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Chronique cinéma d’Eric Delbecque - Blade Runner 2049 : ce qu’être humain veut dire…

dimanche 22 octobre 2017

Ce n’était pas simple de donner une suite à Blade Runner… Le résultat se révèle plutôt séduisant ! Denis Villeneuve et les scénaristes (Ridley Scott, Michael Green et Hampton Fancher) ont réussi à rendre crédible cette prolongation de l’aventure mythique des « Répliquants ».

Blade Runner 2049 donne un nouvel épisode solide au premier film réalisé précisément par Ridley Scott en 1982 (adapté d’un roman de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques). Retour vers le Blade Runner avec Harrison Ford pour bien comprendre celui de 2017 avec Ryan Gosling. Dans un futur sombre -caractérisé par son gigantisme urbain et industriel nihiliste-, en 2019 (ce qui était très loin en 1982 !), à Los Angeles, une grande compagnie nommée Tyrell Corporation, spécialisée dans la robotique, crée des êtres synthétiques. Virtuellement identiques aux humains, on les appelle les « Répliquants ». La version Nexus 6 de ces individus artificiels est dotée d’une force et d’une agilité surhumaines, et leur intelligence égale celle des ingénieurs généticiens qui leur donnèrent naissance.

Utilisés comme esclaves pour les travaux pénibles et dangereux dans le cadre de l’exploration spatiale et de la colonisation d’autres planètes, ils finissent par se rebeller. Une mutinerie est menée par une équipe de combat de Nexus 6, dans une colonie extraterrestre. Les Répliquants sont alors déclarés illégaux sur terre, et punis de mort si on les découvre. Une unité de police spéciale, nommée « Blade Runner », les chasse et les met à mort. Plutôt que de parler d’exécution, les autorités préfèrent employer le terme de « retirement » (mise hors service)…

Sur fond de musique envoûtante de Vangelis, on assiste donc à la traque de quatre Répliquants (Roy Batty, Zhora, Pris et Leon, revenus de leurs « aventures » spatiales à bord d’une navette dérobée) menée par Rick Deckard (Harrison Ford), un « blade runner » taciturne et de caractère insoumis, portant un regard désabusé sur la société dans laquelle il vit.

Il en élimine trois avant que le quatrième ne meure naturellement (leur durée de vie était fixée dès leur fabrication à quatre années), non sans avoir empêché Deckard de faire une chute mortelle lors de leur affrontement. Au cours de ses recherches, Deckard tombe amoureux d’une Répliquante, Rachel (Sean Young) qui ignore sa propre condition d’être synthétique, élaboré par le génie génétique. Pour la sauver, il organise sa fuite.

Dans Blade Runner 2049, on retrouve ce monde désespérant trente ans plus tard. Un Répliquant appelé K (Ryan Gosling), l’un des plus récents modèles, est utilisé comme blade runner pour retrouver et éliminer les anciens Nexus du début du XXIe siècle. Au cours d’une opération d’exécution, il découvre un coffre enterré au pied d’un arbre. Les ossements d’un Répliquant femelle y sont dissimulés. L’analyse médico-légale apprend à K que cette Répliquante décéda suite à une césarienne pratiquée dans de mauvaises conditions. La nouvelle fait l’effet d’une bombe au quartier général du LAPD (police de Los Angeles), car les Répliquants ne peuvent pas, en théorie, se reproduire.

K entame alors une enquête pour retrouver l’enfant, dont la dirigeante du LAPD (jouée par Robin Wright) veut bien évidemment effacer toute trace… Elle estime que son existence pourrait conduire à une situation révolutionnaire, à une guerre sanglante entre les Répliquants et les êtres humains. K apprend que les ossements sont ceux de Rachel (le personnage du Blade Runner de 1982) et que le père du bébé qu’elle portait était Rick Deckard ! Ce dernier entra dans la clandestinité pour protéger la grossesse de Rachel, la confia à des Répliquants libres et disparut afin que celle qu’il aimait ne soit jamais inquiétée.

Parallèlement, le successeur de Tyrell (le fondateur de la firme du même nom, tué par Roy Batty), un certain Niander Wallace (Jared Leto), missionne son adjointe Luv (Sylvia Hoeks), une Réplicante, pour retrouver l’enfant. Wallace veut comprendre comment Rachel a pu tomber enceinte pour pouvoir généraliser la reproduction chez les Réplicants et réaliser ses rêves mégalomaniaques de colonisation de l’espace par ces êtres artificiels, au profit de l’humanité. K finit par tuer Luv au cours d’un duel sans pitié visant à protéger Deckard.

Tout le film, à l’image du premier Blade Runner, se construit sur une seule question : que signifie être humain ? Si les Répliquants furent conçus à l’origine pour imiter les êtres humains et les remplacer dans les situations à risques, il devint rapidement clair -y compris pour leurs créateurs, car cela est expliqué clairement dès les premières scènes du film de 1982- qu’ils développèrent vite des réactions émotionnelles. Dès lors, comment pourrait-on prétendre qu’ils ne possèdent pas les mêmes droits que tous les êtres humains ? Ne bénéficiant que d’une espérance de vie de quatre ans, les Nexus 6 cherchaient seulement à augmenter leur longévité, à ne plus être considérés comme des esclaves, et à partager leur expérience de vie.

Le fait qu’ils soient d’ailleurs dotés d’une mémoire affective traduit bien le besoin (dont les généticiens avaient pris conscience) d’une identité fondée sur un récit, une histoire personnelle, des liens affectifs et une individualité à nulle autre pareille. C’est ce chemin que va faire également K tout au long de l’intrigue. Perturbé par l’idée de devoir éliminer l’enfant de Rachel, il assume une introspection douloureuse qui le conduit à mettre la main sur Deckard dans un casino désaffecté de Las Vegas où il a élu domicile, puis à l’aider à retrouver sa fille.

A l’heure où les débats sociétaux portent notamment sur le clonage, la GPA, l’intelligence artificielle et la robotique en général, il va de soi que l’actualité de ce film n’a guère besoin d’être explicitée… Il nous permet juste de nous questionner une fois encore sur la façon dont se bâtit notre identité et notre humanité. Faut-il avoir été engendré par un homme et une femme pour avoir droit au statut d’être humain, conscient ou souffrant ? Ce que ce blockbuster anticipe, c’est un monde dans lequel l’humanité portera à la lumière du jour des êtres artificiels dont quasiment rien ne pourra dire qu’ils ne proviennent pas d’une union biologique… Futur inquiétant ou fatalité qu’il faut déjà commencer à apprivoiser ? Est-il plus utile de voir cette fable comme une mise en garde salutaire dénonçant la folle tentation humaine de jouer les apprentis-sorciers, ou de la considérer comme un avertissement éthique exhortant à la fraternité quand la science-fiction deviendra réalité ? A chacun de se faire son opinion…

Eric DELBECQUE est Président de ACSE- Il est l’auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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