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Dans les coulisses de la Commission Européenne. Entretien avec Isabelle Jégouzo, Cheffe de la Représentation en France de la Commission européenne

lundi 1er juillet 2019

Isabelle Jégouzo, Cheffe de la Représentation en France de la Commission européenne et porte-parole en France de la Commission européenne, était exceptionnellement, à Marseille, les 25 et 26 juin. Au cours d’un entretien elle est revenue sur les missions de la Commission, les résultats des Européennes, la formation des partis, la nomination du nouveau Président, le budget, la lutte contre le terrorisme...

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Isabelle Jégouzo, Cheffe de la Représentation en France de la Commission européenne (Photo D.R)

La presse parle de « Bruxelles », de « technocrates » et « d’exécutif européen », petit rappel sur « qui fait quoi en Europe ».

D’abord qui est Isabelle Jégouzo ? Cette haute fonctionnaire a rang d’ambassadeur, « même si ce n’est pas vraiment une ambassade puisque la France est membre de l’Union européenne », précise-t-elle. Dit souvent être « les yeux, les oreilles et la bouche de la Commission en France ». Reprend le terme "péjoratif" de « technocrate » pour signifier qu’au contraire « les fonctionnaires européens, dont elle, ne sont pas ces êtres vaguement abstraits qui travaillent à Bruxelles mais des gens très engagés pour l’Europe et pour faire en sorte que l’Europe soit au service des citoyens. Et cela s’incarne dans des politiques très concrètes, près de chez vous », dans les domaines de la formation, le patrimoine ou les transports... Observe : « Souvent en France, quand on parle de l’Europe, on parle de Bruxelles, on voit une sorte de magma vaguement menaçant, il faut savoir qui fait quoi ». La Commission européenne d’abord « propose ». Insiste : « Ce n’est jamais la Commission qui décide, elle propose. Ceux qui décident c’est, d’une part, le Conseil, c’est à dire les États membres (...) et le Parlement européen ». Les euro-députés élus par les citoyens sont co-législateurs dans de nombreux domaines « qui augmentent », traités européens après traités. Mais, ajoute-t-elle : « Des domaines comme la fiscalité leur échappe encore. De plus, cette fiscalité est soumise à l’unanimité des États membres, ce qui explique un mouvement aujourd’hui pour changer cette unanimité en majorité qualifiée qui permettrait de profiter à certains États volontaires. » Isabelle Jégouzo, en vient à l’autre mission de la Commission, une fois la décision acquise, il faut « mettre en œuvre ». « La Commission va vérifier si les textes adoptés par les États et par le Parlement sont bien mis en vigueur et l’une des fonctions de la commission c’est de s’assurer que ce qui a été adopté par tout le monde est bien appliqué par tout le monde »....

Résultat des Européennes de juin dernier, succès de 4 partis pro-européens qui vont définir ensemble les axes stratégiques

Isabelle Jégouzo revient sur le Parlement européen issu des dernières Européennes. Se félicite d’abord d’une « vraie mobilisation pour l’Europe » avec 8 points de plus de taux de participation en France mais aussi en Europe et « avec une victoire à peu près partout en Europe des partis pro-européens ». Indique : « On a un Parlement européen avec une extrême-droite qui progresse de manière limitée et qui est divisée. Et, le gros changement, c’est que l’on avait historiquement deux partis qui dominaient la scène politique européenne, le PPE, Parti populaire européen -grosso modo, droite, centre droit- et, les socialistes, -gauche, centre gauche- qui se partageaient, depuis assez longtemps le pouvoir au niveau européen (par exemple en se succédant à la tête du Parlement sans aucun vote ni prise en compte de majorité NDLR). Là, on a un changement de paysage politique avec ces deux partis qui restent très présents mais on a, en plus, l’apparition d’un parti centriste qui existait déjà mais qui voit ses rangs grossir avec l’arrivée, notamment d’un groupe français, "En Marche". Ce parti a pris un autre nom "Renew Europe" depuis ce mois de juin. On a aussi les Verts qui ont augmenté (…) ». « Ces 4 partis, poursuit-elle, tous pro-européens, sont en train d’essayer de faire une programmation stratégique, une plateforme pour voir dans quelle direction on va dans les années à venir. En parallèle le Conseil européen a adopté un programme stratégique qui énonce un certain nombre de grands axes pour l’Europe. » Parlant ainsi d’« une Europe qui protège, qui est plus investie sur les questions économiques » (…) En particulier, ajoute-t-elle : « Qui investit plus dans la recherche ou les énergies alternatives. Une Europe qui soit, à la fois plus verte et plus sociale et qui sera plus présente dans le monde ». Enfin, « lorsque le Conseil européen et le Parlement européen se seront mis d’accord sur le nom d’un futur président ou présidente de la Commission, ce ou cette dernièr(e) devra faire une synthèse et proposer un programme d’action, pour les 5 ans à venir... ».

Qui sera le prochain Président de la Commission pour succéder à Jean-Claude Juncker ?

On voit les États membres butter sur les nominations de personnalités à des postes clé en Europe. Isabelle Jégouzo rappelle leur importance, non sans avoir d’abord précisé qu’il s’agit de 3 postes, le président de la Commission, celui du Conseil européen et le ou la Haut(e) représentant(e) pour la politique extérieure. « Ce sont des postes très importants puisqu’il s’agit des têtes de l’Europe. Les têtes pensantes et les visages qui représentent l’Europe. » Notamment, insiste-t-elle : « Le président de la Commission européenne, qui est un peu la clé de l’ensemble des autres postes. Une fois qu’il aura été désigné les autres vont aussi s’organiser. » Le Conseil Européen doit débattre autour d’un nom. Isabelle Jégouzo se veut optimiste car il y a une date butoir puisque le Parlement européen doit investir son Président le 16 juillet. « Je pense que d’ici là on aura trouvé un nom qui mettra tout le monde d’accord ».

Un budget de la zone euro pour éviter l’austérité, comme en Grèce ?

Au mois de février, la France et l’Allemagne se sont mis d’accord sur un budget pour soutenir la compétitivité et la convergence entre les pays de l’euro. « Pour certains, c’est un premier pas vers un budget de la zone euro pour d’autres, c’est loin des ambitions initiales pour notamment éviter l’austérité des réformes structurelles, comme en Grèce, avec des transferts financiers plutôt que des prêts. » (Athènes doit rembourser la majeure partie d’environ 300 milliards d’euros à partir de 2032, à moins d’un allègement de sa dette publique, décidé par les Européens). Isabelle Jégouzo indique que des discussions importantes ont lieu depuis le mois de décembre. Parle d’« un budget de 20 milliards d’euros pour soutenir le programme de réforme des États mais il y a encore beaucoup de choses qui doivent être discutées ». Rappelle que le budget de l’Union européenne « un petit budget » représente 1% du PIB européen. Les négociations de ce « prochain cadre financier pluriannuel » (2021-2027) sont en cours avec des points de vue différents sur son montant. La Commission propose 1,1% « sur un certain nombre de sujets stratégiques. Par exemple, on a proposé d’augmenter considérablement le budget de la recherche de passer à 100 milliards d’euros pour la période 2021-2025 ; d’avancer sur la Défense, d’augmenter à 30 milliards le budget d’Erasmus... » Néanmoins, Isabelle Jégouzo met en exergue une date butoir avec le message de la Commission « il y a urgence à se mettre d’accord parce qu’il faut que tout cela soit en ordre de marche pour le début 2021 », au risque de voir des bénéficiaires de programmes européens manquer d’argent, comme les scientifiques, par exemple...

« Une Europe qui protège, qui protège mieux ses frontières, qui lutte ensemble contre le terrorisme »

l’Europe du futur, Isabelle Jégouzo la décrit comme « une Europe qui s’affirme, qui affirme ses valeurs de droits fondamentaux, humanistes, de solidarité. Ce ne sont pas des valeurs qu’il y a partout dans le monde, les valeurs d’égalité homme/femme par exemple (…) Il faut que l’Europe se protège, protège ses habitants, cela veut dire protéger mieux ses frontières, être ensemble pour lutter contre le terrorisme qui est un sujet sur lequel on a beaucoup progressé », affirme-t-elle, en citant notamment le système Schengen -système d’échange d’informations entre les polices européennes- « qui a été consulté 4 milliards de fois ». Plaide pour poursuivre les progrès en ajoutant la défense des intérêts commerciaux de l’Europe. « Il faut continuer à prendre conscience de notre force. On est la première ou la deuxième puissance économique mondiale, selon les critères. Nous comptons au niveau mondial et quand l’Europe parle d’une voix unie, elle est entendue. il ne faut pas hésiter à promouvoir nos intérêts, conformes à nos valeurs. On est pour le multilatéralisme, pour un commerce mondial régulé, qui respecte un certain nombre de règles et cela il faut qu’on l’affirme ». Isabelle Jégouzo développe sur les progrès de la Défense européenne, même si « ce n’est pas demain que l’on va avoir une armée européenne mais, on a plus avancé au cours des dernières années qu’au cours des cinquante années précédentes. » Rappelle la création d’un fonds européen de Défense « qui va permettre, par exemple, de créer, ensemble des armements ». Elle précise que l’Europe dépense moitié moins que les États-Unis mais « de manière beaucoup plus dispersée. là où il y a un modèle de char aux États-Unis nous, on en a 7 ou 8. Même chose pour les avions et pour les bateaux ». Indique encore que ce fonds « va permettre, peut-être demain, créer un drone franco-allemand, un avion de combat franco-allemand ( …) les États peuvent faire des projets, travailler ensemble sur des projets communs et nous avons les fonds pour les financer ». Concernant le transfert de populations pour des causes politique, économique ou climatique, Isabelle Jégouzo répond en deux temps, d’abord, annonce une Europe plus verte, voulue à la fois par les États, la Commission et sans doute le Parlement, dans leurs différents documents stratégiques, ce qu’elle attribue à une augmentation « du poids écologiste politique en nombre mais aussi en influence. Le verdissements des politiques est un sujet important, la question du réchauffement climatique est une question majeure. On voit que notre jeunesse est très mobilisée sur ce sujet et c’est bien ». Évoque une autre cause qui est l’atout économique pour l’Europe « parmi les 4 premiers géants mondiaux sur ces questions de transformation écologique il y a 4 européens, donc c’est aussi une source d’emplois, une source de développement économique. » Aborde enfin la question du transfert des populations « un sujet extraordinairement complexe », assure-t-elle. Revient sur le droit d’asile : « C’est une valeur fondamentale, c’est l’honneur de l’Europe. » Parle dans ce cadre de développement. « On a de nombreuses personnes qui viennent d’Afrique qui s’embarquent dans des conditions épouvantables sur des bateaux au péril de leur vie. Il faut leur offrir d’autres alternatives c’est la raison pour laquelle l’Union européenne a considérablement développé sa politique africaine. Je dois rappeler que les États membres et l’Union européenne sont de très loin les premiers contributeurs mondiaux de l’aide au développement... »

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

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