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La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille : « Les Tribulations du dernier Sijilmassi » de Fouad Laroui et « En fin de droits » de Yvon Le Men

lundi 6 octobre 2014

« Les Tribulations du dernier Sijilmassi », de Fouad Laroui

Le récit commence par une question assez terre à terre : « Un jour, alors qu’il se trouvait à trente mille pieds d’altitude, Adam Sijilmassi se posa soudain cette question : Qu’est-ce que je fais ici ? » et finit par une interrogation du lecteur spectateur : « Le sable au lever du jour est couleur de miel. Se fait-il parfois cette réflexion qui prouverait qu’il n’a pas perdu la raison, le aql : la faculté de lier un souvenir et une sensation présente ? Ou ne vit-il que dans un présent éternel, sans raison ? » Entre temps, l’histoire d’un homme proche d’un burn-out professionnel, sentimental, environnemental et qui décide de tout lâcher, tout plaquer pour tenter de retrouver son essentiel. Pour ce faire, il retourne dans son village d’Azemmour au Maroc. Le récit est tantôt loufoque tantôt sérieux suivant les humeurs et les questionnements du personnage principal mais aussi de ses proches et moins proches. Se croisent, souvent sans se comprendre, des personnages cocasses : sa femme ahurie (qui décidément aurait dû épouser le médecin), le policier qui ne comprend ni la méditation ni les philosophes, Nanna gardienne du riad, Khadija la petite fille qui attend un miracle et tant d’autres, voisins, cousins et religieux. Et dans ce livre, la question du religieux et de ses dérives est prétexte à des élucubrations insolites mais pas que. Il y a là une joyeuse cacophonie de situations, de personnages, de réflexions. Certains lecteurs apprécieront, d’autres pas. Mais les tribulations du dernier Sijilmassi ne laisseront pas indifférent.
Fouad Laroui « Les tribulations du dernier Sijilmassi », éditions Julliard Parution août 2014 - 342 pages - 20 €

« En fin de droits », de Yvon Le Men


A une lettre porteuse d’une mauvaise et anachronique nouvelle, Yvon Le Men répond d’un trait, mot à mot. A la première page, et « puisqu’il faut remettre les conteurs à zéro », les mots en font toute une histoire ; à la dernière page, comme une attente, un silence … Et puis l’envie de dire presque merci à Pôle Emploi sans qui je n’aurai pu lire ce livre d’Yvon Le Men. Oui mais voilà, Yvon le Men n’avait pas besoin de ce coup administratif pour écrire sa poésie. Cette histoire est celle de nous tous face à l’impossibilité de se faire entendre ou comprendre de nos administrations. Alors face à l’adversité, le poète dévoile sa stupeur, son désarroi et sa colère, mais avec tellement de pudeur et sans aucune violence. Ce texte nous retient d’un bout à l’autre, sur un souffle. Les mots se lisent, se disent, se répondent de l’un à l’autre sans trébucher. C’est vrai, ils révèlent la crainte de la précarité qui rend plus vulnérable encore, ils confient l’inquiétude de vivre sur un fil, trouvère aux poches vides. Mais pour dire cette histoire vraie, et face à l’absurde abstraction d’un monde réel kafkaïen, Yvon le Men répond en vers et pour tous. Et parce que « personne ne parle, personne ne m’a parlé », la seule riposte du poète est de donner à l’autre cette humanité qui lui fait tellement défaut, de ne pas cesser de dire sa vie d’artiste. « Je voulais vous demander Madame / ce qu’est un artiste / vous qui le savez / moi qui le suis/en toute franchise/intérieure/contre vos mots/à double sens /avec les miens/à contre sens. » Ce livre n’est pas une complainte, c’est une poésie d’utilité publique, des mots à lire « en espoir de cause ». Quelquefois lire un livre de poésie n’est pas qu’un simple régal, un plaisir infini, c’est un acte solidaire.

Extrait :
« Emploi
avant j’avais un métier
maintenant j’ai un emploi
m’a dit un jour
un paludier
dont le sel brillait encore en blanc dans ses yeux »

Clin d’œil également aux dessins de Pef illustrant quelques pages avec force et justesse. Et coup de chapeau enfin à la belle maison que sont les Editions Bruno Doucey pour la qualité de ses publications.

Yvon Le Men : « En fin de droits » - dessins de Pef - Éditions Bruno Doucey - Parution octobre 2014 - 80 pages - 13 €

Mireille Sanchez - La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille. Septembre 2014

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