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Cinéma : "La promesse de l’aube" d’Eric Barbier une adaptation très réussie

dimanche 19 novembre 2017

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Eric Barbier et Pierre Niney ont présenté « La promesse de l’aube » en avant-première au Cézanne d’Aix-en-Provence (Photo Jérémy Lam)
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© Julien Panié / Pathé Distribution

Il était émouvant de voir Pierre Niney venir présenter au Cézanne d’Aix en compagnie du réalisateur Eric Barbier le film « La promesse de l’aube » ce jeudi 16 novembre, le jour du décès de Robert Hirsch, immense comédien s’il en fut avec qui il partagea l’honneur de jouer à la Comédie Française. Si ce dernier a pu voir quelque part d’en haut, au cœur des étoiles, ce long métrage au souffle épique où Pierre Niney interprète le rôle de Romain Gary, il a dû applaudir la performance du jeune ex-sociétaire de la maison de Molière. Donnant chair et âme à l’écrivain double Prix Goncourt, roi du masque, du double, de la supercherie, et du mentir-vrai romanesque, Niney qui parvient à ressembler physiquement à Gary dans les scènes finales, frappe les esprits et par la subtilité de son jeu, rend émouvante cette plongée au cœur de ce chef d’œuvre littéraire adapté par Eric Barbier avec intelligence et un sens aigu de la dramaturgie. Ayant compris comme peu de ses confrères que cinéma et littérature n’ont rien à voir, le réalisateur trouve ici un langage propre au déroulé de cette histoire d’inspiration autobiographique, mais qui, de l’aveu même de romain Gary n’est pas une autobiographie. Il ne montre pas par exemple un décor pour montrer un décor mais l’inclut dans un récit dynamique, privilégiant les mouvements des personnages. Ainsi pouvait-on regretter à Aix même que les passages de « La promesse de l’aube » qui se déroulent dans la ville fussent occultés. On y évoque une charcutière, les 2 G., la chambre d’étudiant de la rue Roux-Alphéran, autant d’éléments qui sont très écrits mais qui ne donneraient pas grand chose d’un point de vue cinématographique. Et quand la phrase de l’auteur est à ce point belle qu’elle mérite qu’on s’y attarde Eric Barbier se sert de la voix off pour la magnifier. Autre parti-pris qui peut rendre perplexe celui-là : le père de Romain Gary dont l’écrivain parle (peu d’ailleurs) dans le roman disparaît totalement à l’écran, car c’eût été sans doute un autre film qui, construit par Eric Barbier, se centre sur les rapports de l’écrivain avec sa mère. Et quelle mère ! Qui est à la fois le père et la mère de Romain, d’où l’effacement ici du père. Une mère excentrique, fabulatrice, possessive, généreuse, exclusive, sublime et terrible présentée sous une forme souvent picaresque (« La promesse de l’aube » est de fait aussi un conte picaresque autant qu’un roman d’aventures), rendue plus inoubliable encore par le jeu d’une Charlotte Gainsbourg inattendue et qui prend l’accent polonais. Quant aux acteurs dit « secondaires » ils sont tous performants, de Didier Bourdon à Jean-Pierre Darroussin (campant un peintre le personnage le moins réussi et le plus caricatural du film) en passant par Finnegan Oldfield, le camarade de combat de guerre de Gary, qui est à l’affiche du film « Morvan » de Anne Fontaine. Avec une mention spéciale à Pawel Puchalski, incarnant Romain Gary entre 8 et 10 ans, jeune prodige totalement bilingue dont on salue malgré son jeune âge, l’incroyable maturité.

Little big man

L’une des grandes forces du film est d’avoir enrichi l’histoire de « La promesse de l’aube » d’autres pans entiers de la vie de Gary qui ne se trouvent pas dans le livre. Ainsi le début du roman dont les premiers mots sont : « C’est fini  », se passe sur la plage américaine de Big Sur et on y voit Gary très déprimé. Le film débute en Amérique du Sud où Romain devenu écrivain ne va pas fort non plus. Par un jeu de bascule on se retrouve dans un hôpital, pas celui de la mère morte pendant la guerre du diabète mais là où Romain Gary croit avoir une tumeur au cerveau, alors qu’il souffre de s’être placé du guacamol dans les oreilles. Sans cesse Eric Barbier et sa co-scénariste Marie Eynard soulignent des éléments autobiographiques de l’existence de l’écrivain, diplomate, ambassadeur, Gaulliste et aviateur, par d’autres tirés des principaux chefs-d’œuvre de l’auteur. C’est époustouflant et très beau à regarder et, lors de la scène où Pierre Niney à cheval ramène dans le désert africain une vieille femme noire dans son village fait songer à un western. A « Little big man » en fait, qui met en scène un homme entre deux cultures, rejeté par les uns et les autres, comme Gary en fait, moqué par les Français comme par les Polonais, se trouvant en porte-à-faux avec un décalage saisissant entre la manière dont on se voit et ce que l’on est en réalité. Tout le drame de Romain Gary en fait, avec en filigrane un film sur la France, tant aimée de Gary et de sa mère Nina qui devient par leurs regards respectifs un des thèmes de la narration. Ample, dans la lignée des grandes sagas signées Jean-Jacques Annaud « La promesse de l’aube » brille comme un film rare dans l’actuelle production française. De l’enfance difficile de Romain en Pologne, en passant par Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur durant la Seconde Guerre Mondiale, de l’amour de sa mère à la perte de celle-ci dont il ne se remettra jamais avec au cœur cette phrase expliquant le titre du roman : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais » voilà un somptueux long métrage d’une générosité à la hauteur du sujet. Avec, répétons-le un Pierre Niney absolument phénoménal.
Jean-Rémi BARLAND

Sortie nationale du film le 20 décembre 2017

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