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L’Unesco et Jérusalem : une résolution qui transforme un conflit politique en conflit religieux ? par le Pr. Hagay Sobol

lundi 17 octobre 2016

Le conseil exécutif de l’Unesco, en niant tout lien entre le peuple juif, Jérusalem et le Mont du Temple, ne vient pas de voter une résolution à caractère culturel, comme c’est son objet, ni politique comme normalement dévolue à l’ONU, mais bien une résolution à caractère religieux, au lendemain du Yom Kippour, le jour le plus sacré du judaïsme.

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Jérusalem (Photo israelvalley.com)

La France, en ne se démarquant pas clairement de cette résolution n’a-t-elle pas laissé échapper une occasion historique lui permettant d’être l’arbitre d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien ? Et en ne rejetant pas une résolution à caractère théologique qui n’a rien à voir avec la création de la Palestine, le gouvernement français, ne renvoie-t-il pas un message des plus confus en ce qui concerne la laïcité, pierre angulaire du vivre ensemble, déjà passablement malmenée ?

Et pourtant, une majorité d’États n’a pas cautionné le vote !

Sur les 58 membres que compte le Conseil exécutif de l’Unesco, 24 ont voté pour. A l’inverse, cela revient à dire qu’une majorité de pays n’a pas adhéré à cette résolution réécrivant l’Histoire. Alors on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont fait que seuls 6 États s’y sont opposés formellement (Allemagne, Grande-Bretagne, Estonie, Lituanie, Pays-Bas, USA). Un élément de réponse est apporté par les pays arabes. Plus d’un avouaient être irrités par cette résolution à laquelle ils étaient contraints d’apporter leur soutien, malgré leur rapprochement avec l’État Hébreu, du fait de la pression islamiste et de leur opinion publique. Si l’on peut entendre ces arguments, après des années d’endoctrinement des populations du Proche et du Moyen-Orient, que dire des pays occidentaux, phares des nations, soutiens de la démocratie et des droits de l’Homme qui ont préféré s’abstenir que de voter contre. N’ont-ils aucune idée sur la question où "s’en lavent-ils les mains", contrairement à la Directrice Générale de l’Organisation Onusienne qui a pris ces distances avec la déclaration ?

Transformer un conflit politique en conflit religieux !

En transformant un conflit politique et territorial en conflit religieux, l’Unesco a ouvert la boîte de Pandore. Cette résolution ne fera pas avancer la cause palestinienne car c’est une invitation en bonne et due forme adressée aux islamistes et autres djihadistes. Leur intrusion ne fera que repousser la création d’un État palestinien au profit d’un illusoire Califat abolissant les frontières nationales. Et l’on a vu le triste résultat de cette vision dévoyée de l’islam avec la quasi-disparition de la Syrie et de l’Irak. Outre le démenti flagrant apporté par l’Histoire et l’archéologie, nier tout lien entre le peuple juif et Jérusalem, pour ne considérer que la seule relation avec l’islam est un non-sens théologique qui revient à se délégitimer soi-même. Car, par ce tour de passe-passe, ce ne sont pas qu’Israël et les juifs qui sont délégitimés, mais bien tous les monothéismes qui en sont issus ou qui s’en réfèrent, c’est-à-dire, la chrétienté et l’islam, donc tous les enfants d’Abraham, y compris ceux qui sont à l’origine de la présente résolution.

La Paix entre Israël et la Palestine, encore une occasion manquée pour la France ?

Après l’échec américain, la France, dont les liens sont anciens avec le Proche et le Moyen-Orient, avait toute légitimité pour entamer une nouvelle approche constructive et aider israéliens et palestiniens à avancer sur le chemin d’un accord négocié.
Il est à craindre qu’après avoir d’abord soutenue une résolution similaire il y a quelque mois à L’Unesco, et promis par la suite un rééquilibrage de sa position, une abstention ne soit pas de nature à convaincre les protagonistes. Il eut mieux valu envoyer un message clair en votant contre cette résolution inique, et marteler qu’il n’y a pas d’autre solution que des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens, sans échappatoire aucune de part et d’autre. Et que se servir des instances internationales pour continuer le conflit ne fait que raidir les positions et retarder d’autant la création d’un État Palestinien. En conséquence comment apparaître comme un partenaire crédible par les deux parties ? Et dès lors, à quoi pourrait bien servir d’organiser une conférence internationale pour la paix ?

Pauvre laïcité !

En ne déjouant pas le piège que représentait cette résolution, la France s’est immiscée dans une controverse religieuse, bien éloignée des principes de la laïcité de « séparation de l’Église et de l’État », dont les conséquences négatives vont se faire sentir assez rapidement. En effet, l’État qui doit veiller au libre exercice des cultes va se trouver dans une position fâcheuse. Car le texte de l’Unesco, par voie de conséquence, dénie aux juifs et aux chrétiens, y compris les Français de confessions juive et chrétienne, le droit de se référer à Jérusalem, dont seuls les musulmans peuvent désormais se prévaloir.

Ne pas jouer « les communautés » les unes contre les autres

En pensant opter pour une apparente neutralité, la France, par son abstention, va en définitive mécontenter tout le monde. Et plus inquiétant encore, cela risque de raviver les tensions au sein même de l’Hexagone. Il est primordial d’empêcher que les extrêmes n’instrumentalisent cette résolution malheureuse durant la période préélectorale, et au-delà. Aussi, il est du devoir des candidats, toutes couleurs politiques confondues, et de tous les démocrates que contrairement à l’attitude ayant prévalu sur le terrorisme, cela ne devienne un sujet de politique politicienne, en évitant par tous les moyens de jouer les « communautés » les unes contre les autres.

Hagay Sobol est Professeur des Universités. Cancérologue généticien, il est l’un des pionniers de la discipline en Europe et cofondateur du nouveau métier de Conseiller en Génétique. Il a occupé des fonctions de responsabilité nationale et internationale.Très investi dans le monde associatif, il milite pour le dialogue interculturel. Elu, il est Conseiller PS dans les 11e et 12e arrondissements de Marseille, et Secrétaire Fédéral chargé des coopérations en Méditerranée

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