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Cinéma - "Au revoir là-haut" d’Albert Dupontel : Bonjour le grand film !

lundi 13 novembre 2017

Albert Dupontel signe une époustouflante adaptation cinématographique de « Au revoir-là haut » de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013. Il arrive, même si c’est très rare, que l’adaptation cinématographique d’un roman soit supérieure en qualité à l’œuvre originale. C’est le cas avec « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre (Prix Goncourt 2013) dont Albert Dupontel s’est emparé pour le porter à l’écran de manière flamboyante. Non que le livre fût mauvais ! Loin de là. C’est le texte d’un fin lettré, mi-poète, mi-roublard, amoureux fou de la littérature française, du cinéma et de la peinture qui a su de manière explicite (il le reconnaît lui-même en fin d’ouvrage) parsemer son récit d’emprunts assumés comme autant de clins d’œil à Proust, Bergman, Bernanos, Brassens, Màrquez, Audiard, Aragon, Balzac, La Rouchefoucauld, Michelet, Molina, l’abbé Prévost, Hugo, Diderot, ou encore n’en jetez plus le grand Emile Ajar, alias Romain Gary, roi du masque et auteur de « La promesse de l’aube » dont on a tiré aussi un film, un long métrage signé Eric Barbier que ce dernier viendra présenter au Cézanne ce jeudi 16 novembre à 20 heures accompagné de l’acteur Pierre Niney qui campe un Gary inattendu. La force du roman de Pierre Lemaitre, outre son scénario impeccable, vient de son pouvoir de façonner chez le lecteur des images fortes. Ce n’est pas d’ailleurs un hasard si Christian De Metter, en formidable peintre des sentiments et portraitiste inspiré, en a tiré une bande dessinée parue aux éditions rue de Sèvres avec une préface de Philippe Torreton saluant le travail du dessinateur : « Ce n’est pas une BD, c’est un scanner », dira-t-il, définissant les deux personnages principaux Albert Maillard, et Édouard Péricot, comme étant des survivants « des purulences » « qui auraient du mourir à la guerre et que la paix a oublié  ». On ne saurait mieux dire, et Albert Dupontel, cinéaste autant qu’acteur et conteur ne pouvait mieux faire. Sous sa griffe Albert Maillard (Albert Dupontel en personne) déterré au sens propre du terme par Edouard Péricourt -fabuleux Nahuel Perez Bicayart révélé depuis dans « 120 battements par minute »- qui l’extrait des boues des tranchées et pour reprendre l’expression de Torreton : « d’un trou d’obus renfloué par un vomi de terre », deviennent des héros de tragédie antique. L’un est dessinateur de génie. L’autre modeste comptable, et après bien des péripéties, ils décident de monter une arnaque aux monuments aux morts.

Nous sommes en 1919, et dans la France des années folles

Nous sommes en 1919, et dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire. Usurpation d’identité, menaces de mort planant sur eux en raison de l’art de fouiner à mauvais escient de l’infâme lieutenant Pradelle , phénoménal Laurent Lafitte, intervention humaniste de Marcel Péricourt, le peut-être père d’Edouard, bouleversant et inoubliable Niels Arestrup, art de la voltige et jeu de masques, n’en disons pas plus ! « Au revoir-là haut » version Dupontel ne se raconte pas mais se savoure. Le réalisateur qui connaît son histoire du cinéma par cœur s’en va flâner du côté de Jean Renoir et offre des plans bouleversants d’authenticité, de beauté formelle et d’intelligence. La prose très sonore de Pierre Lemaître l’y aide, et ce n’est pas un hasard si l’auteur lui-même s’est emparé de son roman pour en proposer une lecture intégrale pour les éditions Audiolib. (2 CD MP3) où l’on retrouve l’aspect policier et poétique du texte.

Des résonances modernes

Il a su voir dans cette histoire des années « Croix de bois » de Roland Dorgelès des résonances modernes dont il s’explique en vantant haut et fort les mérites du livre : « En plus de mon énorme plaisir de lecteur, confie Albert Dupontel, je trouvais le livre extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde, les multinationales actuelles sont remplies de Pradelle et de Marcel Péricourt, sans foi ni loi, qui font souffrir les innombrables Maillard qui eux aussi persévèrent à survivre à travers les siècles. Le récit contenait également une histoire universelle, dans le rapport d’un père plein de remords, à un fils délaissé et incompris. Et enfin, l’intrigue de l’arnaque aux monuments aux morts créait un fil rouge donnant rythme et suspens au récit. Tous ces éléments ont fait que pour la première fois pour moi une adaptation me paraissait faisable et judicieuse. De surcroit le livre de Pierre Lemaitre me paraissait un véritable mode d’emploi pour un scénario tant son écriture est visuelle et ses personnages parfaitement définis psychologiquement, le tout dans une narration aux rebondissements continus. »
Pour cela il a placé l’arnaque plus tôt dans le film qu’elle ne l’est dans le livre. Il s’en explique non sans humour : « Le spectateur est beaucoup plus paresseux que le lecteur. Pour garder rythme et attention, j’ai relié tous les personnages entre eux, encore plus que dans le livre afin que tout renvoie à tout. Par exemple, c’est Édouard qui met Merlin sur la piste de Pradelle pour se venger de celui-ci. Cette transition n’existe pas dans le livre. Et pour finir, j’avais très envie de la rencontre Péricourt père -fils et de ce dialogue sur la terrasse du Lutetia, ainsi que d’un règlement de compte Maillard-Pradelle. Là aussi, je pense que le spectateur en a besoin mais pas forcément le lecteur. »
Au final un grand film populaire, pas populiste, émouvant et somptueusement éclairé par la photographie de Vincent Mathias et nourri des décors artistiques d’un Pierre Quefféléan au sommet de son art. « Au revoir là-haut  »…Bonjour le grand film !

Jean-Rémi BARLAND

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre - film d’Albert Dupontel co-scénarisé par l’auteur en ce moment sur les écrans. Roman chez Albin Michel et en livre de Poche. Lecture intégrale par Pierre Lemaitre (2 C MP 3 chez Audiolib). Adaptée en bande dessinée par Christian De Metter et Pierre Lemaître (Editions Ru de Sèvres, 169 p. 22,50 €)

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