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Crise du Covid-19 : Comme les médecins, les militaires sont en première ligne

mercredi 6 mai 2020

Le général de corps d’armée Benoît Houssay, officier général de la zone de défense et de sécurité Sud, a invité à Marseille, ce lundi 4 mai, la députée LREM du Gard, Françoise Dumas, présidente de la Commission de la Défense nationale et des forces armées, pour visiter les services de l’AP-HM de l’Hôpital de la Conception. Le but était de rendre compte du travail effectué sur place par les 25 légionnaires présents dans le cadre de l’opération militaire "Résilience". Le général en a profité pour expliquer le rôle tenu par les armées depuis le début de la crise sanitaire. Dans le même temps, le Pr. Dominique Rossi, président de la commission médicale de l’AP-HM, a fait le point complet sur la situation actuelle dans les services des 3 sites, pour passer un message clair et précis à la population.

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La députée Françoise Dumas est aux côtés du général de corps d’armée Benoît Houssay et des légionnaires présents à l’Hôpital de la Conception (Photo Robert Poulain)
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Le travail effectué par les légionnaires présents à l’Hôpital de la Conception à Marseille dans le cadre de l’opération militaire "Résilience" (Photo Robert Poulain)

Depuis le lancement de l’opération Résilience, différentes missions ont été réalisées par les armées sur les trois régions de la zone de Défense et de Sécurité Sud (Régions Sud, Occitanie et Corse). Parmi elles, en coordination avec la préfecture de région, l’ARS Paca, le directeur général de l’AP-HM et la directrice de l’établissement, une section de 25 légionnaires du 2e Régiment étranger du génie (REG) basé à Saint-Christol (Vaucluse) est engagée depuis le 9 avril, et jusqu’à ce jeudi 7 mai, sous la forme d’une Unité d’Appui Sanitaire (UAS) à l’Hôpital de La Conception. Cette UAS, première à avoir été mise en place dans le pays -d’autres sont apparues depuis - participe à la livraison de plateaux repas, linges et instruments chirurgicaux depuis la plateforme logistique, ainsi qu’à la réception et à la distribution de médicaments. Les légionnaires assistent encore les infirmiers du service d’hospitalisation à domicile. Tout ce travail est réalisé pour soulager le personnel soignant. Depuis le 25 mars, l’opération Résilience signifie la contribution des armées à l’engagement interministériel contre la propagation du Covid-19. « Ce qui ressort principalement de ces opérations est que nous avons dû créer davantage de liens avec l’Agence régionale de santé, nous explique le général Houssay, cela n’existait pas auparavant. Dès le départ de la crise, nous avons servi d’appui sanitaire, avec une première mission en Corse, la toute première menée. Depuis le 9 avril, nous nous sommes aussi organisés sous la forme d’une UAS à la Conception. Ce concept d’unité, on peut le présenter aux gens comme un couteau suisse devant servir, accompagner, au quotidien, les établissements de santé. Cette unité est surtout concentrée sur les volets logistique et sanitaire. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’on installe depuis les derniers jours une autre UAS dans la région sur l’Hôpital de Hyères. »

« Dans de tels moments, on doit couper les angles, comme aiment le dire les chefs d’État-Major dans les armées »

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(Photo Robert Poulain)
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La députée Françoise Dumas, Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l’AP-HM et des infirmières (Photo Robert Poulain)

Lors de cette visite, il a été rappelé que le rôle des armées, et davantage dans la situation actuelle, était d’apporter son soutien quand différents services de l’État devaient arrêter. « Cette organisation exemplaire mise en place ici à Marseille prouve un peu plus qu’un militaire pense d’abord à protéger la population, pour seulement après penser à se protéger lui-même », a lancé la députée Françoise Dumas, accompagnée de plusieurs députés membres de sa commission, à l’image de Philippe Michel-Kleisbauer, député de la 5e circonscription du Var. « On peut comparer le rôle du militaire à celui d’un médecin, en première ligne, avec l’idée, en traversant l’épidémie actuelle, de s’en remettre pour pouvoir être plus fort après. La notion de résilience exprime ce que nous vivons : les situations de crise doivent nous renforcer, dans de tels moments, on doit couper les angles, comme aiment le dire les chefs d’État major dans les armées, cette efficacité est essentielle à retenir pour saluer le travail des militaires sur le terrain. »

Le message passé est clair : sensibiliser tous les malades chroniques pour revenir vers les services de santé.

La visite a également permis de rencontrer les responsables de l’AP-HM, en premier lieu Jean-Olivier Arnaud, son directeur général, et le Pr. Dominique Rossi, son président de la Commission médicale. « Le pic de la crise est passé , indique le Pr. Rossi, on était à un moment à plus de 110 patients en réanimation. Aujourd’hui, nous sommes à deux tiers de cette occupation maximale, avec environ 60 patients. Cela a bien diminué grâce au confinement et aux soins que tous les services de l’AP-HM ont su administrer. Malgré tout, il faut à tout prix que l’organisation perdure, car on doit rester très vigilant face au rebond (de l’épidémie) qui pourrait arriver. Aujourd’hui, les services d’urgence ou les pôles des unités Covid-19 de nos 3 sites sont en phase de déprogrammation. Nous allons retrouver une activité normale, mais sous contrôle, en mai, puis juin. Les choses reprendront vraiment à un rythme normal à l’automne. »
Entre temps, il va falloir penser à accueillir les « autres patients », ceux qui n’ont pas voulu se déplacer dans les salles d’attente des médecins généralistes comme dans les services d’urgence de l’AP-HM, par peur d’être contaminés par le virus… Et ils doivent être des milliers dans ce cas, rien que sur une ville comme Marseille. « C’est essentiel d’en parler, poursuit le Pr. Rossi, ces autres patients doivent à tout prix ne plus attendre, et revenir vers nous et vers les médecins de famille. Les urgences générales ré-augmentent un petit peu en nombre, mais c’est loin d’être encore ce que l’on rencontre dans notre activité quotidienne habituelle (hors Covid-19). » Le message passé est clair : sensibiliser tous les malades chroniques pour revenir vers les services de santé.

« La réalité est que les gens ont peur de sortir. Il y a la peur d’être infectés »

« Pour l’instant, personne n’est capable de savoir ce qui va se passer et comment cela va se passer le 11 mai, personne, insiste le Professeur, nous ne sommes pas devins. On doit se préparer à toutes les hypothèses, mais aujourd’hui l’une des priorités est de commencer à sortir la tête du Covid. La réalité est que les gens ont peur de sortir. Il y a la peur d’être infectés. Nous la vivons au quotidien. Nous avons mis du personnel en sécurité pour pouvoir remplacer d’autres en service, si la vague avait été horrible. Notre personnel est notre premier souci. Sans lui, il n’y a pas d’hôpital. » Et il tient à ajouter : « Je vous le répète : les malades doivent recontacter leur médecin de famille, les hôpitaux. Il ne faut pas avoir peur, or il y a les fantasmes. Il y a 3 mois, on ne savait pas ce qu’était le Covid, cela n’existait pas ! En 3 mois, quand on voit ce que nous avons été capables de faire dans les services de l’AP-HM pour gérer l’épidémie, c’est un sacré boulot. Donc les gens ne doivent pas avoir peur (dans le sens de pouvoir être contaminés en revenant dans le système de santé libéral et public), ils doivent nous faire confiance. »

« Il faut vivre avec cette pandémie aujourd’hui, comme les prochains mois. Ce virus, on ne le connaît pas très bien. C’est une autre vérité »

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Pr. Dominique Rossi, président de la commission médicale de l’AP-HM (Photo Robert Poulain)

Le Pr. Rossi conclut, dans un langage franc, appréciable par les temps qui courent : « L’autre réalité est de dire que notre société n’est pas faite pour vivre et accepter l’incertitude. Elle n’est pas formatée pour cela. Or il faut vivre avec cette pandémie aujourd’hui, comme les prochains mois. Ce virus, on ne le connaît pas très bien. C’est une autre vérité. Tout le monde donne son avis, s’exprime dessus, mais au final, on ne le connaît toujours pas bien… Sur la suite, une deuxième vague ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas les compétences scientifiques pour vous répondre. Qui peut donner une réponse péremptoire aujourd’hui ? Ce que je sais et dont je suis sûr, par contre, c’est qu’un déconfinement réussi devra être obligatoirement axé sur le plus grand civisme des gens, sur le plus grand respect des mesures barrière. Si la précaution s’inscrit dans de telles attitudes, ce sera gagné. Et cela entraîne d’accepter de vivre dans cette incertitude. Dans le cas contraire, ce sera différent… Dans tous le cas, nous, ici, à l’AP-HM, on s’est déjà mis en tête que le personnel devra être capable de redonner un coup de collier en septembre. »
Bruno ANGELICA

Le chiffre : 200
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Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l’AP-HM (Photo Robert Poulain)

Comme le nombre d’emplois créés depuis le début de la crise sanitaire au sein de l’AP-HM pour répondre aux besoins des différents services de soins, ceux que l’on appelle en première ligne, à savoir : SAMU, Urgences, Unités Covid-19 et réanimation. « Pour nos hôpitaux, nous sommes toujours en Plan blanc, précise Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l’AP-HM, en activité restreinte, avec les mesures d’hygiène et les distanciations qui font qu’on ne peut pas faire cohabiter nos patients. On est dans un régime de fonctionnement bien en-dessous de ce qui se pratiquait auparavant. Les équipes ont besoin de repos aujourd’hui. On est en train d’organiser un système de restauration au sens physique du terme pour nos équipes médicales et soignantes sur le front, fatiguées. On entre ainsi dans un cycle de réhabilitation de nos équipes et de nos moyens vraisemblablement jusqu’au mois de septembre en fonction de ce que nous dira l’épidémie. Ce sont nos équipes courantes qui vont prendre la suite de nos militaires. On a recruté pour cela, afin de ne pas avoir de difficulté à assurer la continuité sur l’ensemble de l’AP-HM. Parmi les un peu plus de 200 recrutés, certains vont retrouver leur emploi d’origine, et d’autres vont rester avec nous. »

Le général Houssay : « Entre 450 et 500 militaires mobilisés chaque jour dans la zone Sud pour cette crise »


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Le général de corps d’armée Benoît Houssay, officier général de la zone de défense et de sécurité Sud (Photo Robert Poulain)

« La situation est très complexe pour nous, précise le général Houssay, car la zone Sud est très étendue, mais on est bien organisés. J’ai un relais dans chacun des 21 départements de la zone, avec un délégué militaire départemental qui avait, avant la crise, déjà ses contacts avec les autorités civiles. Nous avons pu aussi nous appuyer sur ce maillage. Nous avons aussi nos propres réseaux. Avec l’opération Sentinelle, nous avons l’habitude de travailler dans ce sens. Les contacts étaient ainsi établis, les tuyaux déjà branchés comme on dit, aussi nous avons pu engager nos moyens très vite, s’adapter à la situation. » Au sujet des militaires engagés au quotidien depuis les dernières semaines pour mener les différentes missions dévolues aux armées dans le cadre de cette crise sanitaire, le général évoque un chiffre compris « entre 450 et 500 femmes et hommes mobilisés  » chaque jour. « Le plus difficile, car nouveau, a donc été prendre contact avec une administration comme l’ARS. Les liens se sont établis, avec un officier de liaison à Marseille en relation avec l’ARS. Ils devront se pérenniser. » Sur le plan logistique, le général Houssay a encore dû organiser les missions de stockage de masques à Toulouse, Nîmes ou Toulon. Il a eu la responsabilité d’assurer aussi la sécurité de la livraison des masques obtenus par la Région Sud et la Région Occitanie.
B.A.

Diaporama de Robert Poulain

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