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Conseil municipal de Marseille : un débat pour l’habitat indigne et une Aréna pour les promoteurs

vendredi 21 décembre 2018

« Une minute de silence, une parodie de débat et tout continue comme avant ». lance Jean-Marc Coppola, PCF, qui voit comme un symbole dans le fait que sa requête de retrait du rapport sur l’Aréna au Parc Chanot « d’un coût de plus de 200 M€ », n’ait pas été entendue, alors qu’elle ne devrait pas être prioritaire, selon lui « par rapport à la question du logement insalubre ». Une séance qui a généré une nouvelle manifestation en mémoire des victimes de la rue d’Aubagne, toute en retenue, en émotion, en souffrance et en colère, nom des victimes en tête et musiciens jouant une marche funèbre. L’opposition de gauche ne manquera pas de déplorer qu’aucun membre de collectifs, associations ou familles n’ait été invité à la plénière.

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Une minute de silence a été observée en hommage aux huit victimes de l’effondrement d’immeubles de la rue d’Aubagne (Photo Robert Poulain)

Après une minute de silence en mémoire des victimes et le vote de mesures en direction des victimes : prise en charge des frais d’obsèques, de déplacement, gratuité de la restauration scolaire pour les enfants des familles sinistrées du secteur de la rue d’Aubagne, exonération de frais de garde de crèche municipale... le Maire prend la parole pour affirmer que « les 8 victimes de la rue d’Aubagne me hanteront toujours ». « Il faut désormais tout faire pour qu’un tel drame ne se reproduise pas », lance-t-il avant d’insister : « Je ne ferai pas de référence ici aux déclarations, commentaires, stigmatisations qui ont constitué la trame médiatique de ces dernières semaines sur ce drame ». « L’exploitation politicienne de la souffrance humaine, poursuit-il, est à fortiori encore moins digne de la part de responsables élus. J’ai entendu les douleurs, les colères et les critiques et j’ai fait face dans la tempête, avec la charge considérable du capitaine qui doit remplir sa mission et je continuerai à le faire ». Une intervention lors de laquelle il reviendra longuement sur les actions entreprises depuis le drame. Il rend hommage, et c’est unanimement partagé, au « travail exemplaire » du Bataillon de Marins Pompiers de Marseille et des différents services de secours, « notamment le SDIS 13, avec le soutien de la Police Nationale et de la Police Municipale ». Il rend hommage au travail accompli par les services municipaux. Met l’accent sur l’autre crise qui s’est déclarée : « A partir de l’inquiétude bien compréhensible de beaucoup de Marseillais, de multiples signalements de risques sont parvenus à nos services techniques, par dizaine, par centaines, à ce jour près de 1 000 au total en un peu plus de 6 semaines ». Il salue à ce propos les 500 personnes qui se sont mobilisées, « largement sur la base du volontariat », à partir de tous les services, pour se relayer 7 jours sur 7 au PC de Crise de la Rue Salengro, « ils sont à l’heure actuelle toujours à l’œuvre et le resteront jusqu’au terme de cette situation exceptionnelle, correspondant à une multiplication par 30 du rythme habituel des signalements d’immeubles présumés dangereux ».

« Déjà 5 immeubles du périmètre de la rue d’Aubagne ont été réoccupés par leurs habitants »

Sur la base des signalements, des visites techniques sur place sont effectuées, avec soit une levée de doutes, soit une suite technique sans évacuation, soit une évacuation avec déclenchement d’expertise pouvant déboucher sur un arrêté de péril imminent. Au total ce sont environ 200 immeubles qui ont été évacués dans ce contexte, soit plus de 1 500 personnes dont 1 250 personnes hébergées par la ville de Marseille dans 31 hôtels. Puis d’afficher l’ambition de réintégrer le plus grand nombre de Marseillais dans leur logement. « Déjà 5 immeubles du périmètre de la rue d’Aubagne ont été réoccupés par leurs habitants et 20 autres hors périmètre. Nous espérons que ce rythme pourra se poursuivre à partir des levées de doute et des travaux quand ils pourront être effectués rapidement, mais nous ne le ferons qu’avec la certitude absolue de l’absence de risques pour eux et de la salubrité des logements ». A cette situation est venue également s’ajouter le cas de la copropriété Corot où la Mairie a fait procédé à l’évacuation du bâtiment A de cette copropriété. « Sur les 96 logements concernés, environ un tiers des habitants étaient titulaires de baux de location et tous les autres logements étaient squattés ».

« II est facile pour certains de se transformer en Procureur »

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Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin (LR) (Photo Robert Poulain)

Il en vient aux responsabilités pour dénoncer : « II est facile pour certains de se transformer en Procureur et de tirer immédiatement des conclusions et des accusations sans le moindre fondement d’une expertise technique et juridique. C’est d’ailleurs une affirmation tout à fait opposée à ce qu’a énoncé lui-même le Procureur de la République en disant qu’"à ce jour les causes de l’effondrement de ces immeubles ne sont pas établies" ». Il annonce qu’il demandera à l’État la reconnaissance de catastrophe naturelle, ce qui ne manquera pas de faire débat car nombre de voix s’élèveront pour dire qu’il s’agit là de tout sauf d’une catastrophe naturelle. Il conclura son propos en évoquant les actions conduites par la Ville dans la lutte contre l’habitat indigne. Mais, comme il le dira lui-même : « Tout le rappel des actions conduites en la matière, avec des dizaines de milliers de logements réhabilités ou reconstruits, avec des centaines de millions d’euros engagés par les pouvoirs publics, toute démonstration se heurtera toujours au fait que le 5 novembre 2018, trois immeubles se sont effondrés rue d’Aubagne entraînant la mort de 8 personnes. Cela ne doit plus jamais arriver. Il faut donc continuer tous nos dispositifs, bien entendu, et les intensifier, les rendre plus rapides, plus efficaces, plus performants, avec des procédures nouvelles, des dispositions législatives nouvelles, des financements nouveaux ». Puis de donner la parole à Julien Ruas, adjoint adjoint au maire de Marseille en charge du Bataillon de marins-pompiers, de la Prévention et gestion des risques urbains qui reviendra à son tour sur les actions menées depuis le drame.

« Marseille souffre d’une politique inégalitaire »

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Jean-Marc Coppola (PCF) (Photo Robert Poulain)

C’est enfin au tour du premier élu d’opposition de s’exprimer, Jean-Marc Coppola pour qui : « Les esprits ne sont pas apaisés, à la douleur et au traumatisme s’ajoute un sentiment de mépris en interdisant aux familles de victimes l’accès à cette plénière. Marseille gronde d’une immense colère. Marseille souffre d’une politique inégalitaire qui a la volonté de faire partir une partie de la population pour faire une ville plus start-up, plus sage, plus croisière. Marseille exige le respect et le droit à un logement digne. vous avez eu de nombreux mandats et de nombreuses responsabilités et la situation est pire que lorsque vous êtes arrivé à la tête de la Mairie, il y a 23 ans ». « l’Etat, poursuit-il, n’est pas exempt de responsabilités lui qui, depuis des années, réduit les moyens des collectivités, lui qui, depuis 2015, connaissait le contenu du rapport Nicol. Oui, en tant que Maire, vous aurez du prendre la tête de la contestation contre l’État, vous avez préféré multiplier les exclusions pour construire la métropole ». Au terme du Conseil municipal, il déplorera : « Malgré la mise en cause de sa politique libérale, le Maire s’est défaussé de toute responsabilité sur l’effondrement des immeubles, et, a soigneusement évité la principale responsabilité d’avoir mené depuis 1995 une politique de ségrégation sociale et territoriale pour recomposer la ville ». Marie-Arlette Carlotti, PS, lance : « Nous n’accepterons pas que le 5 novembre soit l’occasion d’un transfert de population. Je souhaite qu’une opération d’intérêt national soit conduite dans le centre ville et que le gouvernement fasse preuve de plus de fermeté à votre égard ». Pour le sénateur RN Stéphane Ravier, tout le monde, à part lui, est coupable, la droite, la gauche et l’immigration.

« J’ai été beaucoup attaquée, diffamée, lâchée par de faux partenaires politiques »

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Arlette Fructus (Photo Robert Poulain)

Arlette Fructus, adjointe au Logement, Politique de la Ville, Rénovation Urbaine à la Ville de Marseille a quitté le groupe de la majorité régionale après avoir été suspendue de ses fonctions par le président Renaud Muselier. Ses premiers mots sont pour déclarer : « J’ai été beaucoup attaquée, diffamée, lâchée par de faux partenaires politiques ». Enchaîne : « On n’a pas le droit d’accuser lorsque l’on ne connaît pas les faits ». Elle revient sur l’effondrement des immeubles, rappelle qu’une procédure est en cours « et chacun devra assumer ses responsabilités et, au premier chef, les propriétaires du 65 ». Elle insiste sur le fait que la lutte contre l’habitat indigne : « mobilise une multitude d’acteurs : l’État, la Région, le Département, la Métropole, la Ville, les Magistrats, les syndics, les propriétaires. Et les délais sont très longs, c’est pour cela que j’ai demandé la création d’une juridiction spéciale ». Elle dénonce que les précédents gouvernements « n’ont jamais pris la dimension de ce fléau national ». Juge : « Peut-on dire que rien n’a été fait ? Non. Que c’est suffisant ? Non. On peut tout reprocher mais lorsque les budgets ne suivent pas, lorsque nous sommes confrontés à un maquis juridique.... Le drame impose de coconstruire des réponses, soyons unis dans ce combat ».

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La sénatrice, Samia Ghali (PS) (Photo Robert Poulain)

Pour Samia Ghali, PS, « Ce conseil municipal arrive beaucoup trop tard. Vous êtes fin politique, monsieur le Maire, vous avez joué de toutes les ficelles, le calendrier, les institutions, la diversion. Le maître de l’horloge c’est vous mais vous avez renoncé à voir Marseille telle qu’elle est. Vous parlez de catastrophe naturelle. Il n’y en a pas eu. C’est un déni, ce serait dire que c’est la faute de la pluie. Quand j’entends Arlette Fructus dire que ce n’est pas la faute de l’immeuble du 63, ce n’est pas le lieu pour le dire, laissons la justice travailler. Et j’aurais aimé que cette intervention d’Arlette Fructus ait été faite il y a des années ou simplement quelques mois. Là oui, nous aurions pu t’accompagner mais pas aujourd’hui, pas après le drame ». Elle se retourne vers le Maire : « Vous dites qu’il n’y a pas assez d’argent mais comment se fait-il que Nice ait obtenu 100 millions d’euros et Marseille seulement 11 millions ? ». Elle souhaite enfin que le Maire lance une enquête administrative au sein de ses services avant d’assener : « Je ne comprends pas qu’il soit aujourd’hui possible de déclencher dans l’urgence des dispositifs et que cela n’ait pas pu se faire par le passé, beaucoup de choses ont été dites, proposées par la présidente de la métropole et, aujourd’hui, vous donnez, monsieur le le Maire à vos adjoints, la parole pour faire des propositions qu’ils n’auraient jamais formulées avant le drame ». Elle rappelle : « Il m’est arrivée de voter contre la majorité à laquelle j’appartenais, vous, monsieur le Maire, pas un de vos adjoints n’a levé le petit doigt pour vous dire qu’il n’était pas d’accord sur tel ou tel dossier » .

« Non les habitants de la rue d’Aubagne ne sont pas morts de la pluie »

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Benoît Payan (Photo Robert Poulain)

« Non les habitants de la rue d’Aubagne ne sont pas morts de la pluie, du hasard ni même du destin », s’insurge Benoît Payan (PS). « Ils sont morts de l’abandon, du cynisme et du mépris. Un abandon dénoncé depuis des années. L’abandon des plus pauvres, l’abandon du centre ville, l’abandon du pouvoir régalien sur l’habitat insalubre. Cet abandon beaucoup le dénoncent. Cet abandon personne ne le découvre. Cet abandon, il est insupportable, car il suffisait d’appliquer la loi. Protéger les Marseillais, ce n’est pas un choix, pas une option, c’est une obligation. C’est la loi ». Mais pour appliquer la loi, insiste-t-il : « il aurait fallu trois choses : une volonté politique, des moyens humains et des moyens financiers. En 25 ans, vous n’avez mobilisé aucun des trois ». Puis de considérer : « Je ne crois pas que le problème soit juste la faute d’un homme, fut-il 4 fois maire de Marseille, c’est la faillite d’une équipe, l’échec de choix politiques, la révélation d’un système. Ce serait trop facile, d’échapper à vos responsabilités à quelques mois de la fin de votre dernier mandat. Trop facile pour vous, mais surtout trop facile pour votre équipe. Car, à voir certains se cacher, esquiver, éluder, à ne penser qu’à eux, leur image, leur réélection, ils en deviennent pathétiques » .

« 4 milliards d’euros pour Clichy-sous-Bois »

Bruno Gilles, LR, revient sur les actions qu’il mène pour lutter contre le logement insalubre à Marseille. La première action a commencé à Paris, le 15 Novembre, au Sénat, date à laquelle il a interpellé l’État. Le 20 décembre, il a déposé une proposition de loi au Sénat, visant à améliorer la lutte contre l’habitat insalubre ou dangereux. Puis, cette semaine, Bruno Gilles a poursuivi son action avec quatre nouveaux leviers.
A Marseille, il a obtenu la validation par Jean-Claude Gaudin, de la mise en place en centre ville, mais aussi partout où ce sera nécessaire, d’un permis de louer dans les zones comptant plus de 6% de logement indigne, ainsi que la création d’une cellule de veille, et d’un guichet unique dédié à l’Habitat indigne. Il met en exergue le fait que Julien Denormandie vient de se féliciter « d’avoir débloqué 4 milliards d’euros pour Clichy-sous-Bois, charmante commune de 30 000 habitants. Et nous ? C’est zéro pour Marseille. Je souhaite donc une Opération de Requalification des Copropriétés dégradées pour Marseille ». Pour Martine Vassal, présidente du Conseil département 13 et de la métropole, « le drame de la rue d’Aubagne est le point de départ d’une nouvelle politique du logement ». Elle rappelle l’aide financière apportait par le Département à Marseille s’étonne « d’entendre beaucoup de critiques d’une opposition qui n’a pas voté ses aides pour la ville de Marseille ».
Michel CAIRE

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