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Chronique cinéma d’Eric Delbecque -Thor Ragnarok : toujours l’angoisse de la décadence…

mardi 16 janvier 2018

J’avais accumulé du retard dans mes commentaires réguliers des productions Marvel et DC Comics : je prends donc comme première bonne résolution de 2018 de le combler… Parlons-donc un peu du dernier Thor : Ragnarok réalisé par Taika Waititi !

Tout le monde a noté que c’était une incontestable réussite en matière de divertissement. L’ensemble des ingrédients nécessaires à un bon blockbuster Marvel sont présents : un héros consacré (Thor, l’un des « poids lourds » de la « maison des idées »), des effets spéciaux soignés, des batailles homériques, des compagnons d’aventures solides (Hulk, Loki, Odin, etc.), des super-vilains convaincants (à cet égard, Cate Blanchett se révèle épatante en Hela, déesse de la mort), des valeurs en granit à défendre, etc.

Toutefois, Marvel connaît son travail, et ce savoir-faire n’a rien d’étonnant. Ce qui me paraît plus intéressant réside dans l’évocation chronique du déclin, de la décadence des civilisations, au sein des grandes productions américaines, et en particulier dans le genre super-héroïque (j’y insisterai aussi dans une prochaine chronique sur La Ligue de Justice au sein de l’univers DC).

En l’occurrence, choisir le thème de Ragnarok (la fin du monde dans la mythologie scandinave) pour cet opus de Thor traduit quelque chose d’extrêmement profond : l’obsession contemporaine occidentale de l’avenir. Ou plutôt cette angoisse qui ne passe pas dans les esprits américains et européens. De ce point de vue, le dernier né de la série « Thor » s’affirme emblématique.

Le film s’enracine dans la mort d’Odin (le Père et la clef de voûte d’Asgard), le retour et la victoire de la déesse de la Mort, l’action d’une valkyrie (guerrière accompagnant les morts vers le Valhalla, paradis des héros scandinaves), l’effondrement d’Asgard et le couronnement du fils turbulent (Thor) appelé à conduire les quelques survivants de sa patrie vers la Terre : on voit bien la direction psycho-symbolique de l’intrigue. La question posée est la suivante : toute civilisation finit-elle par disparaître ? Est-elle forcément condamnée à l’épuisement ? L’Apocalypse vient-elle nécessairement ?

La célèbre phrase de Paul Valéry (« Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles », écrite à l’issue de la Grande Guerre) ne suffit pas à clore ces interrogations. Certes, nous disposons de la certitude que chaque société peut disparaître, et même des continents entiers, sous l’effet d’une guerre totale, d’une catastrophe nucléaire ou écologique. Ce qu’il importe de comprendre se situe ailleurs. Est-ce là une fatalité ? Ou bien peut-on toujours se renouveler, transcender ses limites, tromper la mort et, avancer encore et toujours vers le futur ?

Thor : Ragnarok suggère que le changement autorise la survie puisque Thor prend la place d’Odin et parvient à sauver quelque chose de son héritage au prix de lourds sacrifices (à commencer par son œil, mais également le royaume physique que constitue Asgard, ainsi que de nombreux asgardiens). C’est en consentant à ces pertes qu’est vaincue Hela, dont la chute est en réalité le fruit du triomphe du démon Surtur, étendard et héraut de Ragnarok. Le message est clair : il faut que quelque chose périsse pour permettre à la nouveauté de surgir et à l’avenir de voir le jour…

Notons aussi que Thor doit subir une lourde épreuve d’humilité sur le monde du Grand Maître, en combattant Hulk et en se voyant ravalé au rang d’un simple gladiateur manipulé par un médiocre tyran. Cette initiation singulièrement désagréable participe bien entendu de l’univers du « voyage du héros » cher à tous ceux qui s’intéressent aux mythes ; elle rappelle qu’il faut s’épurer, se débarrasser de beaucoup d’encombrants fardeaux lorsque l’on veut réussir à se projeter dans la « vie d’après ». A titre individuel et collectif, tout cela donne matière à réflexion… Je m’arrête là : le mieux est encore de voir le film, comme beaucoup d’autres de la veine Marvel et DC, pour constater d’abord que le storytelling peut dépasser le simple divertissement, et ensuite dans le but de construire sa propre réflexion sur de si vastes sujets…

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Eric DELBECQUE est l’auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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