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Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’Aix-en-Provence : « Plus l’être humain est fragilisé, plus l’Art va le nourrir »

mercredi 20 janvier 2016

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Bernard Foccroulle, mercredi 20 janvier 2016 à 11h30. Le sourire aux lèvres et des projets plein la tête… (Photo M.E.)

« Réalités, illusions, utopies »… C’est avec ces trois mots que Bernard Foccroulle, le directeur du Festival d’Aix-en-Provence a titré son avant-propos de présentation de l’édition 2016 de la manifestation. Et ce mercredi 20 janvier, sur le plateau de l’Archevêché, au cours de la conférence de presse, il a réaffirmé avec force : « L’art peut sembler dérisoire en regard de la violence et de l’effroi qui frappent notre monde. Aussi fragile soit-il face à l’obscurantisme et à la terreur, il nous offre la matière mémorielle, la créativité et la force d’utopie dont nous avons besoin pour survivre aux déflagrations et inventer un futur différent. »

On le sait, Bernard Foccroulle a fait savoir à la ministre de la Culture qu’il ne briguerait pas une nouveau poste de direction au Festival d’Aix-en-Provence. Son mandat s’achèvera donc le 31 décembre 2017 et cette édition 2016 est l’antépénultième qu’il signe. Il y aura aussi celle de l’année prochaine et celle de 2018. « C’était indispensable que je mette en place la programmation de 2018, confie-t-il, car il faut engager les artistes bien à l’avance. Le directeur ou la directrice qui me succédera devrait être nommé (e) avant l’été et pourra ainsi travailler sur l’édition 2019. » Mais n’allez pas croire que Bernard Foccroulle s’enfermera alors dans une tour d’ivoire ; il ne devrait pas disparaître du jour au lendemain du paysage culturel… Même s’il confie son besoin de composer. « Ces dernières années, les moindres journées de vacances étaient consacrées à la composition. Des temps très courts au terme desquels je laissais ce travail de côté. Ce n’est pas satisfaisant ; on ne peut pas composer à la petite semaine. Et c’est pareil pour la pratique de l’orgue. Même si j’ai pu donner des concerts, j’ai envie de concrétiser des projets de plus grande envergure. Je veux retrouver une place, je n’ai pas envie d’être un compositeur à la retraite. »

« Nous avons perdu deux ans depuis Marseille Provence 2013 »

Parallèlement, il confie son désir de poursuivre les actions qu’il a engagées au long de ses mandats aixois. « Il faut réfléchir aux responsabilités du monde culturel face aux radicalisations et aux extrémismes. Il faut faire front ensemble, créer des synergies, se déplacer hors les murs. Il est urgent d’établir des passerelles entre nos institutions, ce que nous n’avons pas fait suffisamment ces vingt dernières années. Rien n’a été poursuivi après Marseille Provence 2013 ; nous avons perdu deux ans. Les partenaires culturels doivent se retrouver ensemble ; il faut arrêter d’être dans la concurrence mais bel et bien dans la synergie. C’est ce que nous mettons en place dès l’été prochain avec le Festival de Marseille. Il propose un Macbeth d’après Verdi, travaillé par Brett Bailey et Fabrizio Cassol, que nous allons promouvoir auprès du public aixois. De son côté, le festival de Marseille va faire de même pour notre création Kalîla Wa Dimna. Une première passerelle qui en annonce d’autres. »

« Il est urgent de sortir du court terme »

Et lorsqu’on lui demande de quoi sera fait l’après festival d’Aix pour lui, outre son activité artistique, Bernard Foccroulle sourit : « Je vais continuer dans cette voie d’ouverture en France et en Europe. Je ne veux pas diriger d’institution mais j’aimerai mettre en place des projets artistiques comme Le Monstre du labyrinthe que nous avons présenté l’an dernier. Peut-être écrire un ouvrage sur le rapport au primo public qui synthétiserait tout ce qui a été fait jusqu’alors tous les retours d’expériences menées souvent de façon isolées. Il y a beaucoup à apprendre. Plus l’être humain est fragilisé, plus l’œuvre d’art et la rencontre avec les artistes vont le nourrir et lui apporter quelque chose d’essentiel. Il y a aussi un important travail à réaliser sur la communication autour de ces actions. Nous travaillons depuis quelques années à la cité La Savine à Marseille ; mais de façon discrète. Car si nous arrivons un jour avec une équipe de télévision, tout va changer, les gens vont se sentir instrumentalisés et c’est ce que nous voulons éviter. Il y a là une vraie réflexion à mener.
Il est urgent de sortir du court terme dans tous les domaines : politique, culturel, éducatif et autres. Ce territoire d’Aix-Marseille en a besoin. Il ne faut pas attendre que ce soit une demande politique. Une vraie politique culturelle doit être portée par les acteurs culturels. On a trop souvent tendance à attendre les instructions d’en haut. Il n’y a plus d’en haut. L’intervenant culturel doit parler d’égal à égal avec un maire, un président de conseil général, un ministre… Ce que nous avons créé à notre niveau avec l’Université d’Aix-Marseille, nous l’avons mis en place entre nous. Aujourd’hui c’est une colonne vertébrale sur laquelle les forces vives de l’Université et du Festival s’articulent pour se développer ensemble.
 »

Accompagner ceux qui ont peu de moyens

Réaliste, Bernard Foccroulle ne nie pas le fait que le Festival d’Aix est une institution qui vit bien avec l’assurance du soutien pluriannuel des tutelles et que son travail en est facilité. « Je suis le premier à souscrire à ça. Mais ça nous donne une responsabilité supplémentaire et l’obligation d’être attentif à nos partenariats. Car certains acteurs n’ont pas ce confort et, parfois même pas les moyens de mener leur travail. Nous en sommes conscients et nos structures établies doivent être des tuteurs pour accompagner ces acteurs. Nous l’avons fait avec Benjamin Dupé dont le travail a trouvé une résonance nationale et internationale par le biais du festival, nous l’avons fait avec Josette Baïz qui, si elle est reconnue n’a pas la notoriété d’Angelin Preljocaj, et nous allons continuer à le faire. »

On le voit, Bernard Foccroulle est loin d’être à la retraite. Il a encore de nombreux projets à mener et il en aura certainement d’autres lorsque les premiers auront été concrétisés. Un proverbe chinois dit que « le jour où l’homme a achevé de construire sa maison il meurt ». Concernant l’édifice culturel qu’il bâtit, le directeur du Festival d’Aix vient de terminer les fondations. Bon courage et longue vie à lui !
Michel EGEA

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