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Cinéma - Black Panther : l’identité heureuse et l’Afrique au cœur de l’Histoire par Eric Delbecque

mercredi 21 février 2018

Bravo à Ryan Coogler : Black Panther va rester dans les mémoires ! Les effets spéciaux façon blockbuster n’impressionnent pas véritablement (on est habitué avec les poids lourds Marvel) mais le film est riche de multiples significations.

Notons d’abord que les héros sont tous noirs (à une exception près : l’agent de la CIA) et donnent du continent africain, à travers le royaume du Wakanda, une image de puissance et de prospérité qui tranche avec la représentation essentiellement misérabiliste et victimaire que le cinéma donne habituellement de ce continent. Les réalisations technologiques du royaume de T’Challa (Black Panther), rendues possibles par le vibranium (un métal aux incroyables propriétés), symbolisent une nation africaine prospère et héraut du Progrès.

Parallèlement, le Wakanda incarne la synthèse parfaite entre tradition et modernité. Aucun sacrifice de l’un à l’autre, comme en témoigne le rituel du « défi » qui constitue le prélude au sacre du souverain (lequel est en même temps la Panthère noire, héros et protecteur du pays). Cette cérémonie s’affirme ancestrale et démontre que le culte du futur se marie avec le respect du passé ; la raison instrumentale (science et technologie, représentée par Shuri, la sœur de T’Challa) n’a pas exterminé la sensibilité à la mystique, au merveilleux et à la sensibilité religieuse.

Pour autant, le film exprime aussi une méditation profonde sur l’éthique du commandement et les conditions d’acceptabilité du pouvoir. D’abord dans le face-à-face interrogateur entre T’Challa et son père T’Chaka : le premier reproche au second le choix d’une société autarcique, refusant son aide au reste du monde et nourrissant une interprétation restrictive de la vocation nationale.

Ensuite à travers l’affrontement entre T’Challa et « Killmonger » (fils de son oncle le Prince N’Jobu) ; lequel forme l’allégorie de l’opposition possible entre la légitimité et la légalité, cette dernière pouvant se confondre avec la tradition. Lorsque T’Challa perd le combat rituel contre Erik Stevens (son cousin), c’est la légalité (Killmonger, représentation de la force brute -ou plutôt de la violence recueillant l’appui du droit ancestral- gagne selon les règles) qui triomphe de la légitimité (T’Challa s’avère quant à lui l’incarnation du pouvoir juste).

Or, la puissance politique ne peut être reconnue que dans la mesure où elle suscite la confiance des citoyens et qu’elle œuvre dans l’intérêt de tous. Okoye, générale du Dora Milaje (la garde rapprochée du souverain du Wakanda), résume le débat en lançant à Killmonger qu’il a le cœur trop rempli de haine pour être roi.

Remarquons au passage que cette cohorte prétorienne féminine protégeant T’Challa rafraîchit le concept d’amazone et offre une très belle figure de guerrière ne sombrant pas dans les caricatures qui alimentant la guerre des sexes. Les membres du Dora Milaje illustrent l’archétype de la femme solaire au même titre que Nakia, l’ex petite amie de T’Challa, aussi forte que généreuse (elle souhaite faire profiter les autres nations de la supériorité technologique wakandaise).

De bout en bout, Black Panther s’impose comme un discours intelligent sur le pouvoir et la justice, ainsi que sur les rapports entre la conservation et le mouvement. Pleinement en phase avec les questionnements contemporains sur l’accélération de l’évolution humaine, les finalités de la mondialisation et l’urgence de la coopération internationale, ce film mériterait des pages et des pages de commentaires.

De surcroît, il renouvelle l’image de l’Afrique et fait de ce continent un acteur de sa propre destinée et de l’Histoire en général. A coup sûr, il marquera une césure et milite intelligemment pour la solidarité entre les peuples.

Eric Delbecque est l’auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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