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L’agroécologie Kesako ? par Madeline Carlin

dimanche 13 mai 2018

Dans un premier temps, commençons, comme à l’accoutumée, par décortiquer le terme pour en comprendre ses sources. D’abord, en toute simplicité, le préfixe agro évoque le terrain, le champ, la culture, et par extension, tout ce qui a un lien, de près ou de loin, avec l’agriculture. Ensuite, la partie la plus connue mais pourtant la plus complexe, le mot écologie, qui n’est pas celui qui vient à l’esprit de la plupart d’entre nous quand on l’entend… non, il ne s’agit pas de politique, ni de tri sélectif, et encore moins de vélo électrique ! D’après Larousse, l’écologie est la science ayant pour objet les relations des êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes) avec leur environnement, ainsi qu’avec les autres êtres vivants.

Il s’agit bel et bien d’une science, à laquelle s’attelle de très nombreux chercheurs à travers le monde : des botanistes spécialisés en orchidées sauvages (cette variété est-elle spécifique à ce milieu bocager ? quelle différenciation génétique avec celle de la vallée voisine ? est-ce lié au type de sol ? ou à la population d’arbres voisins ?) ; des spécialistes de l’étude des territoires occupés par les sangliers mâles (vivent-ils sur le même secteur que leur horde de mères, sœurs, et tantes ? ou s’éloignent-ils instinctivement de leur territoire natal pour favoriser le brassage génétique ?) ; ou encore des spécialistes des comportements animaux, les éthologues, dont le plus célèbre reste Charles Darwin ; des entomologistes passionnés qui étudient les insectes et en découvrent encore chaque jour de nouvelles espèces... ou d’autres encore qui utilisent les mathématiques pour modéliser, mettre en équation avec plein d’inconnues et plein de facteurs, les interactions entre les populations qui se côtoient (quel effet aurait telle variation de climat sur cette espèce phytophage ? et une variation de la densité de végétation ?). A travers l’histoire et à travers le monde, de nombreux écologues passionnés et passionnants ont nourri les avancées de la médecine, de l’agronomie, de l’alimentation, mais aussi de l’habitat et même de l’éducation !

L’écologie, par la diversité des domaines qu’elle concerne, présente un vaste champs d’applications, immensément vaste. Puisqu’elle concerne les relations des êtres vivants avec leur environnement, c’est-à-dire qu’elle concerne ma relation avec mon habitat, mes ressources alimentaires, ainsi qu’avec les autres êtres vivants, donc avec mes voisins, mais aussi mon chien, ainsi que ce coq qui me réveille chaque matin, ou encore ces populations microbiennes qui peuplent mon système digestif… Dans ce sens, il est encore plus simple d’étendre cette définition de l’écologie pour y ajouter son préfixe agro, qui évoque le terrain, le champ, la culture, que l’Homme utilise depuis sa sédentarisation. Il s’agit donc, lorsque l’on parle d’agroécologie, au sens littéral, de l’étude des agroécosystèmes, soit l’étude des relations des êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes) avec leur environnement, ainsi qu’avec les autres êtres vivants, au sein d’un système cultural, ou agraire.

Or, on frôle ici le pléonasme, puisque la définition d’écologie m’a initialement conduite à intégrer à « mon » écologie, mes relations avec mon habitat et mes ressources, ainsi qu’à l’ensemble des êtres vivants qui côtoient le même environnement que moi. L’agriculture nous nourrit tous chaque jour, bien que les champs puissent nous sembler éloignés, bien que tant d’intermédiaires aient pu se glisser entre eux et nous, toutes les matières premières que nous ingérons, toutes, sans exception, sont issues d’un champ, d’un terrain, d’une praire, d’un verger… Inévitablement. C’est pourquoi l’agroécologie est profondément associée aux notions de respect du vivant et de terre nourricière. Concrètement, elle se base simplement sur les synergies existantes au sein des écosystèmes : le sol vivant, l’humus et le compostage, [1] les associations favorables de plantes (par exemple, le poireau préfère les fraises [2]), les auxiliaires de culture (la fameuse larve de coccinelle gourmande de pucerons, et les autres consommateurs d’insectes que sont les oiseaux et les batraciens), etc. D’une manière générale, la démarche agroécologique tend vers l’équilibre de l’écosystème, en favorisant un maximum la présence de tous ces « partenaires », c’est-à-dire en leur offrant gîte et couvert, par exemple en implantant des haies, accueillant oiseaux, rongeurs, hérissons et compagnie, ainsi que des mares, points d’eau essentiels pour tous ces invités ! Cette démarche implique une gestion de l’eau raisonnée, une approche globale et dynamique du sol, la production de semences paysannes adaptées au terroir, la valorisation des déchets organiques en compost, l’« or noir » du jardin… et ainsi, l’autonomie du système, et sa résilience.

La pratique de l’agroécologie peut s’assimiler à une démarche « multi-partenariale », où chaque élément en présence va contribuer à la synergie globale au sein de l’écosystème. L’approche est évidemment bien plus complexe que les raisonnements binaires d’une agriculture dite moderne, qui, face à un « problème », trouve un moyen de « lutte »… Plus complexe, et aussi plus fascinante, l’approche agroécologique nécessite beaucoup d’observation des phénomènes biologiques, et donc du temps. Et de la confiance. C’est elle qui se substitue au besoin de contrôle auquel notre société « moderne » nous a accoutumés. Faisons confiance à la vie, ses mécanismes sont riches et élaborés. « L’agroécologie est pour nous bien plus qu’une simple alternative agronomique. Elle est liée à une dimension profonde du respect de la vie et replace l’être humain dans sa responsabilité à l’égard du vivant. » Pierre Rabhi.

Madeline Carlin, ingénieur agronome est membre du réseau des animateurs en agroécologie (AAE) -formés par Terre & Humanisme afin de transmettre l’agroécologie, ses pratiques et son éthique en suivant la voie que Pierre Rabhi a initié pour la souveraineté alimentaire, le respect de tous et du vivant...

A lire aussi
- "Nourrir la terre pour nourrir les Hommes"
- Pourquoi préserver la biodiversité ?

[1« Nourrir la terre pour nourrir les hommes », et « Compost et paillis  » de Denis Pépin- Editions Terre vivante

[2« Le poireau préfère les fraises » de Hans Wagner- Éditions Terre vivante

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