de Marseille, sa nouvelle attractivité. On note également les efforts réalisés pour mieux communiquer à l’étranger sur la Provence. C’est une belle motivation et notre objectif -même si l’année 2016 aura été pour le tourisme français une année compliquée avec les événements que l’on connait- , c’est faire venir à Marseille des touristes dans des volumes plus importants. Nous souhaitons également nous développer sur l’Europe de l’Est, sur la Scandinavie ; avoir des vols plus rapides en provenance d’Asie car il s’agit de dizaines de millions de touristes de classe moyenne émergente qui viendraient visiter notre beau pays. Et puis, cela va développer l’emploi, L’Aéroport Marseille-Provence c’est 30 000 emplois directs et indirects donc si on attend 11 millions de passagers en 2025 cela va générer 10 à 12 000 nouveaux emplois non délocalisables….
Propos recueillis par Patricia MAILLE-CAIRE

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