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Anatomie du terrorisme : un débat pour réfléchir au Centre Darius Milhaud d’Aix-en-Provence

mercredi 27 juillet 2016

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Bernard Mossé, le Pr. Gilbert Benayoun, Alexis Nuselovici, Édouard Roberechts et Caroline Pozmentier-Sportich ont apporté quelque éclairage lors de la table ronde sur "Justice et terreur" (Photo A.C.)

Avec « Anatomie du terrorisme », c’est un débat tragiquement actuel et on ne peut plus nécessaire que vient de proposer le Centre Darius Milhaud, à Aix-en-Provence, en partenariat avec l’association Or Chalom. Le propos invite à la réflexion à un moment où l’émotion est particulièrement forte, tout comme les tensions qui se développent dans notre société : « Affronter le terrorisme comme doivent le faire aujourd’hui les sociétés occidentales, c’est d’abord accepter qu’il s’agisse d’un phénomène complexe et impossible à régler par des jugements et des mesures sommaires. D’où les difficultés rencontrées par les autorités et les gouvernements lorsqu’il s’agit de s’en protéger ou de le combattre ». La 38e Université juive d’été 2016 entendait interroger une telle complexité en multipliant les perspectives et en croisant les analyses. Le Centre Darius Milhaud rappelant : « La communauté juive a connu le terrorisme sous de nombreuses formes tout au long de son histoire et, sur ce point, nourrit une expérience qui lui permet une réflexion ouverte et articulée qu’elle est susceptible de faire partager dans la cité  ». Dans ce cadre, une table ronde, animée par Alexis Nuselovici, portait sur « Justice et terreur ». Elle réunissait Gilbert Benhayoun, économiste, professeur émérite, Université d’Aix-Marseille, Président du « Groupe d’Aix », Bernard Mossé, historien, responsable des contenus, Fondation du Camp des Milles Mémoire et Éducation, Caroline Pozmentier-Sportich, adjointe au Maire de Marseille et vice-présidente de la Région Paca déléguée en charge de la Sécurité et de la Prévention de la Délinquance et Édouard Roberechts, philosophe, maître de conférences, Université d’Aix-Marseille.

« Le terrorisme s’installe et nous sommes contraints de voir qu’il vient de l’intérieur »

Caroline Pozmentier-Sportich avance : « Le terrorisme s’installe et nous sommes contraints de voir qu’il vient de l’intérieur. Nous avons pris du retard et, aujourd’hui, il ne s’agit plus de faire des constats mais de prendre cette question à bras le corps en prenant des mesures de sécurité et en remettant le citoyen au cœur de nos enjeux. En prenant conscience que les terroristes ont "décloisonné" les mondes, se sont appropriés les outils des réseaux sociaux et manipulent les images, les symboles. Ils attaquent le peuple, dans sa diversité, pour signifier que ceux qui ne sont pas avec eux sont contre eux. Alors, il faut renforcer la sécurité, c’est une question immédiate et il faut que Police, Justice, Éducation travaillent ensemble. Il faut travailler sur la citoyenneté, que, chacun, comprenne qu’il est concerné, acteur ».

« Le terroriste a une vision du monde totale et définitive »

Pour Édouard Roberechts : « Il faut comprendre l’idéologie qui porte ses groupes. Il y a des phénomènes récurrents : on cherche à imposer à tous les mêmes terreurs. Il y a une volonté de puissance, une volonté d’entrer dans la tête de tout le monde ». « Pour le terroriste, poursuit-il, l’acte qu’il commet est juste, il considère être le bras armé qui vient nous faire rendre compte de nos actes. Le terroriste a une vision du monde totale et définitive. Pour lui, il y a ceux qui sont du bon côté qui obéissent au patron, à son plan et il y a les autres, les méchants. Ces derniers se mettent donc eux-mêmes du mauvais côté, on peut donc tout leur faire ». Il souligne la différence entre le terroriste et le résistant : « Le terroriste veut imposer sa vision du monde par la violence, le résistant veut endiguer ce mode de pouvoir et non éradiquer l’Autre ». Bernard Mossé rappelle que « le terrorisme est un des moyens employés par les Djihadistes pour atteindre leur but. La violence est celui pour une minorité de conquérir le pouvoir, et devient, lorsque celle-ci est aux affaires, un outil pour s’y maintenir  ». Puis de revenir sur les étapes qui conduisent au génocide de masse, le rejet de l’Autre, la crise morale, sociale, politique, la minorité qui devient un bouc-émissaire...

« Qu’elle est la rationalité de celui qui va au suicide ? »

Le Pr. Gilbert Benhayoun est invité à évoquer la dimension économique du terrorisme : « L’approche micro-économique est intéressante. Lorsque l’on prend une décision on compare les avantages et les coûts que cela implique. Alors, celui qui veut aller au suicide est-il rationnel ? Il y a les 72 vierges mais qu’attend une jeune fille alors ? Qu’elle est la rationalité de celui qui va au suicide ? Est-ce que le chômage a un impact ? Les chiffres ne montrent aucune relation entre la situation économique et le nombre d’actes et, de plus, se sont des jeunes éduqués qui, dans la majorité des cas, commettent des actes. Et pourtant la question économique joue car elle donne au commanditaire le choix entre une plus grande masse de postulants et donc lui permet de choisir les plus éduqués, les plus insérés car la probabilité de réussite de l’acte est plus grande ». Selon le Pr. Benhayoun : « Il faut augmenter le coût du terrorisme et réduire ses gains. C’est ce que tente de faire Israël en supprimant le permis de travail des familles des terroristes... mais, cela à ses limites car cette politique peut aussi contribuer à radicaliser des Palestiniens ».
Caroline Pozmentier-Sportich reprend : « Aujourd’hui nous sommes en guerre, il faut agir sur le plan de l’interterritorialité : le territoire urbain, les lieux de culte. Avant l’on parlait du Moyen-Orient, de l’Afghanistan, aujourd’hui nous sommes dans une géopolitique urbaine. Puis, il y a l’extraterritorialité : Internet, les médias, on sait que l’on peut basculer en quelques semaines dans le djihadisme. Il importe d’avoir de la fermeté sans s’enfermer dans une politique sécuritaire. Il faut au contraire que la citoyenneté prenne toute sa place dans ce combat. Il faut aussi, notamment concernant le Net, que la justice nous donne les outils pour protéger nos concitoyens. Sachant que nous sommes à un moment de l’Histoire où tout peut basculer entre barbarie et civilisation ».

« C’est le gouvernement Daladier qui a mis en place les camps pour étrangers »

Édouard Roberechts dans cette logique note : « La situation que nous connaissons est terrible car les terroristes essaient de nous faire jouer leur jeu et si nous cédons à cela nous serons aussi des terroristes. Il faut préserver une distinction entre l’État qui gère une certaine violence et la Justice. Il faut une société suffisamment mature pour ne pas confondre État et Justice ». Bernard Mossé évoque les trois génocides du XXe siècle : Arménien, Juif et Tutsi. Or, insiste-t-il : « Le fait de devoir répondre à la lutte menée par des terroristes peut conduire, si nous n’y prenons garde, à ce que nous devenions nos propres ennemis. Et l’Histoire nous montre qu’il importe de faire attention de la manière dont s’arme les démocraties. Ainsi, c’est le gouvernement Daladier qui a mis en place les camps pour étrangers, pour les Républicains Espagnols. Et Vichy a utilisé ces camps pour sa politique d’exclusion xénophobe et génocidaire. Enfin, il faut mesurer que les terroristes s’adaptent aux calendriers électoraux et développent une stratégie de la tension pour tenter de faire basculer les démocraties ».
Michel CAIRE

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