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Décès du Lieutenant-Colonel Louis Monguilan ancien résistant, déporté et "Grand ancien" du Camp des Milles

lundi 12 juin 2017

Il disait « vouloir aller là où le vent allait l’envoyer, là-haut, toujours plus haut, vers le grand, vers le beau, vers le pur ». C’était sa devise et sa ligne de conduite. Le Lieutenant-Colonel Louis Monguilan résistant, déporté à Mauthausen, Commandeur de la Légion d’Honneur, l’un des trois Grands Anciens et co-fondateur du Site-mémorial du Camp des Milles s’est éteint à l’âge de 91 ans.

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( Photo D.R. Camp des Milles)

Si sa présence manquera à tous ceux ceux qui l’ont côtoyé, son esprit de résistance, lui, restera. Car son départ renforce le devoir de fidélité à une histoire et à des valeurs humanistes qu’il sut incarner de bien haute manière. Des convictions fortes, portées récemment encore, comme une dernière bataille, dans un appel national face aux dangers des extrémismes identitaires qui guettent à nouveau la France.
La Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation, ses dirigeants comme son personnel, a perdu l’un de ses piliers, Son histoire et sa présence encourageaient le recul et la mobilisation lorsqu’il s’inquiétait que les drames qu’il avait vécus ne se reproduisent.
Pour son long combat contre l’oubli et l’ignorance de la mémoire du Camp des Milles, chacun lui sera toujours reconnaissant. Son parcours après-guerre fut à l’image de sa devise et le porta « là où le vent allait » : plongeur, pilote, archéologue, Louis Monguilan a vécu « mille vies » comme le souligne son épouse Hélène.
Ses obsèques ont eu lieu, vendredi 9 juin, à l’Église Protestante d’Aix-en-Provence, devant notamment de nombreuses personnalités venues lui rendre un dernier hommage. Un moment empreint d’émotion. Des hommages personnels, présentés par sa fille Mary-Christine, son fils Jean-Louis et Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation. Ce dernier a en particulier relaté les 30 ans de combat pour la sauvegarde du Camp des Milles, mené à ses côtés avec Denise Toros-Marter, déportée à Auschwitz et Sidney Chouraqui, résistant engagé volontaire dans la 2e DB. « Louis Monguilan m’a fait entrer par son témoignage bouleversant dans le vécu terrible des déportés. Mais il a également été une source d’inspiration (…). Son parcours a été un parcours d’Actes Justes, dicté par la conscience morale. Au-delà de la légalité formelle, la légitimité morale l’emportait dans ses décisions. Et d’abord pour dire non lorsqu’il le fallait. Il a su faire cela en entrant dans la résistance et pendant la guerre d’Algérie… Je crois, cher Louis que le plus bel hommage auquel tu es, tu étais et tu seras sensible, c’est celui de ces paires d’yeux d’enfants et de jeunes de toutes origines qui par dizaines de milliers ont été et seront éclairés au Camp des Milles, par ce que les leçons de l’Histoire et l’exemple d’hommes comme toi peuvent leur apporter pour le présent et pour l’avenir ». Une conclusion comme un prolongement des mots de Louis Monguilan lors de l’ouverture au public en 2012 du Site-mémorial : « Aujourd’hui la mémoire est en mouvement. Aujourd’hui je suis heureux ».

Louis Monguilan un homme, une histoire...l’Histoire


Nous avons eu l’honneur de rencontrer Louis Monguilan et le privilège de recevoir son histoire. Louis Monguilan est l’un de ceux, avec Denise Toros-Marter et Sidney Chouraqui, qui a contribué au sauvetage du Camp des Milles.

Un combat de plus pour cet homme qui, adolescent, est entré dans la résistance, à Nîmes, avant d’être arrêté et déporté à l’âge de 17 ans. « Je suis d’origine protestante, cela a certainement eu une influence dans mes choix tant cela implique une culture de lutte face au pouvoir central ». Et c’est d’ailleurs par les mouvements de jeunesse qu’il a rejoint la résistance « au sein d’un groupe qui faisait du renseignement ». Lycéen, après ses cours, il prend des photos des positions de défense allemande sur la côte. « Je vais chez un photographe pour les faire tirer. Je reviens quelques jours plus tard. Il me demande d’attendre un petit moment qu’il finisse. J’attends, jusqu’à ce que la Gestapo arrive et, c’est à ce moment là qu’il me remet les photos. Il ne restait plus qu’à la Gestapo de m’arrêter. C’était le 20 octobre 1943. »
Emprisonné à Nîmes, il peut recevoir la visite de sa mère. « Elle m’apportait dans un bidon en fer blanc du chocolat chaud. Cela m’a donné l’idée de transmettre des messages à mes copains. J’écrivais sur du papier à cigarette que je roulais dans du papier argent pour ensuite le jeter dans le bidon. Elle communiquait avec moi de la même manière. J’ai ainsi pu leur faire savoir dans quelles conditions j’avais été arrêté ». Un temps de pose, puis il reprend : « Je n’ai jamais su comment cela c’était passé mais son magasin a sauté... » Louis Monguilan quitte Nîmes pour la prison des Baumettes : « Nous l’avons inaugurée ».
Vient l’heure de la déportation. « Nous nous retrouvons dans un train, les wagons sont bondés. Je ne savais pas où nous allions, personne ne pouvait l’imaginer. Nous n’avions rien à manger ni à boire. Certains basculaient dans la folie. La tension ne cessait de monter entre prisonniers. La moitié d’entre nous voulait s’évader, les autres refusaient. Il faut savoir que nous étions, entre Marseille et Compiègne, dans de vieux wagons. Et les cheminots nous avaient informés des endroits où le train allait ralentir pour pouvoir nous évader. Nous étions menottés mais nous avions trouvé la combine pour les enlever avec une épingle à nourrice. Nous avions commencé à percer les wagons pour nous évader. Mais certains ne voulaient pas, ils avaient peur. Alors, nous nous sommes battus entre nous. Je me souviens, je me suis retrouvé à côté d’un grand costaud, lui frappait en haut et moi en bas. Mais, lorsque le train a ralenti, nous n’avons pas pu partir, nous n’avons pas pu faire un trou assez large et d’autres wagons ont été plus rapides que nous. Le train s’est arrêté, à l’arrière il y avait une plate-forme avec une mitrailleuse qui s’est mise à tirer avant que les chiens-loups ne soient lâchés. Certains ont ainsi pu retrouver la liberté, d’autres se sont fait reprendre ou ont été tués. En ce qui me concerne, j’ai abandonné l’idée de m’évader lorsque j’ai vu, un canon de mitraillette apparaître entre mes jambes, passant à travers le trou que nous avions fait.
Après, l’horreur a encore augmenté. Certains wagons étaient inutilisables. Nous étions entassés les uns sur les autres. C’était l’enfer. Des prisonniers devenaient fous. Il fallait les assommer pour qu’ils arrêtent de crier afin que nous ne sombrions pas tous
 ».
Le train arrive à Compiègne : « Nous sommes restés deux mois. C’était le Pérou. On sortait des prisons de la Gestapo, on ne travaillait pas. Il y a même eu quelques évasions réussies. Enfin, ce n’étaient pas des SS qui nous gardaient mais des militaires ».
Et c’est l’arrivée au terme du voyage, à Mathausen. « C’était la nuit, nous ne sommes descendus du train que le matin. Avec la lumière, nous avons découvert que, parmi nous, des gens étaient morts, étouffés ». Là encore, une image revient avec force à Louis Monguilan : « Un jeune prisonnier était un instituteur qui m’avait donné des cours. Il était devenu fou. Il marchait nu dans la neige, tenant ses chaussettes à la main. Il n’était plus là, avait trouvé la folie comme refuge ». Vient l’heure de monter vers le camp, six kilomètres à pied, une nouvelle épreuve pour des gens épuisés. « Nous allions vers une forteresse construite par des déportés, surtout des Espagnols, anciens de la guerre d’Espagne » Concernant la vie dans le camp, il raconte : « Il y avait une sorte d’organisation qui s’occupait de la vie et nous avions mis en place une bonne équipe de Français. L’histoire ne s’arrête pas là : « A mon retour du camp de concentration, le photographe a essayé de me tuer en me tirant dessus. Le lendemain, je suis allé à la police. Il avait été arrêté, jugé. Il a été acquitté au bénéfice du doute alors que pour moi il n’y avait aucun. »
Michel CAIRE

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