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La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille : La rentrée littéraire des éditions de L’Ollave…

samedi 26 septembre 2015

Trois nouvelles parutions à la rentrée des éditions de L’Ollave. Poursuivant sa ligne éditoriale pointilleuse et savante, Jean de Breyne propose "In absentia" de Siegfried Plümper-Hüttenbrink (dans la Collection Préoccupations). Et puis dans la collection Domaine croate/Poésie, "Sels" de Vanda Mikšić et "Table des matières" de Zvonimir Mrkonjić. Trois livres pour découvrir l’univers (ardu) entre mots et photos de Plümper-Hüttenbrink, la poésie chaloupée de Mikšić et le langage de Mrkonjić. Immenses poétesse et poète croates.

"In absentia", de Siegfried Plümper-Hüttenbrink

Sans doute que tout finit au bain révélateur. Ce bain qui pourrait attester de la nature foncièrement spectrale et endeuillée de toute image dès qu’elle s’appelle Eurydice. Pour qui la traque à l’œil nu, en plein jour, elle restera introuvable, et qui voudra l’aborder sur fond de nuit blanche la perdra à tout jamais. Car elle ne cesse de renaître à sa mort, de s’éclipser au moindre déclic photographique. Tel serait son destin d’image : -être à tout jamais invue et perdue, au grand dam d’Orphée. N’étant au final que cette image toujours manquante, qu’il aura oubliée ou manquée de prendre, et qui ne cessera plus dès lors de faire retour, de se rappeler à lui sous les auspices d’un corps fantôme en quête de sa ré-incarnation. Un corps oscillant entre vie et mort, en deuil de son porteur. Autant dire un négatif et qui ne survient toujours qu’in absentia, vu qu’il reste à développer par voie de rémanence rétinienne et jusqu’en nos rêves.
L’auteur : Écrivain-photographe, né en 1959, Siegfried Plümper-Hüttenbrink mène depuis 1980, en parallèle à son activité d’écrivain, un travail d’investigation photographique qui recourt souvent à une vision en inframince tel que Marcel Duchamp dut la concevoir et qui s’appréhende par reflets vitrés et ombres portées via ce troisième œil qu’est l’objectif d’une caméra. À ce jour, la plupart de ses livres incluent une photographie sous l’emprise de laquelle ils ont trouvée à s’écrire : En Lettre recommandée, Journal itinérant, Le 9 novembre 1989, L’Aparté, De la Littéralité, De la Lecture, Itinérance. L’idée de disparition telle que la livre le terme latin d’Exeo, qui a donné exil, pourrait survenir en exergue à tout son travail.
"In absentia", de Siegfried Plümper-Hüttenbrink. Photographies.

"Sels", de Vanda Mikšić

De ce que nous ressentons de réel de la vue – l’image – que nous avons à la lecture des poèmes de Vanda Mikšić, il est un subréel qui nous intranquillise. Vision propre à sa poétique, son point de vue, sa perspicacité devant ce qui bouge, ce qui est bougé, son bougé, qui ouvrent alors un point de vue, le nôtre. Une séparation d’avec nous-mêmes. Tout cela, qu’elle voit, aussi par la bouche, malaxé par sa langue faite autant de classicisme que de contemporanéité. "On se réjouit de ces regards et observations différentes, d’une dramaturgie quasi cinématographique du poème et du livre (…)", comme le note avec justesse le poète et critique Miroslav Mićanović en soulignant "la poésie de Vanda Mikšić vit de la dangereuse proximité du quotidien et (…) sur les cendres du vu et du connu regarde autrement (…)". Elle regarde l’humain par-dessous la mer, alors qu’il s’agit de banale baignade de vacances, l’humain qui noue ses bras dans la fête collective entre la pierre de l’Antiquité dalmate et la crocs de jeunes femmes d’aujourd’hui, l’ancêtre qui distribue le sel devant l’enfant dans la cour de la maison familiale ; un regard de soi-même, de la femme moderne assise devant son ordinateur, scrutant la modernité, l’interrogeant pour la construire, la décomposer. Elle pose son regard sur les objets, les gens, les événements qu’elle est peut-être la seule à voir, car seule capable de s’aventurer sur ce "territoire des situations étrangement ordinaires". La langue de Vanda Mikšić chaloupe, "nous portons des pétards sous la langue" écrit-elle. Ce que son poème découvre est autant tangage de forte houle que grande tendresse qu’offrent ses Fragments.
L’auteur : Vanda Mikšić est née en 1972 à Šibenik (Croatie). Elle a fait ses études à Zagreb et Bruxelles, où elle a soutenu sa thèse de doctorat en 2005. Entre 1995 et 2003, elle a travaillé aux ambassades de Croatie à Bruxelles et à Paris. Elle enseigne la traduction à l’Université de Zadar. Membre de la rédaction de la revue littéraire croate Tema, elle codirige également le Domaine croate/Poésie au sein des Éditions de L’Ollave en France. Son premier recueil poétique Diši kroz masku, diši normalno (Respire dans le masque, respire normalement) a paru en 2012. Son deuxième livre, réunissant des proses poétiques sous le titre Fragmenti o bacanju kamena (Fragments sur les jets de pierre), est actuellement sous presse. En 2014, le ministre français de la Culture l’a nommé chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres
"Sels", de Vanda Mikšić.

"Table des matières", de Zvonimir Mrkonjić

Avec le concept, l’objectivisme, le rêve, la musique et le jeu, le silence apparaît comme une constante dans la poésie de Zvonimir Mrkonjić, qui déclare : "Si la poésie est capable d’enlever quelque chose au bruit et à la fureur du siècle, elle ne peut le faire que par la parole opérant sur le silence." C’est en cela qu’il se rapproche le plus de la poétique mallarméenne de l’évocation d’un objet tu, de la fleur "absente de tout bouquet". Et quand il parle du détroit formé par les "deux libertés impossibles" – celle de refuser la parole, et celle d’en inventer une –, le silence encore une fois ne manque pas à l’appel. Entre se taire et renouveler le langage passe donc ce que Zvonimir Mrkonjić définit comme "un éboulement intellectuel du ciel, des tons musicaux déchirés par le vide, un éclat soudain du mot, le visage de la foudre parmi les miroirs rocheux" – la poésie.
L’auteur : Zvonimir Mrkonjić est né à Split en 1938. Il a fait ses études à la Faculté des Lettres et à l’Académie des arts dramatiques à Zagreb. Poète, essayiste, critique littéraire, dramaturge, et traducteur de Barthes, Breton, Camus, Char, Claudel, Frénaud, Genet, Gide, Hölderlin, Lautréamont, Mallarmé, Michaux, Ponge, Rimbaud, Shakespeare. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres de poésie, et a également édité plusieurs anthologies de la poésie croate, ainsi qu’une anthologie de la poésie française. Ses poèmes ont été traduits en une dizaine de langues. Depuis 2006, il est membre de l’Académie croate des Arts et des Sciences. Le ministre français de la culture a nommé Zvonimir Mrkonjić Officier de l’ordre des Arts et des Lettres.
"Table des matières", de Zvonimir Mrkonjić.

Pour une rentrée toute en mots, en photos et en poésie !

Mireille Sanchez

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