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Festival d’Aix-en-Provence - Rencontre avec le compositeur Gilbert Amy : "En musique la transmission est essentielle ; la pédagogie, c’est de la tarte à la crème"

vendredi 15 juillet 2016

Compositeur, chef d’orchestre et pédagogue, Gilbert Amy fêtera ses 80 printemps dans un mois. Mais dans quelques jours, c’est sa dernière composition en date, « Le Poète inachevé », cycle pour voix et violoncelle qui sera créé par le baryton Marc Mauillon et Jean-Guihen Queyras au violoncelle. Nous avons rencontré celui qui fut l’élève, entre autres, de Darius Milhaud et Olivier Messiaen, mais aussi directeur du Conservatoire de Lyon, pour parler de cette création, mais aussi de la composition, de l’enseignement de la musique, de ses activités actuelles.

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Gilbert Amy fêtera bientôt ses 80 printemps. (Photo M.E.)

Destimed:Comment est né ce cycle de mélodies « Le Poète inachevé » ?
Gilbert Amy : C’est une commande du Festival d’Aix-en-Provence qui a transité par Jean-Guilhen Queyras avec qui je collabore depuis longtemps. J’avais eu l’idée d’un cycle poétique pour violoncelle et baryton il y a un peu plus de 15 ans. En fait, c’est le président du Goethe Institut de Lyon, où je dirigeais le Conservatoire, qui m’a fait découvrir le poète, René Leynaud, qui avait été assassiné par la gestapo en 1944. Pour lui rendre hommage et réparer la faute des nazis, le Goethe Institut avait publié un recueil de ses poèmes en langue allemande. Ce geste politique de la part d’intellectuels allemands m’avait intéressé et dans les années 2000, j’ai composé quelques mélodies avec ses poèmes pour violoncelle et baryton ainsi que pour piano et soprano. Alors, pour cette commande, je suis parti sur ce qui existait pour amplifier l’œuvre en ajoutant huit nouvelles pièces.

Outre l’histoire du poète, qu’est-ce qui vous a poussé à composer sur ces poèmes ?
J’ai été frappé et séduit par la langue de ce poète très différente de celle d’un René Char, par exemple. Il n’y a pas chez Leynaud le côté aphoristique ou méditerranéen et sa poésie est très coulante et musicale. Il faut savoir que René Leynaud était ami avec Albert Camus et que ce dernier a écrit de très belles choses sur lui. A l’époque, Camus était proche des résistants de la région de Saint-Étienne.

Lorsque l’on se penche sur votre œuvre, on y découvre qu’un seul opéra, pourquoi ?
Dans ma génération, on n’écrivait pas d’opéra. C’était considéré comme un genre bourgeois et désuet. Tout juste abordait-on, parfois, le théâtre musical. Mon opéra je l’ai composé à 60 ans ; j’en ressentais la nécessité mais, surtout, j’avais trouvé mon sujet : "Le Premier cercle" de Soljenitsyne (composé entre 1996 et 1999 ndlr.).

Et depuis vous n’avez plus eu envie d’en écrire un autre ?
J’en ai eu envie, oui ; j’aime les voix et les mélodies. Mais rien ne s’est imposé. Je pense que si j’avais composé un nouvel opéra cela aurait été un modèle réduit et peut-être en langue anglaise qui est merveilleuse à chanter, beaucoup plus facile que le français.

Comment définissez-vous votre musique ?
J’ai un pied dans la modernité et un autre dans le classique ; je veux une musique poétique et charnelle.

Vous avez été directeur du conservatoire de Lyon pendant des années. La transmission, c’est important pour vous ?
C’est la chose essentielle. On parle toujours de pédagogie, c’est de la tarte à la crème. Le bon mot, c’est la transmission. C’est pour cela que j’ai accepté de diriger le conservatoire de Lyon, je voulais, entre autres, transmettre le 20e siècle au quelque 500 étudiants y menant des études qui durent en moyenne quatre ans. Chaque année je proposais aux étudiants d’approfondir vie et œuvre d’un compositeur contemporain ; ça a marché !

On dit souvent que les conservatoires français forment des solistes et le britanniques des orchestres, qu’en pensez-vous ?
C’est une analyse qui est souvent faite. Je pense que cela a évolué. Certes les meilleurs instrumentistes sont appelés à devenir solistes, mais c’est avant tout la culture du beau son et la recherche de la qualité technique qui sont enseignées en France. Les Britanniques ont beaucoup plus le sens du collectif, même s’ils ne l’appliquent pas pour l’Europe (rires). Leur culture de l’orchestre est très liée à la qualité du chef qui est à leur tête.

Quelles sont aujourd’hui vos activités ?
Je m’occupe principalement de la maintenance de ma musique. Je relis toutes mes partitions et corrige ce qui doit l’être. Je veux transmettre à la postérité un matériel impeccable. Ce n’était pas possible avec la plupart des maisons d’éditions à l’heure actuelle. L’édition musicale traverse une crise réelle, une page est en train de se tourner. Et désormais, pour les œuvres récentes, je suis mon propre éditeur.

Un mot, enfin, sur Darius Milhaud, enfant d’Aix-en-Provence, qui fut votre maître… J’étais dans sa classe de composition. Nous avions des relations cordiales ; c’était un homme libéral, il était très drôle.

Propos recueillis par Michel EGEA

Pratique - Création du cycle « Le Poète inachevé » de Gilbert Amy, Suite pour violoncelle seul n°3 de Britten et « Trois chansons Madécasses » de Ravel par Marc Mauillon, baryton, Jean-Guihen Queyras, violoncelle, Olivier Girardin, flûte et Alphonse Cemin, piano, le mardi 19 juillet à 20 heures au Conservatoire Darius Milhaud. Renseignements et réservations à la boutique du Festival, Palais de l’Ancien Archevêché, Place des martyrs de la résistance 13100 Aix-en-Provence. Tél. : 0 820 922 923 (12 cts /min.) et sur la billetterie en ligne festival-aix.com

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