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Covid-19. Entretien avec le Dr. Laurent Saccomano, président de l’URPS médecins libéraux Paca : "En impliquant davantage la médecine de ville et ses initiatives, on aurait pu ou on pourrait limiter cette épidémie"

lundi 23 mars 2020

Laurent Saccomano, médecin responsable régional des professionnels de santé des médecins libéraux en Provence-Alpes-Côte d’Azur dresse un état des lieux clair et précis sur la situation actuelle face à l’épidémie de Covid-19. « on craint une deuxième vague, qui pourrait être importante, de cas de patients chez qui on pourrait constater une aggravation de l’état général (...) » Entretien.

Destimed : Depuis le samedi 21 mars au soir, pouvez-vous nous faire le point sur la situation dans la région concernant l’approvisionnement en masques ?
Dr. Laurent Saccomano : On commence enfin à recevoir les masques nécessaires depuis ce samedi. Nous avions connu en début de semaine une première tournée d’approvisionnement de masques chirurgicaux livrés avec parcimonie. On a connu une deuxième tournée en cette fin de semaine, les pharmacies nous ont fait savoir que cela commençait à arriver. Cela va nous permettre de desserrer l’étau. Sans ces masques aux normes FFP2 -les plus efficaces pour lutter contre la propagation du virus-, nous courions vraiment, nous, les professionnels de santé, à la catastrophe sur le terrain, il faut le savoir.

Qu’en est-il de l’organisation sanitaire que vous êtes en train de mettre en place dans la région et quel est le rôle, dans ce but, de votre Union régionale ?
Les médecins libéraux sont en train de s’organiser pour pouvoir privilégier la création de centres pour s’occuper de la prise en charge des patients atteints du Covid-19, et ce pour pouvoir continuer à traiter les patients non atteints du Covid de façon normale. Car l’on craint une deuxième vague, qui pourrait être importante, de cas de patients chez qui on pourrait constater une aggravation de l’état général, tout simplement parce qu’ils n’ont pas pu être pris en charge alors même qu’ils n’avaient pas de signes de Covid, mais une hypertension ou une insuffisance cardiaque, et auraient eu peur de se déplacer ou de retourner voir leur médecin. On est en train de solliciter et d’organiser dans ce sens toutes les structures d’exercices coordonnés qui existent sur le territoire régional. Le but est de voir comment avec elles recenser les professionnels, généralistes, spécialistes, qui sont volontaires et attendent des instructions pour pouvoir être mobilisés et se rendre utiles. Nous avons beaucoup d’initiatives sur le terrain et pour le moment on a du mal à y voir clair dans la structuration optimale qui pourrait se dessiner en Paca.

En termes de contagion, malades, décès, notre région semble avoir un temps d’avance pour pouvoir mieux s’organiser, confirmez-vous ou non cette information ?
On est vraiment dans cette anticipation, en effet. Par rapport à l’Italie, le Grand-Est, voire une partie de l’Ile-de-France, au regard des clusters déjà installés tels qu’ils ont été décrits en Bretagne, dans l’Oise, dans les Hauts-de-France, on a cette petite avance et des professionnels de santé qui sont volontaires pour le faire. Notre rôle, celui des Unions régionales des professionnels de santé, est de structurer cette initiative, de la manière la plus organisée possible, avec les centres 15, les institutions. Bien sûr, il n’est pas question de faire n’importe quoi. Il faut savoir qu’il n’y aura pas de solution miracle. Le risque est de concentrer les consultations liées au Covid dans un même établissement où la charge virale sera plus forte dans cet endroit qu’ailleurs. Mais, les soignants qui seront sur place sur le terrain sont habitués à ce genre de crise, comme en situation de guerre, ils se connaissent tous, et notre idée est de promouvoir des initiatives locales qui seront différentes sur l’ensemble du territoire de la région.

Quels peuvent être les exemples de structurations mises en place dans ce sens ?
C’est l’exemple d’une maison médicale de garde spécifiquement choisie pour accueillir des patients atteints du Covid, pour permettre d’envoyer les autres ailleurs dans d’autres structures. Ou encore un cabinet médical isolé pour que les professionnels d’un même secteur se mettent d’accord pour dire que là, à tour de rôle, ils prendront en charge les patients. Ce qui leur permettra de continuer à s’occuper des autres patients. Mais, il faut savoir que normalement nous n’avons pas le droit d’exercer dans un cabinet secondaire. En ce moment, tout le monde est en train de se remonter les manches, notamment face aux contraintes administratives. Cela bouge beaucoup pour être le plus opérationnel face à l’augmentation des cas. Les contraintes administratives ne peuvent pas dans certains cas être levées comme ça. On se met en ordre de marche pour faire face à la vague qui pourrait arriver les prochains jours.

En cas de premiers symptômes au Covid-19, ou en cas de doutes sur le mal dont on peut souffrir, quelle est la démarche que vous préconisez en ce moment ?
Ce samedi 21 mars, le centre 15 a été débordé. De nombreux médecins libéraux sont sollicités et nous avons aussi décidé, médecins libéraux, ce samedi, de faire appel à une vingtaine de volontaires qui sont venus renforcer les lignes du centre 15 pour pouvoir répondre à la demande. La consigne à suivre est d’appeler d’abord son médecin traitant pour obtenir l’information. Parce que le centre 15 doit être réservé à ce qui doit être le plus grave pour nécessiter une orientation, une hospitalisation, une filière spécifique. Le premier réflexe est de joindre son médecin traitant, soit il vous répond au téléphone, soit on est en train d’assister à beaucoup de solutions de téléconsultation. Et l’assurance maladie a assoupli les règles de téléconsultation, donc le médecin traitant, s’il a un doute, pourra proposer de mettre en place une téléconsultation, y compris par WhatsApp. S’il connaît le patient, il pourra lui faire un premier bilan, pourra lui dire de rester à la maison pour se soigner suivant des conseils précis, ou soit de prendre rendez-vous, tout en privilégiant un espacement des patients afin qu’ils ne se retrouvent pas au même moment dans la salle d’attente. L’idée est d’avoir une bonne régulation dans ce sens, puis de décider d’un examen clinique, voire plus si cela est encore nécessaire. Et alors, dans certains cas, il y aura une orientation vers telle ou telle structure si cela a été mis en place suivant la région géographique, pour être reçu à telle heure, à tel moment précis.

Quelle est selon vous la meilleure solution à adopter dans la région pour organiser votre collaboration avec les autres professions libérales de notre système de santé ?
Il n’y a pas une seule solution, mais plusieurs, qui impliquent l’ensemble des professionnels de santé disponibles. On doit travailler main dans la main en ce moment avec les infirmières, kinés, pharmaciens, dentistes. Nous sommes obligés de nous organiser dans cette urgence, c’est une nécessité, par rapport à ce que l’on fait habituellement. On s’organise entre nous pour que pas seulement le médecin généraliste ou l’infirmière ne prennent l’initiative d’avoir plus de renseignements cliniques sur les différents cas. Des tas de nouveaux modèles se mettent en place, et cela est très positif. Mais il faut en même temps lever au maximum et le plus rapidement possible les freins organisationnels. A l’image de l’installation des cabinets secondaires qui nécessitent au préalable une autorisation du conseil de l’Ordre. Il faut faire en sorte que ces autorisations puissent intervenir le plus rapidement possible face à cette crise inattendue d’une ampleur que nous n’avions vraiment pas envisagée.

Pour éviter la contagion du virus, quels principaux messages entendez-vous faire passer au plus grand nombre ?
Aujourd’hui, il y a deux choses principales à respecter : le confinement, il faut vraiment le respecter, car on apprend en plus tous les jours des choses nouvelles sur le degré de contagiosité et de gravité que le virus peut avoir. Ensuite, j’ai un autre grand message à passer : cela ne sert à rien de se précipiter en pharmacie pour se procurer de la chloroquine ou de l’azithromycine, qui sont les traitements qui sont testés en ce moment pour pouvoir traiter les cas graves. Se précipiter dans les pharmacies pour en prendre comme on le voit dans certains endroits les derniers jours, c’est priver potentiellement en cas d’efficacité de ce traitement des patients graves qui pourraient en avoir besoin, et puis c’est s’exposer à des effets secondaires, car ce ne sont pas des médicaments anodins. Il y a en ce moment un devoir d’informer raisonnablement pour ne pas tomber dans la psychose et l’angoisse que forcément le confinement actuel provoque avec toutes les informations que l’on peut lire en boucle sur le sujet.

Au sujet de la polémique sur l’absence de masques, entendez-vous donner votre position ?
Je pense que certains auront des explications à donner, des comptes à rendre aussi pour comprendre pourquoi nous n’avons pas eu ces masques de manière plus rapide et adaptée. Car cela fait une semaine de confinement, et malgré cela, et alors même que ce confinement est une mesure majeure, les professionnels de santé libéraux n’avaient pas une quantité suffisante de masques FFP2. Le temps n’est pas à la polémique, mais il faudra en reparler quant à l’organisation mise en place. Ensuite, la situation actuelle doit faire que l’on reconnaisse définitivement le rôle des médecins libéraux, jour après jour, pour pouvoir traiter ce genre d’épidémie. Ils le font déjà lors des épidémies de grippe. Il va falloir ne pas ou ne plus raisonner dans le pays de manière très administrative, très hospitalo-centrée, comme on l’a vu au début de la crise. Je ne veux pas critiquer l’hôpital, bien au contraire, mais dire qu’en impliquant davantage la médecine de ville et ses initiatives, on aurait pu ou on pourrait limiter cette épidémie. En cas d’épidémie de grippe, on insiste souvent sur les 50 passages générés en plus par jour dans les urgences des hôpitaux marseillais, par exemple. Mais on oublie de dire que dans chaque cabinet de médecins généralistes, dans le même temps, à Marseille, on a plus d’une dizaine de patients qui consultent en plus du reste. On a tendance à centraliser toujours l’attention sur l’hôpital et la perturbation que cela entraîne, mais pas sur les premiers relais de la médecine libérale à chaque fois. Ce sont des mentalités qu’il va falloir faire évoluer. Nous, les professions libérales de santé : médecins, infirmières, tous les autres, restons le premier contact vers lequel les malades rentrent dans le système de santé, puis le deuxième recours c’est l’hôpital.

Une dernière question, comment expliquez-vous le désastre qui est en train de toucher l’Italie ?
J’ai quelques pistes mais pas d’éléments certains, là encore il y aura des enquêtes à faire par la suite pour pouvoir mieux comprendre ce qui s’est passé. Mais il semble que l’Italie n’est pas aussi bien maillé et équipé d’un monde libéral en matière de santé comme la France peut l’être. Les Italiens ont fait les frais de quelque chose qui n’était pas connu, et qui a provoqué un afflux massif, du même coup, qui a entraîné un débordement du système de santé. On a pour le moment cette différence, petite, qui doit nous permettre de mieux pouvoir s’organiser.
Propos recueillis par Bruno ANGELICA

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