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Cinéma : "Girl" de Lukas Dhont : un chef-d’œuvre artistique et un hymne à la tolérance

vendredi 26 octobre 2018

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Victor Polster dans "Girl" ©Menuet

C’est un film grave, admirable, poignant. Un film qui honore celui qui l’a réalisé. Une œuvre forte qui demeure un hymne à la tolérance et au droit à la différence. Mais pas un long métrage social où l’héroïne va devoir se battre pour faire triompher son identité. Dans « Girl », toute la famille soutient Lara qui, née dans un corps de garçon, décide de tout mettre en œuvre pour mener une carrière de danseuse classique. On peut imaginer très bien que, dans une telle situation, le père de famille sera le principal obstacle au projet de son enfant. C’est tout le contraire ! Il va non seulement l’accompagner, mais déménager pour habiter à côté de l’école de danse où Lara suit des cours. Magnifiquement incarné par Arieh Worthalter, sublime acteur tout en subtilités, ce personnage du père s’impose comme un révélateur de destins, et comme celui qui fait avancer le récit. Du coup Lara n’est pas un archétype mais une vraie femme que l’on suit avec un grand respect et une réelle admiration pour sa volonté de faire de sa vie une œuvre d’art. « J’avais l’intention de faire un film sur l’effet de la danse sur le corps, plutôt qu’un film sur la danse », précise Lukas Dhont, jeune réalisateur belge surdoué de 26 ans, auréolé à Cannes pour ce film de multiples prix, et qui de passage à Aix au Mazarin pour en faire la promotion arpente désormais le monde entier pour assurer la promotion de son long métrage atypique, et magique. « Quand j’étais petit, mon père voulait que je sois boy-scout, confie-t-il en parlant de la genèse de "Girl ", « Il nous emmenait, mon frère et moi tous les quinze jours jouer avec d’autres enfants dans la boue ou faire du camping. Tous les deux on a détesté ça. On préférait de loin le théâtre, la danse, et le chant où nous pouvions nous exprimer. Vous pouvez imaginer la confusion quand on a appris que c’était vu comme des activités "pour les filles". J’ai alors tout arrêté pour ne pas qu’on se moque de moi », ajoute-t-il racontant ensuite qu’un article sur une jeune fille née dans un corps de garçon convaincue d’être fille déclencha en lui une idée de film. « C’est comme ça que "Girl" a commencé. Par la nécessité de parler de notre perception du genre, de ce qui est féminin, et ce qui est masculin, mais surtout pour pouvoir montrer la lutte intérieure d’une jeune héroïne, capable de mettre son corps en danger pour pouvoir devenir la personne qu’elle veut être. » Et d’installer entre le spectateur et Lara un mouvement d’empathie et de complicité. Jamais graveleux, refusant les effets faciles « Girl » qui pourrait s’appeler « Sois une fille mon fils puisque tel est ton choix », est un modèle de pudeur qui, très éloigné de l’univers des films de Xavier Dolan (à qui on l’a parfois comparé) dit et montre des choses importantes sans élever la voix, sans scènes spectaculaires, sans prêchi-prêcha, avec un réalisme qui rappelle plutôt la narration propre aux frères Dardenne.

Un film coloré

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Lukas Dhont ©Kris Dewitte

Pour y parvenir Lukas Dhont a d’abord soigné la lumière et porté une attention particulière aux couleurs sublimées ici par le travail du chef opérateur Frank Van den Eeden. Le jaune, propice à symboliser le soleil par lequel Icare (personnage qui a guidé l’écriture du scénario) finira par se brûler, le bleu couleur associée aux garçons, et le rouge l’expression de la douleur et du sang, se croisent dans un va-et-vient permanent mettant en relief le corps et la psychologie de Lara. Le réalisateur a ensuite su diriger les acteurs, et en premier lieu Victor Polster, 15 ans à peine au début du tournage, qui est tout simplement « phénoménal ». Magique et qui ne semble pas jouer, mais pour qui, fou de danse néanmoins souffrit le martyre pour faire des pointes. Lukas Dhont le filme au plus près et nous sommes conquis par sa performance physique et mentale. Un immense film où la chorégraphie est enrichie d’un travail exceptionnel sur la musique. Un chef d’œuvre et une leçon de vie.
Jean-Rémi BARLAND

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