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Brexit. Tribune d’Alastair Campbell : "Je crains que nous choisissions notre déclin..."

samedi 5 octobre 2019

Alors que l’actualité britannique s’emballe un peu plus chaque jour, Alastair Campbell, journaliste britannique qui fut de 1997 à 2003 directeur de la communication et de la stratégie de Tony Blair, Premier Ministre du Royaume-Uni dévoile les coulisses du Brexit et ses conséquences. Il était le 3 octobre à Marseille, invité par le Club Marseille Métropole pour un débat avec plus de 500 entrepreneurs et étudiants réunis au Palais de la Bourse. Une chose est sûre, celui qui « adore la langue française » n’est pas un adepte de la langue de Bois...

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(Photo Robert Poulain)

J’adore la langue française mais la question de traduction elle, n’est pas sans importance. Dans la diplomatie, on a souvent des écouteurs et la voix d’un interprète dans les oreilles. Je me souviens, quand Lionel Jospin était Premier ministre, on l’a invité au nord de l’Angleterre, pour un petit point de presse. On nous a trouvé un interprète local et Tony Blair a commencé par dire : « There are so many reasons I like Lionel, so many positions we agree on » et après quelques secondes les journalistes français commençaient à rire. Parce que l’interprète les avait informés que notre Premier ministre avait dit du vôtre : « J’ai tant envie de Lionel, en beaucoup de positions différentes. » Normalement, quand je viens à Marseille, c’est pour le football. Trente-huit étés consécutifs, nous avons passé nos vacances en Provence et toujours j’essaie d’assister aux matchs de l’OM. Mon équipe de foot favorite est un club au nord de l’Angleterre, Burnley. Un de nos joueurs, il y a quelques années, était Joey Barton, qui a aussi joué pour l’OM. Si je donne l’impression d’adorer votre pays, ce n’est pas faux. Mais je suis réaliste, pas romantique. Et on a eu des divergences, surtout à l’époque Blair-Chirac, sur la guerre d’Irak. Mais j’ai ressenti une grande tristesse en apprenant sa mort. Impossible de ne pas aimer Chirac, aimer son style. Je me souviens d’un sommet où il présidait le Conseil européen, la salle brûlante de colère, impossible de se mettre d’accord pour prendre des décisions. Il tape sur son verre avec son stylo, et il prononce, plus présidentiel que jamais : « Mesdames, messieurs … La France propose … un café. » Mais parlons d’aujourd’hui et de demain. Le Brexit. Vous pensez que je pourrais répondre à toutes les questions que vous vous posez…Qu’est-ce qui se passe chez nous ? Qu’est-ce qui va arriver ? Est-ce que c’est certain que nous quitterons l’Union européenne le 31 octobre ? Est-ce qu’on est prêt ? Quels seront les effets pour la France et le reste de l’Europe ? Le Premier Ministre Johnson a-t-il un plan ? Est-ce qu’il veut qu’on sorte sans accord ? Est-ce qu’il va démissionner si nous n’arrivons pas à sortir ? Est-ce qu’il va briser la loi en refusant de demander une extension ? Est ce qu’il y aurait un 2e référendum ? Des élections ? Qui gagnerait ? Et à toutes ces questions, je vais dire quatre mots qui viennent rarement de la bouche des politiques et des journalistes : « Je. Ne. Sais. Pas ». Personne ne sait. Ni le Premier ministre. Ni la Reine. Ni les députés. Ni la Commission. On est dans le territoire du n’importe quoi … Il est difficile de comprendre pourquoi cette rupture se produit maintenant. En 2008, Gordon Brown a déclaré : « Il n’y a jamais eu de plus grande coopération entre la France et la Grande-Bretagne ». Le Président Sarkozy a également déclaré : « Si nous voulons changer l’Europe, mes chers amis britanniques -et nous, les Français, souhaitons changer l’Europe- nous avons besoin de vous en Europe pour nous aider. » David Cameron a dit la même chose, puis a convoqué ce référendum dément.

Quelles que soient nos différences, elles ne sont rien dans le contexte de l’Histoire.

1066 le premier conflit armé entre nos deux pays ; la guerre de cent ans le conflit le plus long, la guerre de la succession espagnole, le rôle français contre la Grande-Bretagne dans la guerre de l’indépendance américaine, notre rôle du côté des Monarchistes dans la Révolution française, puis la guerre de sept ans, Napoléon, Nelson et Waterloo, ensuite entente Cordiale 1904, un nouveau siècle, une nouvelle approche, du même côté dans les deux guerres mondiales, la guerre froide et l’installation de l’Otan, hé oui, de Gaulle a eu ses différences et son véto mais nous y sommes arrivés à la fin. Pour toutes les difficultés sur l’Irak ces dernières années, des liens remarquables dans la Défense et la politique étrangère. Et puis, ce tunnel magnifique, et encore plus magnifique le centre de passeports pour chiens à Calais, un symbole fantastique de notre proximité et qui a donné à notre chien Skye l’occasion de devenir le "Cavalier King Charles" qui a le plus voyagé au monde. Et Skye, je peux vous l’annoncer, déteste le Brexit même plus qu’elle ne déteste les chats. Et le système pour les chiens après le Brexit … je ne sais pas. Skye ne sait pas. Personne ne sait. Quelle histoire ce tunnel, bâti, finalement, cent-vingt années après le premier acte de parlement qui donnait la permission de le construire. Même en 1977- l’année de la naissance d’un bébé Emmanuel Macron- selon la mémoire d’un fonctionnaire qui a essayé de convaincre un ministre du mérite du tunnel… Il a écrit. « Cela l’a rendu fou. Est-ce que je ne me souviens pas de 1940 ? Est-ce que je voudrais que les Allemands nous envahissent ? Il faut rester une île. » L’ironie de la situation est que c’est Madame Thatcher, elle-même d’une mentalité insulaire, qui a finalement dit oui. Et quelle honte, bien exprimée par le Président Mitterrand à l’ouverture du service Paris-Londres, « On va super vite de Paris à Lille sur les lignes grande vitesse, un peu plus lent dans le tunnel et puis on peut aisément admirer le paysage anglais, le train roulant à la moitié de la vitesse française. »

« Je crains que nous choisissions notre déclin... »

Pour revenir au Brexit, comment ne pas se sentir négatif quand un pays comme le nôtre, avec la réputation méritée de politique sensée et pragmatique, et avec un rôle de leader dans le monde, communique chaque jour le sentiment que son système politique est en crise et souffre d’une sorte de dépression nerveuse collective ? Comment ne pas sentir plus négativement un pays qui a ramené la paix en Irlande du Nord et qui maintenant prend le risque de torpiller cette paix ? Comment ne pas sentir plus négativement un pays qui a créé tant de problèmes non seulement pour lui-même et les autres vingt-six membres de l’Union Européenne ? Et n’est-ce pas intéressant que le soutien pour l’Union Européenne soit monté dans tous les pays de l’Europe depuis le vote en faveur de notre départ et que madame Le Pen arrête de parler du Frexit ? Bien sûr, rien n’est certain. Peut-être ai-je tort. Qui serait futurologue ? Vous vous rappelez peut-être, après la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama s’est fait connaître en inventant l’une de ces phrases qui semblait capturer le moment : « La fin de l’Histoire ». Un monde de valeurs démocratiques, libérales, et d’une vision universellement partagée de la manière dont fonctionnerait l’économie moderne. Eh bien, à quoi cela ressemble-t-il maintenant, sur notre planète divisée, inquiète et confrontée de manière existentielle par le changement climatique ? Peut-être un autre futurologue, Samuel Huntington, était un peu plus près de la marque en nous avertissant que nous allions être confrontés à un choc des civilisations.

Il y a quelques années, quand ma mère est morte, nous étions en train de vider sa maison, et je suis tombée sur mes anciens bulletins scolaires, dans une enveloppe jaunie au fond d’un tiroir. Une remarque en particulier m’a plu : « Histoire : son papier sur le déclin de l’empire austro-hongrois était un travail particulièrement perspicace et intelligent. » Et cela m’a fait penser, est-ce que nos enfants et nos petits-enfants, et les leurs, écriront des essais à l’avenir ? Dans quelle mesure le référendum de 2016 a-t-il conduit au déclin durable du Royaume-Uni ? Encore une fois : « Je. Ne. sais. pas ». Sur le plan économique et politique, même sans être partis, nous sommes déjà affaiblis. La livre qui tombe. La réputation internationale dans le même sens. Les investisseurs qui partent, les médecins et infirmiers européens qui font de même. La croissance de l’économie la plus rapide du G7, devenue la plus lente. Le taux d’épargne le plus bas depuis un demi-siècle. Et même les supporteurs les plus passionnés du Brexit ne disent plus : « Il faut le faire parce que le Brexit va être bien pour le Pays » ; ils disent qu’il faut le faire « parce que le pays a voté pour LEAVE ». Peut-être que les étudiants qui ne sont pas encore nés devront expliquer comment l’Écosse a finalement gagné son indépendance ? Il me semble possible, même probable, avec un Premier ministre Johnson qui poursuit un Brexit sans accord pour apaiser les nationalistes anglais que, si les nationalistes écossais arrivent à avoir un nouveau vote, ils gagneront. La question de la frontière irlandaise étant loin d’être réglée, une Irlande unie ou même un retour à la violence pourraient-ils également faire partie de la réponse a cette question d’examen ? Et avec la géopolitique du monde tellement modifiée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un Royaume-Uni composé uniquement de l’Angleterre et du pays de Galles pourrait-il vraiment continuer à occuper l’un des cinq sièges permanents à la table des Nations Unies, avec tant d’autres pays non seulement plus peuplés mais plus puissants aussi ? Donc, je crains que nous choisissions notre déclin, en disant au revoir non seulement à une alliance réussie, mais également à de nombreuses valeurs et institutions qui ont contribué à créer pour le Royaume-Uni une réputation largement positive dans le monde entier.

« L’après-vérité et l’après-honte »

Il y a certainement une ironie, Johnson, qui a remporté une campagne sur le thème de la souveraineté sous le slogan « Take Back Control », notamment en mentant au sujet des services de santé, de la Turquie et de pas mal d’autres choses encore, et qui n’a pas été puni politiquement mais, est devenu Premier ministre et qui a cherché à obtenir le résultat qu’il souhaite en fermant le Parlement. « Post truth. Post shame. » On est dans un monde politique, chez nous, aux États-Unis et ailleurs où il n’y a pas de vérité et il n’y a pas de honte. Johnson et Trump sont tous deux des symboles de l’après vérité et de l’après-honte. Selon le Washington Post Trump ment en moyenne douze fois par jour. Ils inventent. Ils exagèrent. Ils nient avoir dit ce qu’ils ont dit et écartent les preuves qui prouvent le mensonge. Ils ne craignent pas les scandales et comptent sur l’aide de sympathisants des médias et parmi le public pour les aider. Ils sont populistes. Cela ne signifie pas faire et dire des choses pour être populaire. Ce n’est pas ça. Le populisme est la relégation des faits et de la raison au mensonge et à l’émotion. Johnson est devenu Premier ministre du Royaume-Uni, élu par les militants de son parti, en jouant ce jeu. Trump y travaille jour après jour, heure après heure, tweet par tweet. J’étais récemment en Australie et j’ai été frappé par ce commentaire d’un lecteur sous un article que j’avais écrit : « Voter pour un parti populiste, c’est plonger dans une piscine vide - parce que vous êtes en colère qu’il n’y a pas d’eau dedans. » Trump, Johnson, Salvini, Orban en Hongrie, Bolsonaro au Brésil, Le Pen ici, c’est leur jeu. Plongez, l’eau est bonne … oops … pas d’eau.

« Rien n’est vrai… tout est possible »

Nous avons en grande partie grandi avec des politiciens qui souhaitent unir, rassembler les gens. Lorsque les forces politiques dominantes préfèrent la division, veulent cultiver la colère, pour l’exploiter à leur cause, cela change le jeu. Nous devons en être conscients et les combattre. Nous tous. Pas seulement les politiques, mais les entreprises et les citoyens. Sinon, nous n’avons aucune chance de les repousser. On entend souvent que la crise dans la politique moderne est une crise de confiance. Mais, regardez dans le dictionnaire Confiance : « une conviction profonde dans la fiabilité, la vérité ou la capacité de quelqu’un ou de quelque chose. » Ajoutez cela à la plainte usée : « Pourquoi nos politiciens ne peuvent-ils pas simplement nous dire la vérité ? » Regardez qui est au pouvoir, aux États-Unis et au Royaume-Uni par exemple, et demandez-vous : « Le pensons-nous vraiment ? » Il y a un livre sur la Russie, « Rien n’est vrai, et tout est possible », de Peter Pomerantsev. Le titre résume la stratégie qui a permis à Poutine de consolider son pouvoir. Plus facile dans une « démocratie » où vous contrôlez le Parlement et les médias. Mais Trump et Johnson jouent le même jeu. Post vérité : dans Trumpland, les journalistes qui critiquent ne sont pas des journalistes, ce sont des menteurs. Les fonctionnaires qui disent la vérité au pouvoir sont des traîtres. Ne croyez a rien d’autre qu’aux tweets de Trump, même s’ils disent le contraire de ce qu’il a dit hier ou sont défiés par ce que vous voyez de vos propres yeux. C’est un environnement ouvert à ce modèle électoral. « Vous êtes en colère, mes chers compatriotes. Je vais vous mettre plus en colère en vous disant que votre colère et vos ressentiments sont justifiés et que personne d’autre que moi n’écoute… Les problèmes qui vous mettent en colère sont facilement résolus, mais il n’ y a que moi qui peux les résoudre, car les autres ne s’en soucient pas. Ce sont les élites, les "experts". Et vous et moi sommes le peuple … » Et c’est Trump, fils de milliardaire, Le Pen, fille d’une dynastie politique et Johnson …

« Peut-être, nous entrons dans une période véritablement sombre de l’histoire »

La clé de toute cette colère, c’est le crash mondial. L’impression que les auteurs du crash s’en sont sortis et ceux qui ne l’ont pas causé ont néanmoins payé le prix -chômage, stagnation des salaires, la baisse du niveau de vie, la réduction des services publics, la hausse des coûts de l’université, l’incapacité d’acheter une maison. Ajoutez à la colère la peur que les tendances continuent dans la même direction, que les riches s’enrichissent, que le changement s’accélère, que les robots prennent le relais. Alors fermez les frontières. Construisez des murs. Trouvez des ennemis. Blâmez les Mexicains, les immigrants, "Bruxelles." Peut-être, entrons-nous dans une période véritablement sombre de l’histoire. Il y a trop de parallèles avec les années 30 pour que l’on puisse être complaisants. Les conséquences d’une crise économique globale. Le rejet de l’opinion d’experts en faveur du sentiment et des préjugés. La montée du nationalisme. La montée de l’antisémitisme. Les peuples des démocraties avancées commençant à s’interroger sur la démocratie elle-même. La montée du leader "homme fort". Alors pourquoi disons-nous que nous voulons la vérité et ensuite élisons-nous et récompensons des menteurs confirmés ? Barack Obama avait une partie de la réponse. Il a souligné que si vous regardez votre Smartphone et parcourez les médias sociaux, une déclaration signée par tous les lauréats du prix Nobel scientifique avertissant des dangers du changement climatique a l’air identique à un message financé par une campagne de déni du changement climatique. En outre, à qui les gens croiront-ils si nous ne croyons pas les politiques, les journalistes, les hommes d’affaires, les experts comme nous le faisions auparavant ? Nous croyons -et c’est le génie de Facebook en tant que modèle de communication -, nous croyons en nos amis, qui ont tendance à avoir les mêmes idées que nous. Angela Merkel a fourni une autre partie de la réponse, avertissant que les algorithmes nous entraînent tous dans nos propres cercles de plus en plus rares de formation d’opinion.

« L’ère de la chambre d’écho des médias sociaux »

Le FMI, l’OCDE et la Banque d’Angleterre ont tous mis en garde contre le Brexit. Ils ont également en commun le fait qu’une partie assez importante de la population choisit de ne pas y croire. Pourtant, ces mêmes mécréants ont accepté et souvent cru des messages sur Facebook que des millions de Turcs se dirigeaient vers nous, que notre armée allait disparaître, que nous aurions des sous-titres en arabe sur notre téléviseur. Pourquoi croient-ils de telles choses ? Parce qu’elles correspondent à ce qu’ils ont déjà décidé. Croyez ce que vous croyez et criez. Ne croyez rien qui le défie et criez plus fort. C’est le nouveau paysage de campagne à l’ère de la chambre d’écho des médias sociaux. La lutte est maintenant moins gauche/droite, mais démocratie/dictature, ouverte/fermée, internationaliste/nationaliste, réalité et vérité/émotion et mensonges. C’est un signe de la faiblesse de notre débat public que nous ayons parfois l’impression de nous battre comme pour la vie ou la mort pour persuader des personnes apparemment raisonnables que plonger dans cette piscine vide n’est pas une bonne idée ; et un signe de l’étrange époque où je me trouve à ruminer les mots d’une figure haineuse de la gauche, Ronald Reagan, et son avertissement que nous ne sommes jamais à plus d’une génération de la perte de liberté. La lutte pour cela est loin d’être gagnée. Au milieu de tous ces parallèles avec l’ère pré-fasciste des années 30, j’entends souvent cette célèbre pensée :« Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre ». Je ne l’ai jamais vu attribuer. J’ai donc fait des recherches et découvert qu’elle avait été écrite par un philosophe américain d’origine espagnole, George Santayana. J’ai été encore plus frappé par la phrase qui a suivi : « La convoitise de la vérité est une passion très distinguée », a-t-il déclaré. Avec Trump et Johnson au pouvoir et le virus du populisme apparemment en train de s’étendre, le besoin de cette passion n’a jamais été aussi grand ni aussi urgent. C’est pour ça, je dois vous dire, que pas mal de Britanniques regardent vers Emmanuel Macron en espérant qu’il réussisse.

Depuis des années, quand on était au pouvoir, les Français m’ont demandé : « Pourquoi ne pouvons-nous pas trouver notre Tony Blair ? » Maintenant, chez nous et ailleurs on demande « où est notre Macron ? » Nous avons eu May, maintenant Johnson et aucun Français ne m’a demandé : « Pourquoi ne pouvons-nous pas trouver notre Theresa May ou Boris Johnson. » Et les Americains ont Trump ! Personne ne veut un Trump, même Melania. Il y a des parallèles, bien sûr, entre Blair et Macron. Arrivé au sommet jeune, charismatique, intelligent, plein d’idées, moderne. Ni gauche ni droite … Mais nous, on est toujours restés dans le parti. On a persuadé le parti qu’il fallait changer, pour gagner la confiance du peuple et ainsi gagner l’occasion de moderniser le pays -ce qu’on a fait. New Labour représentait un chapitre nouveau dans une vielle histoire. Macron a décidé vraiment d’écrire un nouveau livre. Ce n’est pas seulement qu’il a saisi le moment, il l’a créé. Et comparons avec David Cameron, qui a annoncé notre référendum pour régler un problème interne au parti conservateur, pour apaiser les sceptiques de son parti et des médias. Tandis que Macron, quand il semblait perdre du soutien à sa gauche avec Mélenchon et à sa droite avec Le Pen, à cause de sa défense de l’Union Européenne et de fortes valeurs libérales, au lieu de se replier face à des solutions simples aux problèmes, ou a la rhétorique de la haine, comme nos dirigeants l’ont fait en se penchant vers l’euroscepticisme, il s’est engagé contre la haine, a plaidé contre avec passion et conviction et a dessiné un meilleur avenir, et je crois qu’il a été récompensé pour son courage … pas effrayé par le populisme, montrant que pour faire reculer le mécontentement et la colère populaires, il faut des solutions réelles aux problèmes de la mondialisation. Ce que Emmanuel Macron a compris, c’est qu’il n’y a qu’une seule réponse sérieuse -non pas à traiter par le mépris des inquiétudes qui sont légitimes et compréhensibles mais à expliciter les solutions qui pourraient véritablement améliorer le sort de la population. Pas facile. Le pouvoir n’est jamais facile et la France est un pays difficile à gouverner, ses habitants votant pour le changement et se rebellant lorsqu’ils sont confrontés au changement de pratique. Mais j’ai confiance. Je l’ai rencontré. Il a quelque chose de très spécial, pas seulement des idées et de l’intelligence, mais une confiance en soi remarquable. Si j’ai une inquiétude a propos de Macron, et peut-être d’autres dirigeants européens, c’est qu’ils nous abandonnent, qu’ils décident que même si ils arrivent à conclure un accord, notre Parlement pourrait-il l’adopter ? Même si le Royaume-Uni a un deuxième référendum et décide de rester, est-ce qu’ils nous veulent toujours, assis dans un coin, boudant, en colère, toujours difficile ? Même si Johnson fait une promesse, peuvent-ils le croire ? (Là, je peux les aider : la réponse est non.) N’est-ce pas évident, avec le "plan" qu’il a proposé hier pour "résoudre" le problème de la frontière irlandaise ; qu’il l’a proposé pour être refusé, pour qu’il puisse, comme le font toujours des populistes et des opportunistes, faire des reproches aux autres. C’est honteux ce qu’il fait, démontrant un manque de respect pour les Européens, de l’arrogance envers l’Irlande, et une grande ignorance de l’histoire récente. Mon message pour eux … Johnson ne parle pas pour la majorité, et il n’a pas une majorité pour son Brexit, et il ne l’aura pas. Il veut régler le Brexit par des élections, car avec notre système on peut gagner avec 35%, tandis qu’un référendum, il faut au moins 50%. Avec un référendum, je suis aussi certain qu’on peut l’être dans cette période si incertaine, qu’on gagnerait. C’est pour ça que je demande encore un peu de patience, malgré tout ce qu’on a provoqué. Johnson et ses Brextrémistes insistent qu’un nouveau référendum serait anti-démocratique. Je dis que le Brexit promis il y a trois ans n’était pas livrable, que le Brexit maintenant proposé n’a aucun rapport avec le Brexit promis et qu’il n’existe aucun mandat pour quitter sans accord. Donc, loin d’être antidémocratique d’avoir un autre vote, je crois que c’est antidémocratique de ne pas l’avoir. Espérons avec moi qu’on y arrive. Sinon, le déclin de mon pays s’accélère, et Skye et moi voudront passer encore plus de temps ici en Provence.

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