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"L’ombre de Venceslao", une intéressante découverte à l’Opéra de Marseille

mercredi 8 novembre 2017

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L’errance de Largui, Mathieu Gardon, Venceslao, Thibaud Desplantes, Mechita, Sarah Laulan et Rodgelio, Ziad Nehme. (Photo Laurent Guizard)

Créée il y a un peu plus d’un an à Rennes, la production annuelle du Centre Français de Promotion Lyrique est arrivée à Marseille précédée d’une réputation sulfureuse. Il faut dire que l’on ne va pas entendre "L’ombre de Venceslao", opéra en deux actes de Martin Matalon sur un livret de Jorge Lavelli tiré de la pièce de Copi comme « Le Voyage à Reims » de Rossini. C’est du Copi relu et mis en scène par Lavelli et après avoir essayé pendant quelques minutes de cacher les yeux et de boucher les oreilles de son gamin d’une dizaine d’années, une dame a été obligée d’exfiltrer rapidement l’enfant au moment ou Venceslao prenait Mechita par derrière, après avoir crié "tu l’aime ma grosse b..." sans les points de suspension après le « b ». Du Copi on vous dit. Cru, certes, mais l’œuvre est loin d’être inintéressante. C’est l’histoire d’une errance familiale en Argentine, au milieu du siècle dernier, qui s’achèvera avec le coup d’État renversant Perón en 1955. La description d’une société rurale, d’un côté et urbaine, d’un autre, avec les aspirations des uns, les perversions des autres, la quête désespérée d’un Venceslao qui finira par se pendre, quête de ses enfants attirés par la ville, miroir aux alouettes où le clientélisme, le crime et les accents du tango s’éteindront sous les balles d’un nième coup d’État.
Pour bien apprécier cette œuvre, nous confiait un ami d’origine argentine, il faut être de là-bas. Une heure trente d’un spectacle ébouriffé et ébouriffant, grossier et dramatiquement burlesque, onirique et scatologique. Alors oui, on ne va pas à ce spectacle sans mettre de côté sa bonne éducation et sa morale judéo-chrétienne latente. Parce que la production vaut le déplacement. La mise en scène de Lavelli, qui avait déjà travaillé sur l’œuvre au théâtre, est remarquablement intelligente. De la forêt tropicale à la salle de tango, il installe des ambiances exceptionnelles, jouant avec le mouvement de décors minimalistes. Il installe chaque personnage dans son caractère et leur fait vivre des relations avec une aisance remarquable. Terriblement difficile pour les voix, la partition de Martin Matalon est riche et foisonnante, solidement construite, elle aussi, pour donner toute leur puissance aux ambiances qui se succèdent. Au pupitre, le maestro catalan Ernest Martinez Izquierdo livre une lecture attentionnée et puissante, tout en restant sensible, de cette partition à la tête d’un orchestre de l’Opéra répondant parfaitement aux ordres. Pour servir le théâtre et le chant, la distribution ne manque ni de présence, ni de talent. A commencer par Estelle Poscio, China, et Sarah Laulan, Mechita. Les deux sont scéniquement omniprésentes et affrontent sans coup férir la complexité de la partition. Thibault Desplantes campe un Venceslao imposant et brutal, mais aussi terriblement humain ; ses derniers airs sont émouvants. Ziad Nehme est un idéal Rogelio et Mathieu Gardon un Largui parfaitement désenchanté. Idéal danseur de tango, Jorge Rodriguez, Coco Pellegrini, séduit dans son rôle de maquereau, Germain Nayl, Gueule de rat (le cheval) et Israël Ruggiero, le singe, convaincants dans leurs rôles animaliers. Il faut croire que cette production n’a pas tant choqué que ça puisqu’elle a, finalement, obtenu un beau succès mérité mardi soir. Et c’est tant mieux !
Michel EGEA

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