Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives


Accueil > Culture > Cinéma > Chronique cinéma d’Eric Delbecque - "Logan" : une apologie de l’humain (...)

< >

Chronique cinéma d’Eric Delbecque - "Logan" : une apologie de l’humain par-delà le surhumain…

dimanche 5 mars 2017

Que nous dit le Wolverine vieillissant du dernier blockbuster Marvel, Logan ? Énormément de choses. En allant chercher son inspiration du côté de « Old Man Logan » (de Mark Millar), une version alternative de l’avenir du personnage, le réalisateur James Mangold explore ici de nouvelles facettes du célèbre X-Man, tout en approfondissant celles que nous connaissons déjà.


Dans un futur proche, à la frontière du Mexique, Wolverine (Hugh Jackman) n’est plus que l’ombre de lui-même. Malade et boiteux, vivant d’un job de chauffeur de limousine pour touristes et enterrements de vies de jeunes filles, il prend soin -avec le mutant Caliban- d’un professeur X (James Stewart) au bord de la folie, qui ressemble à un vieillard cherchant à se souvenir d’un passé qui le fuit. Tous les X-Men et l’ancienne génération des mutants sont morts ; quant à Logan, il semble attendre la mort avec impatience. Pour éviter des crises qui déclenchent des attaques télépathiques violentes, Hugh Jackman doit injecter régulièrement à Charles Xavier une substance capable de neutraliser ses pouvoirs. Une existence morne s’écoule ainsi pour les trois hommes, vestiges d’un temps révolu, dans une époque où la violence et le désespoir paraissent dominer.

Jusqu’au jour où apparaît une petite fille nommée Laura qui possède les mêmes pouvoirs que Wolverine, griffes comprises. Pourchassée par les hommes de main (dirigés par un mercenaire nommé Donald Pierce) d’une firme spécialisée en manipulations génétiques ne reculant devant aucune horreur, elle veut absolument se rendre à des coordonnées figurant dans une bande dessinée mettant en scène les X-Men, et désignant un lieu appelé « l’Eden ».

Cependant, avant d’aller plus loin, rappelons les fondamentaux de ce super-héros si particulier. Le mutant Wolverine (James Howlett de son vrai nom, surnommé Logan) a acquis une notoriété mondiale au fil des décennies ! Sa formidable interprétation par l’impérial Hugh Jackman dans la saga cinématographique des X-Men -à partir du début des années 2000- rehaussa encore le prestige du super-héros aux griffes légendaires ! C’est aujourd’hui l’un des héros Marvel les plus populaires. Son look fait de lui un personnage reconnaissable entre mille. Cigare au coin des lèvres, coupe de cheveux et « rouflaquettes » improbables, il ressemble davantage à un animal sauvage croisé avec un milliardaire texan du secteur pétrolier qu’à un super-héros soucieux de la veuve et de l’orphelin… Bien entendu, ce sont également ses griffes en adamantium (comme son squelette), un métal rare quasi indestructible, qui favorisèrent sa célébrité.
Ses origines se révèlent mystérieuses. En tout état de cause, né dans la province d’Alberta au Canada, probablement dans les années 1890, Wolverine eut une enfance troublée. Officiellement fils de John et Elizabeth Howlett, on soupçonne néanmoins le jardinier de la propriété des Howlett, Thomas Logan, d’être son authentique géniteur. Il adopta d’ailleurs ce nom après s’être enfui de chez lui. On suppose que son frère, sans doute également mutant, décéda très jeune, ce qui rendit folle leur mère. A la suite d’un coup de sang, Logan tua John Howlett. Ce qui provoqua la colère de Wolverine et activa sa mutation : ses griffes sortirent pour la première fois et il transperça le corps de l’assassin de son père légal, tout en blessant au visage Cabot, le fils de Thomas Logan. Il passa un certain temps dans une ville minière canadienne, avec Rose, la jeune domestique avec laquelle il s’était enfui. Mais celle-ci se rapprocha d’un contremaître, et Logan -rongé par la déception- se mit à se battre pour gagner de l’argent. Accidentellement, il tua Rose lors d’un combat qui l’opposa à Cabot. Il disparut quelques années dans la forêt avant de regagner la civilisation. Il traversa le XXe siècle et ses conflits. Il se battit dans les premières forces spéciales lors du premier conflit mondial. Durant la Seconde Guerre mondiale, il rencontra Captain America et lutta à ses côtés. Il deviendra par la suite un agent secret canadien. Le projet Arme X fera de lui -plus que jamais- une sauvage bête de combat, et injectera de l’adamantium sur l’intégralité de son squelette et de ses griffes. Durant plusieurs années, il fit partie de la Team X, notamment avec Dents de sabre et Maverick.
Il rencontra James et Heather Hudson. James voulut en faire le leader de la Division Alpha (un groupe de super-héros canadien), mais il préféra choisir de suivre le Professeur Xavier et devenir un membre des X-Men. Plus tard, il a rejoint les New Avengers (les Nouveaux Vengeurs). Les aventures de Wolverine tout au long des décennies se révèlent trop complexes et nombreuses pour être racontées ici dans le détail. Précisons simplement qu’il a fini par entrer dans un conflit éthique profond avec Cyclope, au point de devenir le chef de l’une des deux factions mutantes, la seconde étant précisément dirigée par Scott Summers. Wolverine et Cyclope prirent chacun la tête d’une école pour les mutants, Logan estimant que Cyclope avait trahi l’héritage du Professeur Xavier avant même de l’avoir exécuté (alors qu’il était possédé par le Phénix). Wolverine apparaît comme l’un des personnages les plus populaires et complexes dans la galaxie Marvel. Bien entendu, des récits successifs creusèrent le sillon de l’opposition en lui entre l’animal et l’être humain. Il représente la dialectique difficile dans l’intériorité d’un homme entre la sauvagerie et la compassion, la nature et la civilisation, les instincts et la raison, les pulsions et l’analyse, etc. Mais Logan nous dit encore bien plus que cela. Dans les comics ou au cinéma, il offrit plusieurs fois l’exemple de ce que peut accomplir l’amour absolu et passionnel, allant jusqu’au sacrifice de soi pour les autres. Ses actes, vis-à-vis de Mariko ou Jean Grey, le montrent prêt à tous les changements, et témoignèrent d’une écoute aux autres que l’on n’attendait guère chez un guerrier féroce comme lui.
Dans Logan, cet ultime film où Hugh Jackman incarne Wolwerine, on réfléchit une fois de plus sur les nombreux symboles et archétypes que permet d’agiter l’idée de « l’homme sauvage » dans une ère marquée par la cybernétique, le transhumanisme et le numérique.
Le blockbuster traduit parfaitement le désenchantement d’un siècle qui ne sait plus trop vers quoi il avance, sinon vers un capitalisme financier sans conscience qui n’hésite pas à considérer des enfants comme des rats de laboratoire. Car on apprend au cours du film que Laura est la fille de Wolverine, ou plus précisément le résultat de la fécondation d’une mexicaine (utilisée comme cobaye) par l’ADN du mutant griffu. Expérimentation reproduite plusieurs fois avec d’autres X-Men, puisque l’on découvre des enfants visiblement dotés des pouvoirs de Magnéto, d’Iceberg, et peut-être même de Tornade…

Loin d’un happy end, les dernières minutes du film apportent néanmoins de l’espérance. Une nouvelle génération de mutants va grandir et recueillir l’héritage des X-Men, ce qui inclut les espoirs du Professeur X dans une coexistence pacifique des différents enfants de l’humanité, méta-humains compris. Logan donne aussi une nouvelle preuve du triomphe en lui de l’homme sur la bête puisqu’il éprouve des sentiments de père et se sacrifie pour sauver sa fille et ses compagnons, reprenant sa mission de protecteur des jeunes mutants qu’il assumait déjà dans X-Men Origins : Wolverine, en luttant contre le programme « Arme X » du fou furieux William Stryker.
Finalement, ce dont fait l’apologie le Logan vieillissant de ce film à la violence graphique soutenue, c’est l’humanité du surhomme aux griffes. Sous le super-héros si proche de l’animalité la plus primitive, on saisit que le héros est d’abord l’homme, James Howlett, qui s’affirme un modèle parce qu’il choisit de faire taire son, ses instincts pour donner la dernière victoire à l’amour d’un père pour son enfant, et à l’espoir d’un avenir meilleur pour une nouvelle génération.

Eric DELBECQUE Président de ACSE et membre du Comité Orwell. Auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.