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Entretien de Noël avec Monseigneur Pontier : "Ils font de l’Autre un risque alors que c’est une richesse"

jeudi 24 décembre 2015

En cette veille de Noël Mgr Georges Pontier, Archevêque de Marseille, Président de la Conférence des Évêques de France revient sur une année 2015 lourde d’événements placés sous le sceau de la violence et du rejet de l’Autre tout en transmettant le message d’espoir que représente la Nativité. Entretien.

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Monseigneur Pontier archevêque de Marseille (Photo Philippe Maillé)

Monseigneur Pontier, nous venons de traverser une année extrêmement dure, avec de la violence, des attentats, du rejet de l’Autre. La célébration de la naissance d’un enfant est-elle assez forte pour se faire entendre face à autant de bruit et de fureur ?
Le cœur du message chrétien consiste à dire que c’est en partant des plus démunis que l’on réalise le bien commun. Un Dieu s’est fait fragile, enfant et, est venu habiter notre humanité. Son amour nous invite à avoir toujours le souci des plus pauvres. Or, nous sommes indifférents à ces derniers et c’est pour cela qu’une société de violence économique, institutionnelle, terroriste... se met en place. C’est vrai que tout cela existe. Le message de Noël, positif, n’en est que plus pertinent, il consiste à dire qu’il est toujours possible de choisir le chemin de la proximité, du plus bas, pour refaire l’humanité. Il s’agit d’un combat, d’un combat qui se mène en chacun de nous, contre ce qui nous rend aveugle et non les uns contre les autres. Comment se peut-il que nous soyons aussi fermés, aussi indifférents les uns aux autres ? Cela relève de l’inconscience. Comment ne pas être pris aux tripes par les injustices, les inégalités ? Et que dire lorsque l’on regarde le monde et les situations infiniment plus dramatiques qu’il connaît ? Alors que le Christ a mené une vie en proximité des défavorisés et non des plus riches qui ne bâtissent que pour eux. Le Christ nous dit que nous ne sommes humains que lorsque nous ne nous éloignons pas des soucis des autres. Je pense d’ailleurs souvent au passage de l’Évangile relatif au bon samaritain. Trois hommes passent devant un voyageur attaqué, laissé pour mort. Les deux premiers se demandent ce qui pourraient leur arriver s’ils s’arrêtaient et, poursuivent leur chemin ; le troisième se demande ce qui va arriver au voyageur s’il ne s’arrête pas. C’est la démarche de Dieu qui se demande ce qui va arriver à cette humanité s’il ne s’y insère pas et qui se fait enfant. Après, traduire cela en acte n’est jamais simple.

2015 a été marquée, en France, par des attentats en début et en fin d’année, quel est votre sentiment ?
D’abord, l’horreur devant cette extrême violence, l’émotion pour les victimes, les familles, les proches. Et puis, ces attentats sont doublement dramatiques. Dieu ne demande pas aux Hommes de se tuer et cela donne un visage de Dieu inacceptable et puis cela crée un regard de peur sur les croyants. La religion, les religions, sont là pour nous convertir chacun, pas pour convertir les autres. Après beaucoup d’interrogations se posent sur la violence. Pourquoi tant de jeunes se laissent-ils séduire par un idéal nihiliste. Pourquoi tant de jeunes quittent nos sociétés. Qu’a-t-on fait ? Cela rejoint l’idée que lorsque l’on ne construit pas pour tous cela se retourne contre nous. A force de ne pas arriver à donner un logement pour tous, un emploi, de l’éducation, une politique familiale, on ne met pas en place le respect, la tolérance. On provoque un rejet qui fait que l’on cherche ailleurs quelque chose pour se valoriser. Ce n’est plus la beauté de la vie ordinaire qui est primée mais un idéal qui veut faussement remplacer la vie ordinaire ; un extraordinaire au nom duquel on se fait sauter. Or, c’est la vie ordinaire que Dieu est venu habiter. Il y a dans le djihadisme l’utilisation perverse d’un orgueil spirituel qui est complétement à l’envers. S’il séduit, c’est parce qu’il existe un grand fond de rejet, une masse de souffrance, cela ne justifie rien mais il faut comprendre les mécanismes à l’œuvre. Les religions offrent un beau visage lorsqu’elles montrent qu’elles ont en elles-mêmes les ressources du choix de la fraternité. Mais, elles ont aussi la fragilité de tomber dans des fondamentalismes. Quand la religion prend le chemin de la fierté elle devient dangereuse, lorsqu’elle fait le choix de l’humilité elle éclaire, elle ne sert pas à diviser mais à servir tous les Hommes. Fin novembre, à la Fondation du camp des Milles les représentants des Chrétiens, Catholiques et Protestants, Juifs et Musulmans, ont lancé un appel dans lequel il est rappelé que les extrémistes : nationalistes, racistes ou religieux ; les exclusions et les violences qu’ils engendrent n’ont pas leur place dans nos religions et dans nos sociétés. Un appel qui montre bien que la religion fait partie des solutions, pas des dangers. Elle peut canaliser la folie humaine.

Des phénomènes qui s’inscrivent dans un contexte où la jeunesse, en France, soit ne vote plus, soit, majoritairement, vote FN…
Effectivement ou les jeunes se détournent des élections ou ils votent en premier lieu pour un parti populiste qui donne un message de fermeture, qui flatte les peurs. Il faut s’interroger sur le contenu que le FN donne à des réalités. Je pense notamment à la Nation. Elle garde toute sa force mais n’est qu’illusion lorsqu’on la pense pour et par elle-même. C’est une illusion de croire que l’on peut s’en sortir seul. Ce qui n’empêche pas d’être fier d’être Français tout en étant conscient que le nationalisme, lui, est mortifère. De même, par rapport aux migrations, il faut garder raison. Au 20e siècle nous avons accueilli les Arméniens, les rapatriés, les boat-people…, des vagues de migration qui ont contribué au développement de notre pays. Nous avons accueilli plus de gens que ceux dont on parle aujourd’hui et qui sont la visée de certains dont les propos sont non seulement faux mais dangereux. Ils font de l’Autre un risque alors que c’est une richesse. Bien sûr, il existe un infime pourcentage qui veut entrer sur le territoire pour commettre des attentats. Il faut des mesures de sécurité mais cela ne doit pas empêcher d’accueillir ceux qui viennent avec rien si ce n’est reprendre leur vie.

Si vous deviez retenir un fait positif de cette année 2015, quel serait-il ?
La COP 21 a été pour moi positive dans l’unanimité du vote par laquelle elle s’est conclue. A cause de la maltraitance que nous lui avons infligé, la planète nous fait comprendre qu’il faut être solidaires. Ou nous réussirons tous ensemble ou nous échouerons tous ensemble. Aucun pays ne peut dire qu’il s’en sortira seul. Ainsi, cette COP 21 est pour moi l’inscription de la solidarité dans l’aventure humaine. Et pas d’autres voies, sans cela nous le paierons par des catastrophes et des guerres. Dieu nous a construits les uns pour les autres et non les uns contre les autres. Alors, il faut bien mesurer que ceux qui emploient le langage du repli sur soi ne construisent pas l’humanité. Et puis il y a des quantités de belles choses mais elles sont dans l’ordinaire, elles ne se voient pas. Il y a Marseille Espérance, nos rencontres, nos échanges, souvent loin des médias, lorsque se posent des problèmes. Il y a aussi le voyage de notre Pape, en Centrafrique, alors que nombre de personnes lui disaient qu’il ne devait pas y aller, que c’était dangereux. Il a tenu à s’y rendre car autrement, cela aurait signifié qu’il se laissait commander par les faiseurs de peur.
Propos recueillis par Michel CAIRE

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