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Association des usagers des Bibliothèques de Marseille : la lecture publique est un droit !

jeudi 11 juillet 2019

Au théâtre de l’œuvre le 13 juin dernier, il était question de lecture publique. L’association des usagers des bibliothèques de Marseille, en la personne de son président, Alain Milianti, et de l’un de ses membres José Rose, a sensibilisé les quelque cinquante auditeurs, venus prendre place rue de la mission de France, sur la situation phocéenne, et ses –seulement- 8 bibliothèques publiques.

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Des panneaux rappellent que les bibiothèques sont en danger à Marseille (Photo Mireille Bianciotto)

Elle est toute jeune, cette association. Créée en préfecture le 5 mars 2018, elle a lancé ses premières actions à l’automne dernier. Et pour le président Alain Milianti, fonder cette entité relevait de la nécessité. C’est ce qu’il explique, à la faveur du constat marseillais, faisant état de l’« absence des usagers dans les débats publics qui pouvaient naître à Marseille autour de l’état délabré des bibliothèques. État qui générait des conflits sociaux, des grèves à répétition, des polémiques dans les journaux, des débats tourmentés... Énormément d’acteurs sociaux intervenaient » Mais pas les destinataires finaux du dispositif... alors même qu’ils le financent par leurs impôts et leurs cotisations ! Ainsi pour combler cette lacune, une association loi 1901 est donc créée, avec un double objectif : d’une part « exister en tant que porteur d’idées » et d’autre part en tant qu’« agents sociaux, parce qu’il y a une place reconnue par le droit. En tant qu’usager, sujet de droit, … c’est vrai pour l’Éducation Nationale, pour la santé, pour de nombreux sujets... mais il y a un retard dans le domaine de la lecture publique ». Et c’est ce retard que la jeune association entend « combler », tout en faisant reconnaître les droits des usagers des bibliothèques.

Assumer ses positions

Ainsi, face à une situation phocéenne amplement documentée et dont on a pointé maintes fois du doigt les lacunes, Alain Milianti dénonce « les gens qui sont aux responsabilités, qui disent une chose et parfois en font une autre...  » Et le premier impératif, c’est déjà celui-là : « Pouvoir réduire cet écart entre ce qui se dit, ce qui s’affiche et ce qui se fait ». Une condition sine qua non pour avancer. Dans le cas contraire, on risque « l’impuissance. A quoi ça sert, en effet, de parler avec des gens qui sont d’accord avec vous ». Puisque comme le fait remarquer le président, lorsque l’on martèle l’urgence de déployer les bibliothèques, a priori les pouvoirs politiques locaux ne sont jamais contre... Ils jouent le consensus, abondent dans le sens de l’association, assurent avoir un plan pour cela. Et lorsqu’elle objecte en évoquant les 20 ans de retard pris sur le sujet, on lui rétorque que « ça, ce n’est pas le problème. Nous on est d’accord avec vous, il faut développer ». Face à ces ressorts de langage politiciens, Alain Milianti déplore donc les difficultés à poser le débat dans des termes justes. Tout cela « parce qu’en face de nous, il y a des gens qui n’assument pas leur position. Qu’ils sachent dire "non, on ne veut pas de ça !"  »

Un flou artistique savamment entretenu

Ce qui est d’autant plus dommageable, c’est que la Ville pourrait, dans le développement des bibliothèques, disposer de subsides de l’État. Mais là encore, Alain Milianti s’arrête sur d’autres lacunes : « La mairie travaille avec un partenaire qui est l’État. Les deux se décident à signer une convention, l’État se déclare prêt à abonder...ou pas, si le partenaire ne remplit pas sa part de l’accord. Et cela a souvent été pointé à Marseille : elle n’utilise pas les possibilités de drainer sur la ville l’argent de l’État parce qu’elle ne prend pas ses responsabilités ». Ce n’est pas tout, selon le président d’association, dénonçant un certain flou artistique dans la façon de gérer (ou plutôt de non gérer) cette manne financière. « On est dans l’incapacité de savoir exactement qui fait quoi, on repère cette mécanique qui nous dit que l’argent public ne vient pas mais, on ne peut pas vraiment avoir une estimation précise et claire de cela ». En cause, un travail d’évaluation « qui n’est pas fait, qui ne veut pas être fait, qui ne peut pas être fait ». Or, ces évaluations sont indispensables, pour l’association. Elles sont un préalable indispensable « pour se mettre au travail ». Ainsi, la jeune structure en est là : aborder les choses selon une approche raisonnée, « en reprenant tout depuis le début ».

Entretien avec Alain Milianti président de l’association des usagers des bibliothèques de Marseille

Fermera - Fermera pas ?

Mais l’association des usagers des bibliothèques de Marseille s’affirme aussi sur le terrain, pour la défense du service public de lecture. C’est ainsi qu’elle fait entendre sa voix en ce moment à la Bibliothèque du Panier, menacée de fermeture. Alors même que cette dernière effectue un véritable travail de médiation pour les personnes éloignées de la lecture...
Lundi 17 juin, le sujet des bibliothèques est justement venu en débat au Conseil municipal de Marseille. Lisette Narducci, maire des 2e et 3e arrondissements de Marseille, s’est précisément émue de la menace de fermeture. L’occasion pour l’adjointe à la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves, de donner la position de la Mairie. « Je m’égosille et le maire aussi l’a dit : il n’y a pas de fermeture de la Bibliothèque du Panier, pas plus d’ailleurs que de celle de Saint-André, puisque que ce serait toujours ces deux noms qui reviennent ». Ainsi l’élue reconnaît que ces deux bibliothèques sont « nécessaires dans ces quartiers » non seulement pour ouvrir des zones plutôt « renfermées sur elles-mêmes », mais aussi « parce qu’elles reçoivent énormément de scolaires ». Et cela correspond à la volonté municipale « de mettre en place un service jeunesse plus fort et plus puissant ». Toutefois, souligne Anne-Marie d’Estienne d’Orves, cela « ne signifie pas qu’on supprimera les prêts pour les adultes ». Mais elle rappelle que, dans le cas du Panier comme dans celui de Saint-André, ces deux bibliothèques sont proches « à quelques encablures », la première de l’Alcazar et la seconde de la future bibliothèque Saint-Antoine, « qui va ouvrir dans quelques semaines ». Laquelle sera donc la seule grande bibliothèque sise dans les quartiers Nord de Marseille... Que faut-il donc comprendre pour l’avenir ? Qu’à plus long terme, ces deux bibliothèques de quartier fonctionneront avec des prérogatives restreintes et seront seulement dédiées à la jeunesse, les prêts adultes étant définitivement déplacés « à quelques encablures  », comme le dit l’élue, dans une logique de rationalisation de coûts et d’économie d’échelles ? Les usagers crient-ils vraiment au loup ? Seul l’avenir le dira... Pour autant, l’élue se déclare prête à travailler avec l’Association des usagers des bibliothèques de Marseille, à condition « qu’ils transmettent ma parole en vrai, puisqu’il n’y a pas d’utilité de répandre de fausses informations ». Rien n’indique pour autant que ce soit l’association qui colle les panneaux « bibliothèque en danger  »... Anne-Marie d’Estienne d’Orves souhaite de fait que cette association «  serve vraiment à quelque chose de positif et que l’on puisse œuvrer ensemble pour faire encore mieux. A ces conditions, son action ne me pose aucun problème ». Enfin, pour les grèves à répétitions du personnel de l’Alcazar, l’élue l’attribue au passage au temps de travail légal des personnels municipaux. « Un grand travail est fait depuis plusieurs mois avec le personnel pour procéder à des réaménagements d’horaires  », souligne-t-elle. Ce qui est aussi le cas pour le personnel des musées ou d’autres infrastructures culturelles, tout cela pour appliquer la durée légale annuelle de 1607 heures sur une base de 35h/semaine. Ce qui est la règle dans la fonction publique territoriale. « Aujourd’hui, on doit trouver la solution la moins pénalisante pour le personnel, afin que chacun puisse choisir des heures dans un cadre qui est légal et obligatoire. Bien sûr que je peux comprendre, certaines habitudes avaient été prises et aujourd’hui il faut rentrer dans un moule un peu différent. Mais en tout cas on travaille tous ensemble. Je n’aime pas travailler dans la brutalité, je préfère le faire dans la discussion. Donc tout cela est en cours. Il faudra aussi quelques agents supplémentaires, sans doute. Cela arrivera petit à petit ».

Entretien avec Anne-Marie d’Estienne d’Orves en charge de la culture

Une évolution des comportements

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Pour José Rose on retrouve dans les bibliothèques "le fameux triptyque : liberté, égalité, fraternité" (Photo Mireille Bianciotto)

Et tout ce travail de développement doit se mener en tenant compte d’un constat : qui fréquente aujourd’hui les bibliothèques ? Pour quels usages ? Selon José Rose, Pr. émérite de sociologie Aix-Marseille Université et membre de l’association, leur public est varié en âge, en origine sociale et en centres d’intérêt. Ce qui fait des Bibliothèques « des lieux de citoyenneté d’une grande richesse ». Le public quant à lui a diversifié ses comportements avec le temps, et multiplient les attentes. Puisque « il ne vient plus seulement pour lire, plus seulement pour emprunter des livres et c’est un phénomène qui s’est installé depuis plusieurs décennies  » Ainsi pour José Rose, si une petite proportion d’usagers joue le rôle traditionnel d’emprunteur de livres, une plus grande proportion à présent vient pour lire sur place, parfois même sans s’inscrire. « Mais aussi pour participer à des activités de type conférence, exposition, lecture de la presse ». Et cette évolution est de bon augure, puisque « le rôle des bibliothèques ce n’est pas seulement la lecture, c’est aussi le savoir…  » Sachant que ce savoir, indispensable à l’émancipation, peut prendre mille et une formes. Et il peut s’acquérir au gré de l’utilisation de différents support aujourd’hui, CD, films, livres numérisés... José Rose revient par ailleurs sur l’« institution républicaine », qu’est la bibliothèque. On y retrouve en effet le « fameux triptyque : liberté, égalité, fraternité  ». Liberté en effet de choisir n’importe quel livre, CD, film... Égalité dans le mesure où toutes sortes de publics s’y croisent et bénéficient des mêmes services. Et enfin, fraternité puisque se créent des échanges très forts entre les populations.

Quid des bibliothèques du futur ?

Enfin, outre la situation présente, il est aussi nécessaire de s’inscrire dans la prospective, d’anticiper les usages afin de ne pas engranger indéfiniment du retard en termes de services. José Rose, a donc donné sa vision du futur des Bibliothèques et des Médiathèques publiques. De fait, « sans abandonner la mission traditionnelle qui est autour du livre, les bibliothèques auraient intérêt à diversifier leurs propositions, quoique certaines le font déjà beaucoup depuis quelques années ». Ainsi, soulève José Rose, pourquoi ne pas faire de ces lieux accueillant du public des points d’appui pour la recherche d’emploi et de formation ? Ou encore, pour la diffusion des informations culturelles sur la ville, en complément de l’office de Tourisme. En conclusion, pour le sociologue, « la bibliothèque doit se situer entre culture et éducation, entre apprentissage et détente et tout ça, ensemble ».

Entretien avec José Rose, sociologue et membre de l’association des usagers des bibliothèques de Marseille

Rédaction Carole PAYRAU - Son Mireille BIANCIOTTO

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