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Chronique cinéma d’Eric Delbecque : Wonder Woman ou la fin de la guerre des sexes…

dimanche 18 juin 2017

Wonder Woman est un blockbuster qui fonctionne parfaitement. Le film réalisé par Patty Jenkins échappe à tous les dangers du genre : excès de violence, emphase des dialogues, raideur des acteurs, etc. Réglons d’abord le plus facile : Gal Gadot.

Elle incarne à la perfection le personnage de Wonder Woman. Sculpturale, élégante, sachant donner de l’humour à un mythe qui pourrait facilement apparaître trop rigide, elle démontre une belle intelligence du rôle.

Ensuite, l’intrigue ne sombre pas dans le féminisme vindicatif ou caricatural. Les amazones de Themiscyra apparaissent davantage comme des protectrices de l’humanité contre la folie d’Arès (le dieu de la guerre) que comme des furies résolues à découper les mâles en tranches… Leur méfiance des hommes dérive d’une expérience concrète de la rage de domination de l’espèce humaine, non pas d’une position idéologique ancestrale prônant la séparation des sexes de façon paranoïaque.

De son côté, Chris Pine donne un relief fort intéressant à Steve Trevor (qui joue le capitaine Kirk dans la franchise reboot Star Trek, produite par J.J. Abrams depuis 2009). Le soldat américain, officier gentleman et espion, se signale par sa sensibilité tout autant que par sa force combattante. Il révèle ses doutes et ses fractures en même temps que son courage. Son sacrifice résume l’ensemble de ses vertus. Son amour pour la princesse Diana participe de la même délicatesse d’ensemble qui le caractérise. Bien sûr, dans le couple formé par les deux héros, il faut voir une symbolisation de l’idéal du lien amoureux contemporain. Trevor, capable d’une virilité pacifiée et cérébrale, ne tente pas de rentrer dans un rapport de force avec la guerrière fille de Zeus mais cherche à installer un dialogue des âmes et des esprits avec celle qui a capturé son cœur.
Pareillement, l’homme du XXIe siècle doit savoir intégrer la montée en puissance de la femme dans la société ouverte et paritaire, sans craindre que le jeu sentimental et érotique ne sombre dans une compétition pour le pouvoir ou la reconnaissance.

Autre débat intéressant posé par le film ? La nature de la guerre. Elle habite effectivement l’humanité de façon structurelle et ne peut être interprétée comme une simple manipulation -hautement pernicieuse- d’Arès. Ce serait beaucoup trop facile… Nos consciences ne peuvent se soulager à si bon compte. Le dieu des champs de bataille se contente de souffler aux criminels, aux bourreaux et aux despotes, des idées démoniaques pour mieux propager le chaos et la destruction, afin d’entraîner l’homme vers le néant.

Au bout du compte, on passe un très agréable moment en s’asseyant devant le grand écran, dans la salle obscure, pour assister aux aventures de Diana et Steve. Le personnage de la glorieuse amazone a certes évolué depuis 75 ans. Rappelons les grandes étapes de son existence dans l’univers de la bande dessinée. Wonder Woman vit le jour durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est le fruit du travail de William Moulton Marston, un psychologue qui rejoignit l’entreprise DC Comics comme consultant avant de devenir un auteur de poids. Elle fit une première apparition furtive au sein d’un prologue de huit pages dans All Star Comics n° 8. Elle occupa ensuite la couverture de Sensation Comics en janvier 1942. Dans le monde très masculin des super-héros, Wonder Woman constituait une véritable innovation : dotée d’une force extraordinaire et de réflexes surdéveloppés, elle n’avait rien d’un personnage destiné exclusivement à valoriser les « super-mâles ».

C’est à cause d’un capitaine de l’US Army qui s’écrasa sur son île natale, Paradise Island, royaume des Amazones. Chargée de ramener Steve Trevor dans le monde des hommes, Diana, fille de la reine Hippolyte, se rendit aux États-Unis dans un jet invisible. Revendiquant la protection des déesses Aphrodite et Athéna, elle revêtit un costume apparemment inspiré par le drapeau américain. Souhaitant prolonger son séjour dans le pays de Trevor, elle prit le nom de Diana Prince et devint infirmière, en plein conflit mondial contre les nazis et les Japonais.

Le succès du personnage fut immédiat et Wonder Woman obtint son propre titre dès 1942. Elle intégra la Société de Justice d’Amérique en juin, dans All Star Comics n° 11. Elle ne cessa plus de grimper l’échelle de la notoriété au sein de l’univers DC. Comme les deux autres membres de la Trinité (Superman et Batman), elle survécut à la période difficile des comics entre 1945 et 1955, et ses aventures continuèrent à être publiées. Également membre de la JLA, elle fut de toutes les aventures essentielles de la Ligue.
Elle fut aussi un témoin de l’évolution de la condition féminine dans les années 1960. Ses différentes mutations, y compris vestimentaires, le démontrent.

Depuis 2011 et la mise en place de l’univers « Renaissance » chez DC Comics, elle entretient une relation sentimentale passionnelle avec Superman. Notons d’ailleurs que ce principe d’une histoire d’amour entre les deux personnages avait déjà été exploré dans le récit Kingdom Come : à la fin de ce dernier, ils se marièrent et eurent une descendance appelée à accompagner l’évolution humaine vers une planète pacifiée et dédiée au progrès.

Wonder Woman, en tant qu’amazone, en symbolise tous les mythes et concepts liés. Elle est l’image de la femme guerrière, endurante, courageuse et puissante, capable de surclasser des hommes sur le terrain de la guerre. Simultanément, elle offre le rêve de la femme séduisante, modèle de la créature fatale qui peut ravir le cœur de tous les mâles.

Tous les quadras gardent le souvenir de l’inoubliable Lynda Carter dans la série télévisée de la fin des années 1970 ! Toutefois, Gal Gadot relève le défi avec succès et ajoute un second visage dans la représentation cinématographique de cette super-héroïne mythique !

En conclusion, on est invinciblement porté à affirmer que Wonder Woman version 2017 éteint la guerre des sexes que les sectaires idéologiques trouvent parfois profit à déclencher entre les deux moitiés de l’humanité. Steve Trevor et Diana Prince constituent une image de l’harmonie retrouvée entre les deux sensibilités humaines en pleine mutation depuis plus de trente ans. Quant à ceux qui trouvèrent judicieux d’interdire ou de boycotter ce blockbuster astucieux et romanesque, il s’agit de les ignorer superbement : l’intégrisme -quel qu’il soit- ne mérite aucun « accommodement raisonnable » : ce serait une folie d’y consentir…

Eric DELBECQUE est Président de ACSE- Il est l’auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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