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La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille : "La maladroite" d’Alexandre Seurat

mardi 19 janvier 2016

Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d’une enfant de huit ans. La photo produit un choc chez une institutrice qui a bien connu Diana. D’emblée, elle n’a aucun doute. La gamine n’a pas été enlevée, ses parents sont responsables de sa "disparition".


Remontant sa courte vie jusqu’au temps même de sa conception, le roman égrène les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Enseignants ou médecins scolaires, gendarmes, assistantes sociales, et jusqu’à la grand-mère ou le demi-frère de la victime : toutes et tous viennent prendre la parole, dire, dans la stupeur et l’urgence de s’exprimer, ce qui s’est noué sous leurs yeux, qui les a alertés, sans que jamais ils ne puissent enrayer le dénouement fatal. Peu à peu, ils cernent les zones aveugles de cette histoire ainsi que les failles d’un système pourtant dédié à la protection et l’épanouissement de l’enfance. Inspiré d’un fait divers récent, ce roman choral tient volontairement à distance tout effet de style, et évite la surenchère émotionnelle et compassionnelle. Seulement les faits, et les faits connus par les témoins extérieurs : autour du trou noir de ce que fut le martyre de celle qui est appelée Diana dans le livre, l’auteur conserve le plus parfait silence. Alexandre Seurat rappelle pourtant qu’il s’agit bien d’une œuvre de fiction : "Le récit est basé sur une succession de monologues qui sont des interprétations de comment les choses se sont passées. Certaines citations sont directement issues du procès, mais j’ai fusionné des personnages, concentré des événements - les parents ont déménagé beaucoup plus souvent qu’indiqué dans mon livre – j’ai resserré les choses pour que l’intrigue soit plus forte." Prenant le parti de donner la parole aux témoins, désignés simplement comme "l’institutrice", "le gendarme", ’la grand-mère", "l’assistante sociale", l’auteur construit le roman sur ce qu’ils ont fait ou pas fait, ce qu’ils auraient pu ou dû faire. Sans pathos, sans clichés, sans effets de style non plus, "La Maladroite" évite toute surenchère émotionnelle ou factuelle. Rien de trop, tout est justesse dans ce premier roman, cette "mise en voix" littéraire.

Extrait :
"L’institutrice. Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans nom - ces yeux plissés, et ce sourire étrange -visage fatigué-, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait tu ne pourras rien, et ce jour-là, j’ai su que je n’avais rien pu."
"Le frère. Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi nous n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait. Parfois j’écoute des musiques de notre enfance, et je voudrais que la musique ne me rappelle rien, parce que nous n’étions pas ensemble, nous n’avons pas vécu la même enfance."

L’auteur : né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a soutenu en 2010 une thèse de littérature générale et comparée.

Mireille SANCHEZ

"La maladroite" d’Alexandre Seurat. Éditions La brune au Rouergue. 128 pages. 13,80 €.

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