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Fondation du Camp des Milles - Manuel Valls : « Nous sommes sur le fil du rasoir. La société peut tomber d’un côté comme de l’autre »

lundi 9 février 2015

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Les 3 ministres parmi des jeunes des centres sociaux et des établissements d’éducation prioritaire de Marseille et d’Aix-en-Provence au Site-mémorial pour échanger (Photo Philippe Maillé)
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Une convention a été signée pour élargir et prolonger le travail engagé depuis plusieurs mois pour la sensibilisation des jeunes et de leurs parents des zones prioritaires à la lutte contre les discriminations, les racismes et l’antisémitisme (Photo Robert Poulain)

Le Premier ministre Manuel Valls, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud Belkacem et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve se sont rendus au Site-mémorial du Camp des Milles ce lundi 9 février dans le cadre de leur visite à Marseille. Le Premier a, à cette occasion, insisté sur la gravité de la situation : « Nous sommes sur le fil du rasoir. La société peut tomber d’un côté comme de l’autre ». Alain Chouraqui, Président de la Fondation du camp des Milles, a pour sa part souligné qu’à ses yeux cette troisième visite du Premier ministre au Site-mémorial démontrait « une attention particulière aux leçons de l’histoire ; face aux défis actuels, l’éducation citoyenne, les armes de l’esprit, sont complémentaires des nécessaires armes sécuritaires (…) Le Site-mémorial montre ainsi jusqu’où peuvent mener l’extrémisme et le potentiel explosif des racismes et de l’antisémitisme. Les clés de compréhension qu’il propose expliquent aussi comment un tel engrenage menace radicalement le vivre ensemble et la paix publique ». Et d’insister sur l’actualité que nous avons eu à connaître : « On voit bien la tenaille entre l’extrémisme islamiste et l’extrême-droite, et, en face, il y a eu le sursaut républicain, un sursaut que nous allons essayer de nourrir afin qu’il se poursuive avec la mise en place d’un Brevet citoyen et des rendez-vous citoyens ».
Plus de 150 élèves de centres sociaux et d’établissements d’éducation prioritaire de Marseille et d’Aix-en-Provence étaient réunis au Site-mémorial pour échanger avec ces hautes personnalités lors de ce premier« Rendez-vous citoyen » que la Fondation du Camp des Milles a décidé d’organiser pour poursuivre la réflexion et la mobilisation citoyennes après les événements tragiques du début janvier.
Ces jeunes visiteurs, mais aussi leurs accompagnateurs, ont ainsi questionné longuement les ministres sur les valeurs de la République, la Liberté, l’Égalité, la Fraternité et la Laïcité.
Manuel Valls avance : « Le combat pour la liberté se mène avec les armes de la guerre dans le cadre du droit, et on le combat avec l’esprit grâce à ce que vous apprenez  ». Et ce combat doit être permanent car « il y a quelques semaines, nous pensions être dans une démocratie apaisée où les caricatures, la liberté de dire ce que l’on pense, étaient possible. Et on a tiré sur des journalistes parce que journalistes, sur des policiers parce qu’ils les protégeaient, sur des juifs parce que juifs. Et, dans les jours qui ont suivi, jamais autant de synagogues, de mosquées ont été attaquées ». Puis d’insister sur l’importance de la Fondation du camp des Milles : « Ce lieu mémoire est magnifique, il éveille l’esprit pour vous permettre de devenir ce que vous allez être : des citoyens ».

Une question est posée sur le fait qu’il y ait pu y avoir la déportation et, que aujourd’hui, des gens puissent se sentir indésirables.
Manuel Valls répond immédiatement : « Ici, nous sommes dans un lieu d’internement, de déportation vers les camps de la mort de personnes au seul fait qu’elles étaient juives. Le régime allemand, avec la complicité de l’État français, a décidé de tuer en fonction des origines. C’est différent de ce qui se passe dans les quartiers. Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas des problèmes graves, un sentiment d’exclusion. Qu’un travail de très longue haleine doit être menée, qui passe par de la rénovation urbaine, un soutien accru à l’école, une présence plus forte des services publics, de la culture. Il faut aussi lutter contre ces processus qui visent à mettre toujours les mêmes personnes dans les mêmes quartiers  ». « Il faut aussi, poursuit-il, agir contre ce racisme qui fait que, selon la couleur, le nom, le quartier que l’on habite on a moins de chance de trouver un logement, un emploi, d’entrer dans une grande école. Et, si l’on ajoute l’insécurité des trafics, tout cela crée une ambiance où chacun peut se sentir exclu ».
Najat Vallaud Belkacem a affirmé « son attachement à ce que les collectivités publiques
luttent contre les discriminations et ne laissent rien passer
 ». Soulignant « l’importance, pour porter un regard lucide sur soi-même, de bien connaître l’histoire. (...) Un lieu comme celui-ci et tout le travail qui y a été fait est important parce que cela permet en effet de ne pas tout mettre au même niveau, de ne pas rentrer dans un espèce de relativisme généralisé où on a le sentiment qu’une politique d’extermination de millions de Juifs, femmes, hommes et enfants, c’est la même chose que les inégalités ou les discriminations sociales qui sont vécues aujourd’hui. Même s’il faut les combattre, ce n’est pas la même chose, c’est très important. »

Bernard Cazeneuve de répondre lui aussi aux jeunes présents : « Ce qui compte, c’est que vous soyez d’abord des citoyens et des citoyens libres, avant d’être ce que vous êtes en raison de vos origines, de vos appartenances religieuses ou de l’endroit où vous êtes nés, où vous vivez (...) La laïcité est la garantie, que dans la République, il y a d’abord et avant tout, des citoyens libres. Elle est l’une des clés, ce n’est pas la seule, de cette liberté qui est nécessaire dans la République. » Il avoue être frappé par la violence que l’on trouve parfois sur Internet. « Il faut se poser la question de savoir si les propos que l’on tient à l’égard d’autrui peut le blesser est une question essentielle. Si ces propos on vous les appliquez, comment réagiriez-vous ? Et là on sort de l’individualisme, on se met à la place des autres ».

Manuel Valls a conclu cet échange en invitant les jeunes à penser par eux-mêmes non pas en fonction de ce qu’ils lisent sur internet. « Il faut être très mobilisés autour de l’histoire, de l’apprentissage des valeurs telles que la liberté, la tolérance, la fraternité, le respect de l’autre  ». « Apprenez à être français et à aimer être français (...) car être français ce n’est pas une couleur de peau, ce n’est pas un lieu de naissance, c’est d’abord l’apprentissage de valeurs communes (...)  ». Puis faisant référence à nouveau au Camp des Milles, il nota « quand on vient ici, on sent aussi la douleur, l’espérance qui s’est fracturée, mais on sent en même temps combien l’histoire peut revivre. Parce qu’il y a une profonde humanité pour lutter contre les extrêmes, contre ce qu’on cherche à nous imposer, la haine de l’autre. La plus belle des réponses, c’est l’humanité. Et c’est vous, les jeunes qui allez la porter. »

Au cours de cette rencontre une convention a été signée entre Manuel Valls, Premier ministre et Michel Cadot, Préfet de Région, au nom de l’État et Alain Chouraqui, pour la Fondation du camp des Milles. Cette convention élargit et prolonge le travail engagé depuis plusieurs mois pour la sensibilisation des jeunes et de leurs parents des zones prioritaires à la lutte contre les discriminations, les racismes et l’antisémitisme.
Elle a été présentée par Marie Lajus, Préfète déléguée à l’Égalité des Chances : « Face à la réalité des discriminations dont sont victimes un certain nombre de nos concitoyens, (...) qu’il s’agisse de propos ou d’actes antisémites, (...) face au besoin de parler à la fois des formes de discrimination et de l’histoire qui a été celle de la République Française, le Site-Mémorial du Camp est une ressource absolument exceptionnelle qui a su développer une capacité et un discours. » De son côté, Alain Chouraqui souligna à ce propos que « cette convention concernant les quartiers prioritaire est particulièrement précieuse car elle va permettre de mettre à la disposition de tous les leçons de l’histoire et les analyses que permettent les sciences sociales ».
Des visites du Site-mémorial, des ateliers pédagogiques, des échanges et forums, y compris dans les quartiers eux-mêmes, vont concourir ainsi à une éducation citoyenne qui lutte contre les causes profondes des engrenages dangereux.
Michel CAIRE

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