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Dîner du Crif Marseille-Provence - Gérard Collomb annonce un dispositif pour "libérer la parole des victimes d’actes racistes et antisémites"

samedi 7 juillet 2018

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Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le président du Crif, Marseille-Provence, Bruno Benjamin, entouré d’un aréopage de personnalités (Photo G.G.)

L’hommage à Claude Lanzmann décédé le 5 juillet était unanime lors du dîner annuel du Crif Marseille-Provence dont l’invité d’honneur était Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur lequel devait notamment déclarer : « La communauté juive perd aujourd’hui un de ses plus éminents représentants. Mais c’est toute la France qui est en deuil, orpheline d’un artiste engagé, qui, par l’écriture, par le cinéma, par la culture, porta si haut les valeurs de notre République ». Un dîner qui fut l’occasion pour lui d’annoncer que « Marseille a été choisie comme la première ville où sera mis en place un réseau d’enquêteurs et de magistrats spécifiquement formés à la lutte contre la haine et toutes les formes d’antisémitisme [1] ». Comme une réponse aux propos de Bruno Benjamin, le Président du Crif Marseille-Provence qui avait lancé à son adresse : « Les juifs de Provence ont besoin de votre attention, de votre écoute, et sont sensibles à votre considération dans une époque si contrastée ». Un Président du Crif qui rendra hommage au Colonel Arnaud Beltrame « qui, par le sacrifice de sa vie donnée en échange d’une otage, est devenu l’incarnation de cet esprit français que certains pessimistes croyaient disparu. » Il annonce à ce propos : « Si d’habitude nous attribuions la médaille du Crif à des personnalités, cette fois-ci nous avons fait le choix de l’offrir à l’ensemble des femmes et des hommes qui constituent nos forces de secours et de Sécurité ».

« Mieux caractériser les actes antisémites »

Gérard Collomb assure que les crédits destinés à la sécurisation des lieux communautaires seront pérennisés tout au long du quinquennat. Il poursuit en revenant sur l’annonce du Premier ministre, en mars dernier, de la mise en place de formations spécifiques dispensées aux policiers, aux gendarmes, mais aussi aux représentants de l’autorité judiciaire, pour mieux caractériser les actes antisémites. Et d’annoncer, donc, que Marseille sera la première ville à bénéficier de ce réseau d’enquêteurs et de magistrats : « L’objectif est d’aider les forces de l’ordre et les magistrats à mieux identifier et à mieux faire ressortir dans les déclarations d’une victime, les éléments factuels, de nature à objectiver la circonstance aggravante de racisme ou d’antisémitisme ». Il explique le dispositif qui voit la création de procès-verbaux type et des canevas d’audition proposés « et les personnels concernés bénéficieront d’une formation dédiée, qui commencera au moins du septembre par une journée sur le site mémoriel du Camps des Milles ».

« Si nous avons recensé, en 2017, 311 actes antisémites, ils sont sans doute, en réalité, beaucoup plus nombreux »

A ses yeux, au-delà du symbole, « ce sera là une avancée majeure pour garantir une meilleure effectivité de la réponse pénale ». Il en vient à la deuxième réforme visant à mieux combattre l’antisémitisme : l’ouverture d’un dispositif de pré-plaintes en ligne pour les infractions à caractère discriminatoire : « Si nous avons recensé, en 2017, 311 actes antisémites, ils sont sans doute, en réalité, beaucoup plus nombreux. Un de nos défis est donc de libérer la parole des victimes. C’est pourquoi, face à un poison qui menace l’intégrité-même de notre société, son unité, le Gouvernement a décidé d’ouvrir ce dispositif qui sera opérationnel dès ce jeudi soir ». Concrètement, il permettra à une personne touchée par un acte antisémite de décrire les circonstances de son agression et de donner des indications qui pourront amener à identifier l’auteur des faits incriminés. Cela permettra de commencer l’enquête et ce n’est qu’ensuite que la personne se verra proposer un rendez-vous avec un agent formé, pour valider sa plainte. « Pour les victimes, il s’agira là d’un réel progrès qui permettra d’aller vers la plainte là où, trop souvent, elles ont à tendance à garder pour elles l’agression dont elles ont été victime, n’osant pas rendre celle-ci publique, et parfois tout simplement par peur de représailles. » Pour les forces de l’ordre, souligne-t-il : « ce sera un outil précieux de renseignement qui aura pour effet de faciliter la poursuite des auteurs des actes visés. Si des propos antisémites ont été diffusés sur les réseaux sociaux, cela permettra aussi d’intervenir auprès des opérateurs pour qu’ils soient immédiatement retirés ».

« Nous ne voulons rien laisser passer »

Gérard Collomb d’affirmer haut et fort : « Non, nous ne voulons rien laisser passer ! Tel est le message que doivent entendre toutes celles et ceux qui répandent la haine des Juifs que ce soit dans l’espace public comme sur les réseaux sociaux ». Des décisions qui entendent faire face à la montée de l’antisémitisme. « Ils ont augmenté tout au long de l’année 2017 et ils continuent, hélas, à se multiplier depuis le début de l’année, en particulier dans la région de Marseille », dévoile le ministre de l’Intérieur. Il évoque ensuite sur Ilan Halimi ; les 4 personnes dont trois enfants tués devant l’école Ozar-Hatorah à Toulouse ; les 4 personnes tuées dans l’attentat de l’Hyper Casher parce qu’ils étaient juifs, Sarah Halimi et Mireille Knoll, tous assassinés parce que juifs. « Et cela la République ne saurait l’accepter. La communauté juive a le droit, comme tous nos concitoyens, à vivre en paix et en sécurité. S’attaquer à la communauté juive, c’est s’attaquer à la France. S’en prendre à la communauté juive, c’est rompre avec les valeurs qui fondent notre communauté nationale. Ces valeurs de Liberté, d’Égalité et Fraternité qui ont inspiré et continuent à inspirer tant de peuples à travers le monde ».

La présence de la communauté juive à Marseille est attestée par le chroniqueur Grégoire de Tours depuis le VIe siècle

Au préalable le ministre avait mis en exergue l’importance de la communauté juive à Marseille « dont la présence est attestée par le chroniqueur Grégoire de Tours depuis le VIe siècle ». Et, celui qui est professeur agrégé de lettres classiques, de noter : « On ne sait pas assez que c’est à la remarquable école intellectuelle juive installé ici au haut moyen-âge (notamment à Samuel de Marseille) que l’on doit la traduction des commentaires de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, de la République de Platon que l’on doit finalement la transmission de cette pensée philosophique grecque qui allait inspirer quelques décennies plus tard le grand mouvement d’une Renaissance européenne, fondatrice de ces valeurs humanistes que tous ensemble ici nous partageons ». Et de poursuivre en évoquant les pages glorieuses comme sombres de l’Histoire, Il cite Louis XII prit en 1501 un décret d’expulsion des Juifs du Royaume de France, la protection du Saint-Siège dans le comtat Venaissin.« Et la communauté juive ne devait vraiment revenir ici à Marseille qu’au lendemain de la Révolution, quand, en 1791, fut publié le décret d’émancipation des Juifs de France ». En vient à la Seconde guerre mondiale, la collaboration, l’antisémitisme : « Ce furent les moments du plus grand malheur qui culminèrent avec cette sombre nuit du 21 juillet 1943 durant laquelle 1 600 appartements du Vieux Port furent fouillés et 2 000 juifs déportés vers les camps de la mort, avec la collaboration du régime vichyste ».

« La Provence ne serait pas la Provence sans l’apport exceptionnel des Juifs »

Le ministre soulignera que « Marseille ne serait donc pas vraiment Marseille si vous n’aviez pas été là, si vous n’étiez pas là. Oui, la Provence ne serait pas la Provence sans l’apport exceptionnel des Juifs qui, dans leur grande diversité, y ont apporté leur talent, leur créativité, leur savoir-faire. Inversement, le judaïsme français ne serait pas ce qu’il est s’il n’avait été nourri des siècles durant par l’apport des Juifs provençaux ». Il explique les raisons de ses rappels historiques : « Ils sont seuls à même d’éclairer l’avenir, pour reprendre une formule de Simone Veil ». Et d’insister : « Il le faut d’autant plus que comme l’a rappelé récemment le Président de la République, des "vents mauvais" soufflent aujourd’hui sur l’Europe, comme sur la France ». « Ces vents mauvais, poursuit-il, ce sont les populismes qui prospèrent dans bien des pays européens bien sûr, mais aussi au sein-même de notre Nation. Vent mauvais de l’antisémitisme ordinaire mais aussi vent mauvais porté par les discours haineux de l’islamisme radical. Et je souhaite que la France entière puisse y faire front dans toutes ses composantes car face au danger qui menace, il ne peut y avoir de faux-fuyants ».

« Contrasté, c’est bien le sentiment qui m’anime à l’heure où je vous parle »

Bruno Benjamin avouait pour sa part : « Contrasté, c’est bien le sentiment qui m’anime à l’heure où je vous parle. Lors du précédent dîner, je déplorais les actes de violences antisémites, qui se perpétuent année après année. Ils donnent le sentiment que la haine, dans notre société française, se propage tel un poison mortel ». Il évoque lui aussi Mireille Knoll tuée parce qu’elle était juive. « Cette octogénaire avait miraculeusement échappé à la rafle du Vel’ d’Hil, la rafle de la honte et du mal, elle n’aura pas survécu à la folie meurtrière d’une époque qu’on imaginait apaisée. Il suffit d’entendre les propos de son bourreau pour s’en rendre compte, quand il déclare au Juge qu’il l’a assassiné parce qu’elle était juive et donc qu’elle avait forcément je cite : "les moyens financiers et une bonne situation" ». Alors, il parle de colère et d’exaspération : « Exaspération, parce que la liste noire des exactions ne cessent de s’allonger. Exaspération, parce que la place du juif dans la société française est remise en cause comme si chaque année le juif devait retrouver sa légitimité. Exaspération, parce que sur les trottoirs de France durant certaines manifestations, on entend encore ces slogans, violents, belliqueux et mortifères qui fragilisent notre République ». Et de dénoncer le BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) : « Depuis octobre 2015 le boycott est interdit, et pourtant ce BDS continue d’inoculer la haine, il engendre la discorde entre les communautés qui composent notre pays ». Pour lui : « C’est Israël qui est visé et ce sont les juifs qui sont montrés du doigt. Certains continuent de nier l’évidence mais les faits sont là. L’antisémitisme est bien présent ».

« Les mots ne suffisent pas »

Et d’insister sur l’importance de la République comme bien commun, « car si nos religions, nos croyances, nos couleurs de peaux, nos convictions politiques divergent ; nous sommes tous, et devons tous, réaffirmer notre attachement indéfectible à la République et à ses règles. Ces crimes et ces actes appellent, une fois encore, notre totale vigilance et notre pleine action pour les combattre ». Et de prévenir : « Les mots ne suffisent pas, les discours enflammés sur la tolérance ne portent plus…il n’y a pas de lutte contre l’antisémitisme…il n’y a que des preuves de lutte. Et ces preuves ce sont les actions que nous menons au quotidien pour faire vivre ces valeurs que nous partageons ». Bruno Benjamin met en lumière l’action du Crif : « Ce soir, je veux vous parler de cet engagement profond qu’est le nôtre, porté par la volonté d’œuvrer sans relâche au dialogue des communautés sans jamais renier nos spécificités, nos traditions. Au fond, quoi de plus beau que de travailler au rapprochement des Âmes, alors que parfois tous les opposent ». Il aborde le conflit israélo-palestinien : « La Paix, dans cette région du Monde, appartient à ses seuls acteurs. Les Israéliens et les Palestiniens ne sont les élèves de personne et ne pourront se voir imposer une Paix qu’ils n’auront pas décidée ensemble. C’est justement parce que la France est une grande Nation, qu’elle a l’impérieux désir d’apporter son aide bienveillante à la résolution du conflit, tout en relevant le défi de l’observance de la neutralité. C’est cela que j’appelle une parole forte, vraie mais mesurée ». Un dîner qui a eu une saveur toute particulière pour Édith Janowski-Bismuth, c’était son dernier en tant que responsable de la Communication du Crif Marseille Provence.
Michel CAIRE


[1Pour rappel le ministre d’État a annoncé l’extension du dispositif de pré-plainte en ligne, qui a fait ses preuves pour les atteintes aux biens, aux infractions liées aux discriminations. Il est en service dès aujourd’hui sur pre-plainte-en-ligne.gouv.fr et permettra de libérer la parole des victimes d’actes de racistes et antisémites. Une équipe d’enquêteurs spécialisés dans la lutte contre les discriminations, réunissant forces de l’ordre et magistrats, sera spécialement formée à Marseille. Si cette expérimentation fonctionne, elle sera étendue demain à d’autres territoires.

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