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Chronique cinéma d’Eric Delbecque - "Seven Sisters" : qu’est-ce que l’identité ?

mardi 17 octobre 2017

Seven Sisters mérite d’être vu. Comme d’habitude, les critiques arbitres du snobisme et du culturellement correct ont expliqué les insuffisances du film. Tommy Wirkola s’en sort pourtant bien ! Disons-le d’emblée : on ne s’attend guère au dénouement, même si quelques indices permettent aux plus attentifs de comprendre qui a vendu les 7 sœurs… En tout état de cause, l’intrigue et les mécanismes du suspense fonctionnent parfaitement.

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Noomi Rapace ©SDN

Mention spéciale bien sûr pour Noomi Rapace. Déjà très convaincante dans Millénium, elle s’impose dans Seven Sister avec une parfaite élégance et une belle sobriété de jeu. Elle n’en fait pas trop dans un rôle complexe. Car cette exploration du thème de l’identité soulève de multiples questions que l’actrice doit d’abord résoudre dans son interprétation avant de pouvoir les suggérer et les faire prospérer dans l’esprit du public qui vient s’asseoir devant l’écran dans les salles obscures. Le synopsis est le suivant : dans un futur proche, en 2073, la planète sombre sous l’effet de la surpopulation. Pour faire face, les autorités décident d’adopter une politique intransigeante de l’enfant unique. Pour la faire respecter, un régime totalitaire se met en place : il encadre rigoureusement la population, perfectionne à l’extrême les technologies de fichage et de surveillance, et se saisit des enfants surnuméraires lors de naissances multiples (pour les cryogéniser prétend-t-il). Chaque citoyen porte un bracelet électronique permettant à l’État le contrôle étroit des individus. Le bras armé de cette stratégie brutale et inhumaine de régulation du nombre d’êtres humains vivant sur le globe est le CAB (Child Allocation Bureau : Bureau d’allocation des naissances), dirigé d’une main de fer par Nicolette Cayman (Glenn Close), qui fut la fervente promotrice de cette politique.
C’est dans ce contexte qu’un homme nommé Terrence Settman (Willem Dafoe) perd sa fille Karen en couches, juste après qu’elle eut donné naissance à des septuplées. Il décide de ne pas les déclarer et de les protéger en utilisant un stratagème : élevées dans le plus grand secret, chacune d’elle ne peut sortir que le jour de la semaine qui correspond à son prénom. En effet, les sept enfants portent comme prénoms Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi et Dimanche.

Trente ans plus tard, en 2073, les sept sœurs continuent à vivre en secret dans l’appartement de leur grand-père. Elles ont toutes endossé l’identité unique de Karen Settman (le nom de leur mère) et vivent l’existence réglée et ennuyeuse d’un cadre d’une grande banque. Elles adoptent une seule apparence au moyen de perruques et d’un maquillage étudié. Aucune d’elles ne peut entretenir de relation durable avec un homme puisque chacune quitte le domicile familial un seul jour par semaine, les six autres y demeurant confinées. Mais un jour, Lundi ne rentre pas à l’issue de sa journée de travail. Les autres sœurs tentent d’enquêter : hélas, les événements s’enchaînent dramatiquement et elles comprennent que le CAB a percé leur secret. Commence dès lors une traque où elles doivent combattre avec acharnement l’équipe de tueurs lancée à leurs trousses.
Bien entendu, le film constitue une énième dénonciation du type de totalitarisme qui menace le XXIe siècle. Dans cette intrigue, il repose certes opérationnellement sur des technologies pointues de surveillance mais l’essentiel est ailleurs. Il naît parce que la surpopulation (question d’actualité) a conduit à des impasses sociopolitiques et éthiques. Au passage, les manipulations génétiques y sont dénoncées puisque ce sont les effets pervers des innovations génétiques utilisées pour accroître les rendements agricoles qui provoquèrent l’explosion des naissances multiples ayant conduit au contrôle de la reproduction. C’est donc une problématique écologique qui se situe ici à l’origine d’une évolution vers un régime politique liberticide, ce qui donne sa coloration particulière et son originalité au travail de Wirkola. Ce qui occupe cependant le cœur de l’histoire est une interrogation sur la construction de l’identité. Comment élaborer au fur et à mesure des années une personnalité originale et qui ne caractérise nul autre être humain lorsque l’on doit soumettre son existence entière à la solidification d’un masque social qui pèse sur l’épanouissement de sa singularité ? Une dialectique qui ne peut sans doute pas recevoir de réponse univoque et définitive…

Eric DELBECQUE est Président de ACSE- Il est l’auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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