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La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille : "Le Mont Émeraude" de Mansoura Ez-Eldin

vendredi 28 avril 2017

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Le Mont Émeraude ou le conte manquant du “livre des Nuits” roman traduit de l’arabe (Égypte) par Stéphanie Dujols

Une jeune femme qui réside au Caire, Bustân al-Bahr, mène une enquête sur la véritable histoire de Zumurruda, princesse du pays de Qâf, qui fut à l’origine de la destruction du royaume de son père et de la dispersion de ses habitants. Elle-même originaire de cette contrée lointaine, elle a appris de son père que les parchemins enfouis par l’un de leurs ancêtres pourraient lui révéler la vérité : elle saurait ainsi pourquoi personne, même les conteurs des Mille et Une Nuits, n’a jamais osé raconter cette histoire. Elle ne parviendra à ses fins qu’au terme de maintes péripéties et d’incessants rebondissements, dans un va-et-vient permanent entre les temps et les lieux, hanté de bout en bout par le fantastique le plus échevelé.
Les contes des Mille et Une Nuits, sont une source d’inspiration notamment pour les romanciers, nouvellistes et dramaturges arabes qui ont abordé les contes de différentes manières, allant de la plus simple adaptation à l’intention des publics jeunes ou adultes au "dialogue" plus subtil à partir de leurs préoccupations philosophiques, politiques ou littéraires. Mansoura Ez-Eldin croise dans ce roman ce qui est propre aux Mille et Une Nuits (l’étrange et le merveilleux, le récit à tiroirs) et certaines formes narratives éclatés de la production romanesque contemporaine.
Mireille SANCHEZ

Extrait :

Je m’appelle Boustân ! Ceux qui me connaissent bien -ils ne sont pas nombreux- me surnomment la "prêtresse en noir et blanc". Les autres me trouvent bizarre, excentrique. Si un écrivain devait me décrire, il dirait : la "femme aux yeux de jais", la "femme en noir aux cheveux d’ébène", etc. Autant de qualificatifs s’en tenant aux apparences, mais impuissants à saisir ce qui brûle au fond de moi.
Nul ne saurait concevoir ce que je recèle ni ce dont je suis capable ; nul ne pourrait être au fait des événements qui, il y a plusieurs siècles, ont prédestiné ma vie. Aussi, c’est à moi d’être l’écrivaine, ou plutôt la conteuse, à moi qu’il revient de combler les lacunes du récit et d’en rassembler les fragments -récit dont je ne suis pas l’héroïne, mais qui ne pourrait exister sans moi.
En cette onzième année du IIIe millénaire, je suis enfermée dans mon appartement donnant sur le Nil, à Zamâlek, et j’écris sans trêve ni fatigue. Dehors, un monde ancien s’écroule, et moi, je cours après des mots sournois qui me filent entre les doigts. Tels d’éphémères nuages d’été, des scènes remontant de diverses époques défilent dans mon esprit ; j’en attrape certaines, d’autres s’enfuient.
Je me revois enfant sur les monts Daylam, dans les années 1960, trottant derrière mon père qui fait sa promenade matinale en récitant des vers de Rûmi, d’Attâr ou de Hâfez. Il me précède de plusieurs mètres. S’apercevant que je suis restée en arrière, il fait halte et m’attend patiemment. De la buée s’échappe de sa bouche. Je le rattrape ; il m’assoit sur un rocher pour que je me repose un moment. Comme chaque fois, il me raconte un peu l’histoire de notre contrée d’origine. Malgré le froid extrême, je sens mon corps se réchauffer, et je rajoute des détails qu’il a omis de citer. Tout heureux, il me prend dans ses bras. "Nous sommes d’éternels étrangers !", disait-il toutes les fois qu’il sortait ces vieux parchemins de son armoire secrète. Il me rappelait de ne jamais en divulguer l’existence à quiconque -oubliant que je ne parlais pour ainsi dire à personne d’autre que lui. Je lui en faisais la promesse, alors il m’enseignait comment les déchiffrer. Il me transmettait ainsi ce qu’il avait appris de son père. D’une voix chuchotée, il me disait que la lignée s’arrêterait avec moi. Je lui demandais ce qu’il voulait dire ; il me répondait que des signes annonçaient que j’étais la "prêtresse attendue", et s’en tenait là.

Le Mont Émeraude, de Mansoura Ez-Eldin - Éditions Actes Sud - 288 pages - 16,99 €.

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