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Cinéma : Louis Garrel signe avec "L’Homme fidèle" une comédie de mœurs très "Nouvelle Vague"

mardi 1er janvier 2019

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Laetitia Casta et Louis Garrel dans "L’homme fidèle" © Shanna Besson

Un homme est convoité par deux femmes. Une femme hésite entre ses deux amants. Un enfant est projeté dans leurs histoires croisées… François Truffaut, Claude Sautet, Philippe Garrel et dans une certaine mesure le Bertolucci de « Innocents » -pour la cruauté génialement malsaine d’une partie du récit- ont un héritier cinématographique : il s’appelle Louis Garrel et signe avec « L’homme fidèle », une comédie dramatique très Nouvelle Vague. Utilisation de la voix Off pour distiller des éléments descriptifs de la narration, dialogues volontairement sur-écrits et fort peu réalistes quand l’enfant s’exprime, - cela fonctionne d’ailleurs très bien une fois le parti-pris accepté-, scènes dans les restaurants où l’on se confie entre la poire et le fromage, gros plan sur les visages, refus de faire du pathos et, volonté de faire jouer les acteurs le maximum à plat, -pratiquement aucun plan à l’épaule cependant-. Et l’apport de la superbe musique de Philippe Sarde, le fantastique compositeur-caméléon qui a tant mis en lumière Romy Schneider à l’écran. Louis Garrel connaît ses « Choses de la vie », son « Jules et Jim », son « Ombre des femmes  », par cœur. Dire qu’il s’en est inspiré serait très réducteur, mais affirmons qu’il y a comme un lien de cousinage ou de fraternité. Avec l’appui de Jean-Claude Carrière et Florence Seyvos qui ont participé au scénario et à l’écriture, le comédien qui s’impose une fois encore comme un cinéaste subtil, très en phase avec les contradictions des gens tiraillés entre leur raison et leur sensibilité, et qui sait capter les silences, les non-dits, les ellipses de l’âme et les élans du cœur. Interprétant lui-même le personnage principal qui comme dans « Les deux amis  » son précédent long métrage se prénomme Abel, il brosse le portrait d’un être limite lunaire, constamment émerveillé et à la manière du personnage central « La Chartreuse de Parme  » « fort peu héros » au moment où on le découvre. « Un peu à la manière des grandes figures du cinéma muet, comme Buster Keaton, qui ne cherche pas à comprendre ce qui lui arrive quand un pot de fleurs lui tombe sur la tête, mais qui se demande plutôt s’il saigne, je voulais construire ce film comme une nouvelle en littérature : à la manière d’un court métrage décalé, un film court, surprenant et frais, qui serait l’antithèse d’un drame psychologique. Une comédie de mœurs dans l’ère du temps. » Pari tenu, défi gagné. Et d’ajouter : « Ce film, j’avais envie que ce soit trois choses à la fois : un mini thriller, un mini Hitchcock, dans lequel on peut imaginer qu’une femme est coupable d’un meurtre, puis une comédie de remariage à partir d’un couple qui se sépare puis se retrouve, avec tous les empêchements et les obstacles qu’ils vont franchir, et en troisième lieu une comédie gaguesque de clown dans laquelle le personnage d’Abel se prend des portes tout au long du film. Au final, les trois voix intérieures permettent de développer plusieurs genres à l’intérieur du film. » Quand Marianne -lumineuse Laetitia Casta avec qui Louis Garrel est réellement en couple dans la vie- décide de quitter Abel, en lui annonçant qu’elle est enceinte de Paul, il ne comprend pas mais par amour accepte sa décision. Il la retrouvera dix ans après à l’enterrement de celui qui était son ami et qui est devenu le père de Joseph, le fils que Marianne a eu avec le défunt. Quand on aura ajouté que le garçon voit d’un très mauvais œil le retour de l’ancien amant de sa mère, et qu’Abel se retrouve sous les feux d’une passion dévorante qu’Eva la petite sœur de Paul entretient à son égard, -Lilly-Rose Depp, la fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp est dans ce rôle absolument fascinante-, on aura presque tout exposé quant aux ressorts de l’intrigue. L’essentiel est dans la façon dont Louis Garrel orchestre avec tact ce « marivaudage » féminin auquel finalement Abel est plus victime que décideur. La volonté de se tenir loin des normes habituelles du triangle amoureux classique demeure évidente, et pour y parvenir, le réalisateur en fait faire le minimum à ses comédiens, ce qui inclut au final ce que l’on peut considérer comme une certaine froideur de sa part, nécessaire pour ne pas déraper dans le cliché et la gaudriole. Film pudique et puissant, voilà de la belle ouvrage réalisée par une des personnalités les plus riches du cinéma français.
Jean-Rémi BARLAND

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