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Cinéma : "Le poulain" quand Mathieu Sapin dézingue le monde politique dans un film décapant

mercredi 26 septembre 2018

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Alexandra Lamy partage l’affiche avec l’acteur Finnegan Oldfield (Photo Bac Films)

Si vous doutez encore du dévouement désintéressé de nos hommes politiques vis-à-vis de la chose publique, si vous pensez qu’ils font passer leurs intérêts personnels avant ceux de l’État, si, comme le chantait Jacques Dutronc vous les croyez prompts à retourner leur veste à la moindre descente en flèche dans les sondages, et si vous les estimez cyniques, avides de pouvoir et sans scrupules… « Le poulain » est un film qui risque de vous renforcer dans votre opinion pessimiste. Fin connaisseur de la vie politique française qu’il a pu observer de très près à l’occasion de ses deux BD « Campagne présidentielle » et « Le Château », toutes deux parues chez Dargaud, et de ses nombreux reportages dessinés, pour le journal Libération, son réalisateur Mathieu Sapin possède un œil aguerri et a le sens de la formule. Il dézingue ici les hypocrisies modernes, et offre une comédie brillante, tenue par des dialogues incisifs et un jeu d’acteurs remarquable et surtout homogène. Au centre de l’histoire Arnaud Jaurès, (comme le grand homme mais sans doute pas de la même famille), 25 ans à peine, (joué par Finnegan Oldfield) novice en politique, qui intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant d’Agnès Karadzic (Alexandra Lamy), directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine. Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne et, à ses côtés, il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique. Rastignac presque malgré lui -il dira à la fin du film à la Présidente de la République- (oui c’est une femme mais plutôt centriste et donc rien à voir avec qui l’on sait..) qu’il est un lecteur de Balzac ce jeune homme au départ intègre qui rêvait de rejoindre sa fiancée au Canada afin de se lancer avec elle dans des actions humanitaires se montrera loup parmi les loups. La manière dont le réalisateur met en scène ce que l’on pourrait appeler « les petites mains de la politique », êtres avides de réussite plus que de pouvoir d’ailleurs est d’un cynisme notoire mais remarquablement senti. Curieusement on ne parle pas énormément d’argent ici, (ce n’est pas vraiment le sujet et la cible du film) mais on suit en campagne des candidats à la fonction suprême soucieux de soigner avant tout leur image. On se met des casques d’ouvriers sur la tête, on pénètre dans une sorte de machine qui à défaut de malmener l’ordre établi, bouscule les codes de la gravitation universelle, on se met au chevet de la France profonde, et on textote à tout-va. On tweete, on like, on s’envoie des infos bidons (fake news), on plagie des slogans de grande firme en s’en attribuant la paternité, on se déteste cordialement, on se jalouse, et on feint de s’intéresser au sort de son peuple. Si force est de constater qu’il n’y a pas un vrai cinéaste derrière la caméra (la réalisation est franchement médiocre) admettons que Mathieu Sapin sait diriger ses acteurs et réussit à nous les rendre irrésistibles grâce à un sens de la mise en scène rappelant les meilleures comédies théâtrales. Parmi eux citons d’abord Alexandra Lamy et Finnegan Oldfield qui forment un couple irrésistible. On dira que les rôles faisant allusion au pouvoir conviennent parfaitement à la comédienne, déjà excellente dans la pièce sur le rattachement de Nice à la France qu’avait écrite Didier van Cauwelaert et que Daniel Benoin avait monté à Nice justement. Finnegan Oldfield tout en rondeur est une fois de plus remarquable et rend au final son personnage (presque) attachant. La vraie folie du film est le rôle de Daniel campé par le chanteur Philippe Katerine avec une sorte de folie à la Buster Keaton. Quant à la Présidente de la République apparaissant à la fin du film, on peut dire qu’on lui a fait la tête de la Edmonde Charles-Roux des mauvais jours. C’est dire si elle est formidablement glaçante ! Et « Le poulain » de s’imposer comme un divertissement réussi, qui n’a certes pas la férocité ni la puissance iconoclaste des comédies italiennes des années1970, mais qui plus profond qu’il n’y paraît reste de bout en bout rythmé en diable.
Jean-Rémi BARLAND

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