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Forum méditerranéen Anna Lindh : Un rendez-vous citoyen à ne pas rater

lundi 8 avril 2013

Ce dimanche matin, fatigue, émotion, fierté du travail accompli, mais aussi une attente qu’il faudra, enfin, entendre, baignait l’amphithéâtre du Palais du Pharo à l’occasion de la cérémonie de clôture du Forum Anna Lindh.

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Pour André Azoulay, président de la fondation Annah Lindh, "une page exaltante de l’histoire méditerranéenne" s’est écrite ces derniers jours à Marseille. (Photo S.P.)
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Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, estime que "l’Union pour la Méditerranée doit être une communauté de valeurs".

Andreu Claret, directeur exécutif de la fondation Anna Lindh, lance le débat, insiste sur l’importance des sociétés civiles, de la démocratie, des femmes, rappelle qu’aujourd’hui l’optimisme est plus grand sur la rive Sud que Nord, et que, dans les crises que connaît le pourtour Méditerranéen : « La question se pose de savoir comment transformer la colère en quelque chose de positif ». Puis de lancer : « La possibilité de coexister commence à émerger mais cela impose de connaître l’histoire ». Dernier point qu’il met en avant « les questions de mobilité et de visa sur lesquelles des avancées s’imposent ».
Une Palestinienne réagit : « Bien sûr qu’il y a des défis, il existe aussi des frustrations. Je veux à ce propos revenir sur la colère. Cette dernière n’est rien d’autre qu’un rêve emprisonné. » Elle poursuit : « Les réunions sont nombreuses sur l’Euroméditerranée, les rapports se succèdent, le seul problème, mais il est de taille réside dans la mise en pratique de tous ces documents. Nous demandons des actions. » Concernant les visas, elle juge : « Le réseau Anna Lindh a les moyens de faire pression pour changer les politiques de visa Nord/Sud mais aussi Sud/Sud ». Enfin, sur les dossiers de candidature réalisés dans le cadre euroméditerranéen sa prière est des plus simples : « Pensez à nous, tous ces documents à traiter, c’est épuisant, l’énergie réclamée est trop grande pour parvenir à des sources de financement. Et puis, si, comme beaucoup le disent, la culture est une priorité alors il faut que cela se traduise au niveau budgétaire afin que tous y ait, vraiment, accès. »
Elle conclut : « Merci à tous ceux qui nous ont écouté, aidé, à tous les volontaires qui ont œuvré au succès de ce Forum ».
Le message de la première commission est clair : « Les sociétés civiles ne doivent pas toujours être gentilles et dociles ». L’autre point fort se traduit par quelques mots : « Il faut en finir avec le paternalisme », et notamment celui du Nord à l’encontre du Sud. A l’heure où la vitesse devient une fin en soi ce premier rapport se conclut sur une pensée de Gandhi : « Il y a des choses dans la vie plus importante que développer la vitesse ».
Il est rappelé que, dans le cadre du forum, une journée de travail a été organisée sur « Crises actuelles et enjeux démocratiques en Méditerranée à l’épreuve du genre », un colloque organisé par le RUS (Réseau Universitaire et Scientifique euro-méditerranéen). Ce réseau « veut rendre accessible les différents savoirs pour une égalité réelle entre les hommes et les femmes, créer une synergie entre les acteurs et actrices qui travaillent à cette fin. ».

« Il faut transformer les paroles en action »

La deuxième commission insiste sur un leitmotiv présent depuis le premier jour du Forum : « Il faut transformer les paroles en action ». Le rapporteur met en exergue quelques mots qui ont marqué les débats, celui de la mobilité en premier lieu « la demande est forte » ; celui de la visibilité des projets ; celui d’implication des militants ; celui aussi de la pérennité, à propos des financements, soulève la question des minorités, trop souvent marginalisées, condamnées à vivre dans la peur, parle de la place des femmes. Il tient à préciser : « Un petit groupe de gens peut changer le monde. Nous ne sommes pas un petit groupe, nous sommes un réseau et nous arriverons à changer le monde. »
En matière de mobilité un intervenant indique : « Nous avons décidé de créer un groupe de travail thématique permanent sur ce dossier pour approfondir notre coopération ». Puis de lancer : « Sans un partenariat local la citoyenneté active n’aboutira pas ».
Il est aussi question de crise économique avec une intervenante grecque : « Nous sommes au bord de la crise humanitaire avec plus de 30% de la population au chômage. Dans ce contexte comment parler encore de dialogue alors que l’État répond par la violence aux revendications de la société civile. Comment ne pas parler de migration alors que toute une génération est forcée de quitter le pays ? Il est impératif que le réseau Anna Lindh fasse ressortir les contextes de chaque pays, sinon les mots seront vidés de leur sens. Le moment est venu pour ce réseau de mieux analyser les mouvements sociaux ou bien son action se limitera à des rencontres avec des institutions, sans jamais entrer dans le vif du sujet. »

« Comment seront mises en œuvre nos recommandations ? »

Universitaire, bloggeuse égyptienne, l’intervenante suivante « se sent coupable » lorsqu’on la qualifie de militante « car je ne me suis engagée dans l’action qu’en 2011 ». Elle rapporte des débats où il a été question de définir les contours de la société civile, de son importance, du rôle des femmes, des jeunes, de la culture, des droits de l’Homme et des droits sociaux. « Alors que doit-on faire si un État s’oppose à la transition démocratique ? » Là encore, une question a traversé tous les débats : « Sommes-nous seulement en train de nous parler à nous-mêmes ? Autrement dit comment seront mises en œuvre nos recommandations ? » Puisque la société civile est au cœur des débats, elle plaide pour que celle-ci ait un siège au bureau de la Fondation Anna Lindh. Elle termine son propos par des recommandations. « Il faut apprendre les uns des autres, en finir avec le paternalisme, le Nord doit cesser de donner des leçons. Il faut qu’il accepte d’apprendre du Sud comme le Sud du Nord. Il faut avoir, d’autre part, une évaluation des droits de l’Homme, rendre compte des violations comme des réussites, mesurer les défis. Il faut, enfin, renforcer le lobbying pour que plus personne ne soit aveugle devant les oppresseurs. De toute façon, l’histoire montre qu’à la fin, ce sont les peuples qui gagnent, mieux vaut donc les soutenir dès maintenant. »

« Le peuple veut. Tel est le cri de la rue arabe »

L’intervenante suivante avoue « être impressionnée par ce qui se passe depuis deux jours, un vent de réalité a soufflé sur ce Forum ». Un vent aussi de gravité : « Pendant que nous parlons une tragédie se déroule en Syrie. L’Union Européenne, la Ligue Arabe, l’ONU doivent sortir de leur impuissance. Nous leur demandons d’agir pour protéger la société civile, secourir les blessés, favoriser un accueil digne des réfugiés. »
Puis de lancer : « Le peuple veut. Tel est le cri de la rue arabe. Et il ne faut plus jamais oublier cela. L’histoire est à écrire, on ne sait pas quelle sera l’issue mais ce qui est certain c’est qu’il faut changer les sociétés et d’abord nous, dans le Nord, modifier notre regard sur le Sud. Il faut que les Institutions en finissent avec le paternalisme. Le modèle du développement doit changer, tout comme la coopération. Nous nous affirmons en tant que société civile, cela nous impose de veiller à ce que ceux qui nous gouvernent nous rendent des comptes. Il ne faut plus laisser personne parler à notre place. » Elle aborde aussi la question des financements : « Il est de plus en plus difficile d’en obtenir. J’espère que la Fondation pourra joueur un rôle de facilitateur. » Elle termine sur la question palestinienne. « Sa résolution est la condition pour permettre au projet euroméditerranéen de redevenir possible. »
Andreu Claret souligne au terme de ce premier temps que le Forum demande une action rapide en Syrie. « Nous ne pouvons pas nous préoccuper de la Méditerranée sans être tous, aujourd’hui, des citoyens syriens. » Il conclut : « Il existe un esprit de Marseille qui nous a réuni, c’est cet esprit qui doit prévaloir ». Il propose alors l’idée « d’une semaine annuelle de la Méditerranée ».
Puis vient le temps de donner la parole aux institutionnels, aux politiques.
Štefan Füle est commissaire européen, pour lui : « Les révolutions arabes sont une chance pour façonner des liens avec l’Union Européenne car il ne peut y avoir de stabilité sans démocratie, bonne gérance et développement inclusif ». Il indique à ce propos : « Nous avons appris de nos manquements ». Puis d’affirmer, comme une voix à suivre : « Les politiques font des promesses et ce sont les peuples qui font les partenariats ». Et d’apprendre qu’un accord s’est conclu « pour la création d’une organisation euroméditerranéenne en faveur du dialogue des sociétés civiles des États euroméditerranéens », d’affirmer que les questions régionales nécessitent des réponses régionales.

Aujourd’hui le changement c’est de pouvoir évoluer vers une culture de l’action

Fathallah Sijilmassi, le secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée exprime son plaisir d’avoir participer à toutes ces réunions. « Rendons-nous compte de ce qui s’est passé, il y a eu des échanges entre élus locaux et régionaux, avec la société civile et là avec les présidents de Parlement de l’euroméditerranée, et tout cela a produit des interactions. Et puis, quand je vois la salle, qu’on ne me dise plus que la Méditerranée n’existe pas, nous l’incarnons et nous faisons la démonstration qu’elle est possible. Et puis, au fond, bravo pourquoi ? Bravo pour commencer à travailler avec la société civile ? La belle affaire. Il faut que ce caractère unique vécu à Marseille ne le soit plus jamais, que plus jamais le fait de nous rencontrer soit un exploit. Je tiens à dire que je partage ce qui est dit sur les mobilités. Il faut les renforcer, tant au niveau Nord/Sud que Sud/Sud. »
Puis d’effectuer un plaidoyer en faveur du verbe Faire. « Tout a été dit, écrit, sur les questions méditerranéennes mais peu a été fait. Aujourd’hui le changement c’est de pouvoir évoluer vers une culture de l’action. Enfin, en ce qui concerne l’Union pour la Méditerranée, nous avons choisi, avec des imperfections, une orientation claire pour être dans une logique du faire. Nous avons ajouté à nos projets les questions de la jeunesse, de la mobilité et de l’emploi. »

Une diplomatie active du droit des femmes

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement, avoue « son plaisir de venir écouter ceux que nous avons admirés lorsqu’ils descendaient dans la rue, prenaient position sur des blogs. Nombre de femmes m’ont impressionnée. Ce n’est pas seulement l’histoire de vos pays que vous écrivez mais celle d’un monde nouveau. » Que ce soit en France, à New York à l’ONU, lors de déplacements à l’étranger comme au Maroc récemment : « Je tiens à voir des femmes. Je note la mobilisation inlassable des femmes, leur vigilance de chaque instant. » A ses yeux, « l’Union pour la Méditerranée doit être une communauté de valeurs. Et vos contributions doivent être un point de repère pour ces prochaines réunions notamment en matière de participation des femmes, d’élimination des discriminations. Tant il est vrai que nous souhaitons un renforcement du rôle des femmes. Tant il est vrai que l’égalité est un principe universel qui traduit rien de moins qu’une vision de la société. Et pourtant, un peu partout, on note des différences entre homme et femme. Tous nos pays sont donc en situation de faire mieux. Et nous sommes donc là devant un combat qui n’a pas de frontière puisque l’inégalité est universelle. »
Puis d’expliquer : « Depuis 10 mois que notre gouvernement est en place, nous avons mis en place une diplomatie active du droit des femmes. La défense des droits des femmes, la promotion de l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences fondées sur le genre constituent l’une des priorités majeures de l’action extérieure de la France en matière de promotion et de protection des droits de l’Homme. »
Elle précise à ce propos que la France est particulièrement attachée au respect et à la mise en œuvre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW- 1979) et de son protocole facultatif, ainsi que des textes issus des conférences du Caire sur la population et le développement (1994) et de Pékin sur les femmes (Déclaration et Programme d’action de Pékin, 1995).
Le Président du Conseil économique et social européen Staffan Nilsson, mesure les difficultés de la société civile : « J’ai l’habitude d’essayer de faire comprendre un certain nombre de choses aux commissaires européens, et ce n’est pas toujours simple », tout en reconnaissant que « nous développons en Europe des coopérations dans une union libre, c’est une vraie avancée ». Il poursuit : « Dès mon retour à Bruxelles, je vais informer le comité économique et social de vos travaux afin de voir comment nous pouvons agir ensemble ».

« Ce Forum est celui de la Méditerranée citoyenne. Sachons ne pas rater ce rendez-vous »

Il revient à André Azoulay, le président de la Fondation Anna Lindh de conclure ce Forum : « Félicitation à chacun pour avoir écrit une page exaltante de l’histoire méditerranéenne. Pour la première fois la société civile a été le moteur ; pour la première fois, elle s’est réunie avec les élus locaux et régionaux, avec les présidents de parlement. Ce 7 avril, le président Martin Schulz a expliqué que, grâce à la société civile, à la Fondation Anna Lindh, une étape pleine de promesses s’ouvrait. Aujourd’hui nos recommandations sont attendues. Et chacun d’entre nous est là parce qu’il le veut, parce que la Fondation lui offre un cadre pour se retrouver. Ceci étant dit, bien sûr que la société civile n’est pas réductible, et heureusement, à la Fondation. Bienvenue donc à tous ceux qui veulent choisir le même chemin que nous. Comment, d’autre part, ne pas se réjouir des révolutions arabes. Enfin, les mots liberté, démocratie s’écrivent en arabe. Et nous n’oublions pas les Palestiniens. Je l’avais dit voilà 4 ans et je le redis : il ne peut y avoir de Méditerranée sans les Palestiniens. Sans que ceux-ci aient un État. Et puis, oui, je le dis avec gravité, nous sommes tous citoyens syriens. »
Il enchaîne : « Oui, maintenant nous sommes entendus. Qui aurait imaginé voilà seulement quelques mois Martin Schulz à la même tribune que quatre jeunes arabes qui ont débattu avec lui sans aucun tabou ? »
Il reconnaît : « C’est vrai que les obstacles sont nombreux, mais nous avons le feu sacré. Je vois la Méditerranée, cet espace de toutes les modernités, les libertés, les libérations. Nous avons besoin de la retrouver et nous sommes tous responsables car cette Méditerranée emblématique a déserté les rivages méditerranéens. Alors il faut construire une zone de mobilité, de visa, de coresponsabilité dans une union qui aura ses propres règles du jeu. Alors les Printemps arabes feront émerger un Printemps de la Méditerranée que nous appelons par simple bon sens. Ce Forum est celui de la Méditerranée citoyenne. Sachons ne pas rater ce rendez-vous. »

Michel CAIRE

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