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Conseil Municipal de Marseille : quand la Chambre régionale des Comptes fait monter la pression

mardi 26 novembre 2019

« Je prends acte de la partie constructive et utile du travail de la Chambre régionale des comptes. je prends acte mais en même temps, je conteste une part importante de ces deux rapports, marqués par des manquements à la déontologie, des erreurs d’appréciation manifestes et un manque d’équilibre et d’équité dans les jugements ». Jean-Claude Gaudin vivement critiqué par un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) donne, dès ses premiers mots, le ton. Le propos de sa majorité sera encore plus offensif envers la Chambre. Et, à la fin de l’envoi, tel un Cyrano phocéen, le maire de Marseille entend toucher : « Je demanderai rectification, y compris par des voies de Droit, de tout ce qui est inexact, déformé, oublié ou diffamant ». Et il ne se cantonne pas à son rôle d’auteur, il est aussi metteur en scène dans hémicycle et la mise en scène est signifiante.

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(Photo Robert Poulain)

Après son intervention Jean-Claude Gaudin donne, sans attendre, la parole à Martine Vassal qui interviendra « comme simple Marseillaise », lançant à l’opposition : « Si on me considère comme l’héritière je les vois comme des innocents aux mains sales ». Ajoutant, en direction du Maire : « Pour tout ce que vous avez fait je vous rends hommage et c’est un honneur d’avoir fait partie de votre équipe » s’enfermant ainsi, encore un peu plus, dans un rôle d’héritière. Et on sait ce qu’il en est des héritiers chez Jean-Claude Gaudin. Arrive Roland Blum pour parler chiffres et poursuivre la condamnation des magistrats de la Chambre qui, au fil de la matinée serait presque devenu celle des horreurs.

« Il est urgent de stopper la construction de logements sociaux »

C’est alors au RN Stéphane Ravier que Jean-Claude Gaudin confie la parole, comme pour l’installer dans le rôle de premier opposant... Et l’homme a le sens du verbe, il a su se saisir de cette offrande. « Habitat indigne, ville polluée, divisée, insécure... Vous devriez demander pardon », martèle-t-il en direction du Maire avant de considérer : « Martine c’est Jean-Claude chaussé de basket ». Mais derrière le poids des mots il y a toujours chez Stéphane Ravier le choc d’une politique : « Il est urgent de stopper la construction de logements sociaux » avec une justification toute trouvée, l’urgence de réhabiliter l’habitat indigne, dangereux. Une plénière qui devrait, un peu plus, lui permettre d’être en tête dans tous les secteurs de Marseille au soir du premier tour. Dans ce jeu de rôle, Bruno Gilles adversaire à Droite de Martine Vassal a fait le choix du silence, silence quelque peu brouillé par l’intervention à charge contre la Chambre régionale des comptes de son proche Robert Assante.

« Nous voyons bien qu’au mépris vous avez ajouté le déni »

A gauche, c’est Benoît Payan qui le premier se voit donner la parole, s’adressant au Maire il note : « Face à ce rapport crépusculaire et désastreux pour l’image de notre ville, nous voyons bien qu’au mépris vous avez ajouté le déni ». Il rappelle : « Des délibérations, vous nous en avez présentées plus de 7 000, et 100 fois nous vous avons alerté, 100 fois nous vous avons même proposé des solutions, et 100 fois vous les avez écartées. Aujourd’hui, ces signaux d’alarmes, ils sont écrits noir sur blanc, dans le rapport de magistrats indépendants ». Il égrène : « En 2014, sur la mutualisation des services, la dette de la Sogima et l’abandon de nos écoles : qu’avez-vous fait ? En 2015, sur le scandale d’une nouvelle Mairie à 7 millions d’euros sur la Canebière, sur l’explosion des impôts locaux et le fiasco du PPP du Stade : qu’avez-vous voté ? En 2016, sur la gestion trop lourde, sur les frais de fonctionnements qui augmentent, sur le poids de la dette : qu’avez vous dit ? En 2017, sur la modernisation des relations sociales et la gestion des ressources humaines, sur la privatisation de nos écoles : qu’avez vous répondu ? En 2018, sur les scandales de l’immobilier bradé, sur l’abandon de la culture, du sport et de la vie associative. Ce que vous avez fait, ce que vous avez dit, ce que vous avez voté, je vais vous le dire. Vous avez balayé toutes les remarques, refusé toutes les propositions, fermé les yeux sur tous les scandales... ».

« Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la Revue des Deux Mondes »

Jean-Marc Coppola, PCF, va au-delà du rapport de la Chambre pour évoquer une question inscrite au menu de la plénière, celle relative au renouvellement de la délégation de service public (DSP) de la salle de spectacle du Silo. Il interroge : « Pourriez-vous expliquez ici-même, sur quels critères a été attribué la DSP 2011-2021 à la société "VEGA" gestionnaire de cette salle de spectacle ? Nous en sommes curieux, car en effet dans la société "VEGA" devenue "S-PASS", basée à Levallois-Perret, sous le Holding Fimalac qui gère le théâtre de la Chaudronnerie à La Ciotat et le Zénith Omega de Toulon, nous retrouvons une personnalité, Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la Revue des Deux Mondes qui aurait employé Madame Pénélope Fillon, mais qui est surtout dirigeant de l’agence de notation Fitch, agence qui a confirmé la note A+ pour la gestion financière de la ville de Marseille plusieurs fois dont la dernière en 2018... ». Le silence s’installera... Puis, Stéphane Mari, La République en Marche, interviendra pour sa part sur la gestion des écoles : « La palme d’or de l’incurie de cette municipalité ». « La Chambre vous étrille quant à vos choix politiques : "Si l’état de délabrement de plusieurs dizaines d’écoles a fait l’objet de nombreux signalements et alertes de l’Éducation Nationale, les solutions apportées par la ville n’ont pas été à la hauteur des défis à relever" ».

« il est vraiment temps que cela se termine et qu’une nouvelle ère s’ouvre sur Marseille »

Stéphane Mari s’adresse alors directement au maire : « Malgré le grand respect que je porte à l’homme Jean-Claude Gaudin, malgré le grand respect que j’ai pour l’immensité de votre carrière politique, au vu des rapports édifiants de la Chambre régionale des comptes et pour l’ensemble de votre œuvre, je vous dis, les yeux dans les yeux, monsieur le maire il est vraiment temps que ça se termine et qu’une nouvelle ère s’ouvre sur Marseille pour faire entrer notre ville dans le 21e siècle ». C’est aussi sur les écoles que la sénatrice Samia Ghali interviendra évoquant le froid qui y règnent, les trous de Kalachnikov dans les fenêtres jamais réparées, les rats, les plafonds qui tombent dans les classes. « Les parents ont envie de voir leurs enfants réussir, vous ne leur donnez pas cette possibilité ». Elle en vient aux piscines : « 75% des enfants qui entrent au collège ne savent pas nager. La situation est telle que le lycée professionnel de l’Estaque a du demander une dérogation pour que ses lycéens ne passent pas l’épreuve de natation ».

« Marseille est un chef d’œuvre mais un chef d’œuvre en péril »

Samia Ghali juge : « Vous avez fracturé la Ville et l’État a sa responsabilité car il vous a laissé faire. Et nous en arrivons à ce rapport accablant. Marseille est un chef-d’œuvre mais un chef-d’œuvre en péril ». Marie-Arlette Carlotti, PS, dénoncera pour sa part, en matière de logement, de construction : « le système des copains et des coquins ». Autre temps fort, l’intervention du socialiste Patrick Mennucci annonçant sa retraite politique et qui interviendra avec gravité : « Vous m’avez menti en 2014 après ma défaite. Je vous avez demandé de vous séparer d’un fonctionnaire qui s’était permis un tweet sur mon épouse alors qu’elle était en soins à l’IPC. Vous vous y étiez engagé je découvre qu’il est toujours là. J’attendais un geste, vous ne l’avez pas fait, j’en suis meurtri ». Il se tourne vers Martine Vassal évoquant un entretien dans Libération : « Vous dites que j’aurais des responsabilités dans le drame de la rue d’Aubagne. C’est inadmissible. Vous savez que les maires de secteur n’ont aucune compétence en matière immobilière. Et vous n’ignorez pas le nombre d’amendements que nous avons pu déposer en Conseil municipal et que vous avez rejeté. Ensuite les arrêtés concernant le 63, rue d’Aubagne ont été pris trois ans avant ma prise de fonction. En 2008 Marseille Habitat a réalisé des travaux d’urgence. En 2012, la Ville est totalement propriétaire de l’immeuble et, entre ces deux dates, il ne s’est rien passé. Pour le 65, un arrêté partiel a été pris avant que les habitants ne soient autorisés à revenir ».

« Vous avez la responsabilité politique d’avoir assumé des choix politiques visant à gentrifier le centre-ville »

Patrick Mennucci évoque les articles, les rapports alarmants : « Vous n’avez rien écouté ». « Vous avez la responsabilité politique, lance-t-il, d’avoir assumé des choix politiques visant à gentrifier le centre-ville. Alors, oui, si une politique de gentrification avait réussi cela se saurait mais vous avez essayé avant d’abandonner ce projet et, avec lui, les immeubles et leur habitants ». Il revient à Yves Moraine, président du groupe LR au Conseil municipal de répondre. Et de juger, avant tout plaidoyer : « La justice extrême et une extrême injustice et vous avez voulu ce débat, monsieur le Maire, pour faire entendre la voix de la défense. Ce débat l’opposition le voulait absolument ! Mais quelle déception, Stéphane Ravier et Benoît Payan qui se sont contentés de rabâcher des discours politiciens et la haine suinte des propos de Jean-Marc Coppola et de Marie-Arlette Carlotti ». Il consent : « Il y avait quelque chose d’émouvant dans vos propos Patrick Mennucci. » Mais, rappelle-t-il : « Vous-même avez publié une photo du Maire en momie ». Patrick Mennucci, rétorque : « C’est faux, nous n’avons jamais fait cela... ».

« En démocratie, le juge c’est le peuple et le peuple de Marseille ne s’y est pas trompé »

Yves Moraine reprend son réquisitoire : « Ces 2 rapports de la Chambre sont partiels, partiaux, pauvres en analyse et manquent à la rigueur déontologique ». Puis de reprendre les points soulevés par la Chambre pour s’inscrire chaque fois en faux. La dette ? « La dette sur la période 2014/2018 a été réduite de 191 millions d’euros, soit 10%, pendant qu’elle augmente dans d’autres grandes villes ». Le loyer du Stade Vélodrome ? : « La Chambre recommande une part fixe du loyer à hauteur de 8 millions d’euros, mais elle omet que dans la négociation il faut être 2 pour trouver un accord. Elle omet qu’en pleine négociations un rapport de la Cour des Comptes préconisait un loyer de 3,5 millions ». Il profite de l’occasion pour saluer « le courage et la lucidité de l’intervention de Martine Vassal ce matin ». Sur les écoles ? : « Il est juste hallucinant de voir des magistrats fonder une analyse sur des articles de presse ! Pourquoi pas sur des post Facebook ou sur des tweets aussi ? ». Concernant le coût du personnel municipal : « En somme, moins vous les payez, meilleur gestionnaire vous êtes selon la Chambre ». Et de conclure : « En démocratie, le juge c’est le peuple et le peuple de Marseille ne s’y est pas trompé, M. Le Maire, en vous renouvelant sa confiance à 4 reprises ! Les Marseillais eux, vous ont rendu justice ». Propos conclu par une standing ovation de la majorité.
Michel CAIRE

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