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Aux Chorégies d’Orange : Paolo Arrivabeni au sommet, la naissance d’une belle "Aïda" et le triomphe d’une mezzo-soprano hors normes

vendredi 4 août 2017

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Le couronnement de Radames, victorieux des Éthiopiens, par Amneris sous le regard d’Aïda. Une des scènes panoramiques de cette production. (Photo Philippe Gromelle)

Première représentation de la nouvelle production d’Aïda, mercredi soir aux Chorégies d’Orange. Ni la canicule, ni le plan vigie pirate renforcé n’ont eu raison de la passion du bon peuple « verdien » accouru en nombre (au moins 7 000 paires d’yeux et d’oreilles) pour se réchauffer les fesses sur la pierre romaine chargée de calories bouillantes déposées là par un soleil à l’activité boostée par le dérèglement climatique. Alors oui, il y a eu grosse activité pour les secouristes de la Croix Rouge chargés de remettre en état les victimes de malaises vagal ou autres ; oui il y a eu combats à la buvette, à l’entracte, pour devenir propriétaire éphémère de 33 centilitres d’eau fraiche vendus au prix du pack de six en grande surface ; oui il y a eu bien des soupirs extatiques lorsqu’une légère brise est venue calmer les pores en folie qui distillaient la sueur aux fragrances parfois peu agréables pour les voisins… Pour commencer, nous ne nous étendrons pas sur les choix du metteur en scène, Paul-Émile Fourny qui promène l’action, avec plus ou moins de bonheur, entre les armées napoléoniennes découvrant la terre d’Égypte, l’érection de l’obélisque de la Concorde et l’occupation de l’Italie par les Autrichiens à l’heure ou Verdi compose « Aïda ». Mieux maîtrisé, affiné, le concept pouvait tenir la route : cela n’a pas été le cas. Et, à l’heure où les finances font défaut, ou les fins de mois sont difficiles pour régler artistes et personnels, on se dit que la débauche de costumes proposée sur la scène au fil des tableaux aurait pu être évitée. Le comble du mauvais goût restant ce défilé du triomphe de Radames avec un épisode dansé des plus grotesques, quasiment pathétique, de soldats autrichiens, là où, d’habitude, ce sont les sauvages éthiopiens qui sont mis à contribution. Un bric à brac scénique qui ne rentrera pas dans les annales.
C’est donc de la musique et des voix que viendra le salut. Avec un immense Paolo Arrivabeni au pupitre. Marmoréen dans son attitude, le maestro a livré une lecture flamboyante et racée de la partition de Verdi, profitant des qualités indéniables d’un orchestre national de France au mieux de sa forme et dont les instrumentistes, à tous les pupitres, semblaient jubiler en répondant aux sollicitations de leur directeur musical du soir. Rien que pour cette prestation orchestrale, il fallait être là. Belle prestation, aussi, de l’immense chœur dont les membres, arrivés d’Angers, de Nantes, d’Avignon, de Monte-Carlo et de Toulon, avaient bien préparé leur affaire.
Du côté des solistes, on ne dira jamais assez combien est grande la performance de la soprano Elena O’Connor dans le rôle-titre. La jeune femme a remplacé, quasiment au pied levé, Sondra Radvanovsky fatiguée, en découvrant le mur, les 7 000 personnes en face d’elle et… Le rôle, puisqu’elle le chantait pour la première fois. Un sacré challenge assumé avec un grand professionnalisme, ce qui nous pousse à oublier quelques approximations et un vibrato parfois un peu trop accentué. Chapeau bas ! Nous l’entendrons à nouveau avec plaisir, elle qui débute sa carrière en Europe. A ses côtés, la grande triomphatrice de la soirée fut Anita Rachvelishvili, incarnant une Amneris puissante vocalement et fabuleusement émouvante au final. La mezzo était tellement puissante qu’elle écrasait parfois ses partenaires, notamment le Radames de Marcelo Alvarez qui fut honnête, sans plus. Une voix pas très épaisse, du mal à passer la fosse de temps en temps et une implication scénique minimale pour le ténor à l’heure où Amneris nous tirait les frissons en priant Isis d’accorder la paix à son amoureux emmuré. On connait les qualités et le registre de Nicolas Courjal, il en a usé et abusé mercredi soir pour notre plus grand plaisir. Pour incarner Ramfis, il a sacrifié sa barbe sur l’autel de la production : sa voix n’en a subi aucun dommage, avec une ligne de chant franche et puissante et une grande souplesse dans les aigus. Quinn Kelsey, Rémy Mathieu et Ludivine Gombert, respectivement Amonasro, un messager et la voix de la grande prêtresse ont parfaitement tenu leurs rôles. Quant au roi d’Égypte de José Antonio Garcia, nous préférons ne rien en dire tant sa prestation nous a semblé insuffisante.
Michel EGEA

Pratique. Autre représentation samedi 5 août à 21h30 au Théâtre Antique d’Orange. Tél. 04 90 34 24 24. www.choregies.fr

Finances : les Chorégies sur un fil

Dans un communiqué diffusé quelques minutes avant que ne débute la représentation d’Aïda, mercredi, le Conseil d’administration extraordinaire de la manifestation apporté des éclaircissements sur la situation financière. Voici le texte :
« Alertés par l’équipe dirigeante des Chorégies d’Orange sur la précarité de la situation financière de la structure à très court terme, l’État et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont décidé de s’investir pleinement pour trouver des solutions pérennes à l’avenir du Festival. Plusieurs actions sont mises en place concomitamment. Dans un premier temps, l’État et la Région Paca ont permis aux Chorégies d’Orange d’avoir des facilités bancaires pour faire face aux difficultés immédiates de trésorerie, permettant ainsi d’assurer la jonction entre les saisons 2017 et 2018 du Festival. Dans un second temps, un audit piloté par le Préfet de région sera chargé d’examiner en profondeur, et ce dès la rentrée, la situation financière et le modèle économique des Chorégies d’Orange pour définir les conditions indispensables à leur fonctionnement dans le futur, pour soutenir la nouvelle politique artistique mise en place dès 2018 par le nouveau directeur, Jean-Louis Grinda. Pour rappel, les Chorégies d’Orange connaissent des difficultés financières depuis 2013 qui atteignent actuellement 1,5M€ de déficit. Le Festival s’autofinance à plus de 80%, ce qui explique en grande partie la fragilité de ce dernier. Outre l’installation du surtitrage à son arrivée en 2016, une des premières mesures de Jean-Louis Grinda fut de baisser le prix des places de 20%, ce qui a eu pour conséquence immédiate une hausse de la fréquentation de près de 23% en 2017. »

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