Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives


Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : Entretien avec Marc La Mola et son héros pour (...)

< >

La Bibliothèque de Mireille : Entretien avec Marc La Mola et son héros pour "Le sang des fauves"

mercredi 9 novembre 2016

De Marc La Mola, on connait l’ancien flic de la BAC, l’homme blessé mais lucide témoignant sur le système policier, ses forces et ses failles. C’est pourtant avec un auteur de polar, non sans talent, que nous avons rendez-vous aujourd’hui.

Destimed : Vous avez écrit un livre très personnel avant de quitter vos fonctions au sein de la police, à partir de quand et pour quelles raisons avez-vous décidé d’écrire un roman ?
Marc La Mola : Quand j’étais flic, j’ai fait un burn out… En 2012, j’ai écrit Un sale boulot, confessions d’un flic à la dérive et un an plus tard je quittais la police. Écrire à ce moment là, c’était un besoin de témoigner ; il fallait que cela sorte. En même temps, avec du recul, j’ai compris que j’avais pris du plaisir à écrire et l’idée du roman s’est vite imposée.

Ce premier roman, Le sang des fauves, a pour cadre la ville de Marseille, entre le Parc Longchamp et les Calanques, pourquoi ce choix ?
Le Parc Longchamp est un lieu chargé de souvenirs et d’émotions, de chagrins aussi. C’est le quartier où je suis né, où j’ai grandi et où je vis encore aujourd’hui. C’est aussi le souvenir du jardin zoologique. Sormiou, c’est le côté magique de Marseille. Pour moi, c’était une évidence que Hubert vive là.

Votre héros, Randy, est un flic, capitaine à la Brigade criminelle de la Police Judiciaire, se servir de votre propre vécu pour écrire n’est-ce pas un peu facile ?
Cela peut paraître facile mais ce n’est pas évident de se servir de soi pour écrire ; en même temps, c’est un formidable exutoire. Randy n’est pas un personnage lisse, mais moi non plus. On a tous des côtés sombres, non ? Ceci dit Le sang des fauves n’est pas non plus une autobiographie, c’est bien un roman avec sa part d’invention !

Votre roman est étayé de quelques pages plutôt pornographiques, cela fait partie selon vous des ingrédients indispensables à la réussite d’un roman ?
Randy est un séducteur victime de lui-même. C’est vrai qu’il a une addiction au sexe, elle lui permet d’oublier ses casseroles. Non ce n’est pas nécessaire au succès d’un roman, bien sûr que non. Mais c’est comme ça que j’ai eu envie d’écrire et c’est comme ça que j’ai voulu créer Randy. Randy est rongé à la fois par son métier et par ses maux personnels, mélangés à toutes les saloperies qu’il voit presque tous les jours.

Julien, l’acolyte de Randy, est un jeune flic débutant … c’est vous à vos débuts dans la police ?
Non Julien ce n’est pas moi quand j’ai débuté. En fait, j’ai toujours été borderline tandis que Julien est lisse, très respectueux de la hiérarchie. Maintenant est-ce qu’il faut à tout prix accoler un jeune à un héros ? Ça fait partie du scénario du roman de créer des alliés. Julien va aider Randy à franchir des obstacles dans l’enquête.

Son seul ami, Hubert, est lui aussi un ancien de la maison. Les flics n’ont pour amis que des flics, cliché ou réalité ?
C’est une réalité. Les flics, et notamment ceux de ma génération, ont un mode de raisonnement et de fonctionnement qui les amènent à ne s’entendre plus qu’avec des flics. Ça isole, ça renferme. Avec le recul, c’est un carcan.

Pour écrire, vous êtes plutôt "stylo" ou "clavier " ?
Clavier et ordinateur portable, et pourtant je suis fan de stylos, de beaux stylos que je collectionne depuis peu.

Avez-vous un rituel ou une manie avant de commencer à écrire ?
Non pas trop. A part le café peut-être, je ne peux pas écrire sans café ! J’ai besoin de m’isoler aussi pour écrire.

Quelle part de plaisir avez-vous eu dans l’écriture de ce livre Le sang des fauves ?
Un plaisir immense, un plaisir d’écrire indéniable. Les scènes érotiques, par exemple, j’ai pris beaucoup de plaisir "à écrire des images".

Allez-vous poursuivre les aventures de Randy ?
Oui. Un prochain livre avec de nouvelles aventures de Randy va paraître un juin 2017, toujours aux éditions Sudarène. Le titre est Vallis Clausa.

Non loin du Parc Longchamp, à Marseille, nous avons rencontré Randy…

Destimed : Bonjour Randy. Qu’est-ce-que ça fait d’être le héros d’un roman ?
Randy : Je ne suis pas un héros … J’ai horreur de cela ! C’est cet auteur, un certain Marc La Mola, qui a voulu raconter une histoire en me mettant en scène, en plus il ne m’a même pas demandé mon avis.

Dans Le sang de fauves, vous êtes un habitué des douches froides. N’avez-vous jamais eu envie d’un bain voluptueux ?
Non … Pas le temps pour prendre un bain !

Marc La Mola a fait de vous un caféinomane invétéré, cela vous énerve-t-il ?
Non cela ne m’énerve pas puisque c’est vrai, tout comme les douches froides… J’ai besoin de ma dose de caféine.

Quelle qualité auriez-vous aimé que votre auteur vous donne ?
Il aurait pu me dépeindre comme un homme au grand cœur, généreux malgré les maux qui me rongent. Il aurait pu …

Pensez-vous que votre addiction au sexe puisse séduire des lectrices ou craignez-vous au contraire de déplaire ?
Le sexe fait partie de la vie et si j’y suis addict c’est que j’y trouve le moyen d’oublier ce qui me dévore. Malgré tout j’aime les femmes même si mes attitudes laissent supposer le contraire. Je ne connais pas la tendresse mais est-ce que les femmes n’aiment pas de temps en temps un peu de virilité savamment dosée...?

Pour lequel de vos défauts vous aimeriez que les lecteurs aient de l’indulgence ?
Mon côté râleur et marginal … Je traîne pas mal de casseroles qui ne sont que le résultat de ma vie dépravée. Comme pour beaucoup d’entre nous elles m’empêchent de regarder les gens qui m’entourent.

Vous passez la plupart de vos nuits sur un divan, un problème avec le lit ?
Non aucun problème avec le lit. Mais seul dans mon lit, je me souviens que je vis seul !

Vous êtes un flic solitaire, affublé d’un jeune débutant, ça vous agace ?
Julien est un jeune flic qui me suit partout comme un petit chien. J’en fais un peu mon souffre-douleur mais au fond je l’aime bien. Mais c’est compliqué pour moi de le dire. Vous commencez à m’agacer avec vos questions !

Pour tenter de plaire, où donneriez-vous rendez-vous ?
Je n’ai pas à plaire et d’ailleurs je n’ai pas besoin d’artifice ou de lieux particuliers pour séduire. Mais bon pour répondre à votre question j’ai mes habitudes dans ce bar face au Palais Longchamp. Sacré Palais Longchamp !

Vous êtes souvent à la table de votre ami Hubert, alors plutôt gourmet ou gourmand ?
Depuis Le sang des fauves et son dénouement, j’ai perdu l’appétit. Je grignote sur un coin de table quelques olives arrosées d’un rosé de Provence. En fait je suis épicurien et ma phrase favorite reste : Dépêchons nous de succomber à la tentation avant qu’elle ne s’éloigne ! Et cela dans tous les domaines ! Vous avez compris de quoi je veux parler ?

Et vous, pour séduire, vous cuisineriez quoi ?
Mes origines Italiennes me forcent à vous dire des pâtes mais pas n’importe lesquelles. Des pâtes à l’encre de seiche bien difficiles à manger sans se tâcher mais tellement bonnes lorsqu’un bon parmesan vient les saupoudrer. Putain j’ai faim !

Enfin, un dernier mot pour conclure ?
Depuis Le sang des fauves, je me suis retiré dans l’arrière-pays, dans l’abbaye de Sénanque et je vois l’autre idiot laisser ses doigts agiles jouer sur son clavier. Tu vas voir qu’il va encore m’emmerder avec une histoire ! Putain je te jure que si je l’attrape lui ! Enfin c’est comme ça … Bon Mireille vous m’avez fatigué ! C’est dimanche et je vais rejoindre Hubert à Sormiou. Ciao bella ragazza !

Propos recueillis par Mireille SANCHEZ

"Le sang des fauves" est un roman policier particulièrement construit. Le cadre : la ville de Marseille, mais surtout le Parc Longchamp, ancien parc zoologique aux cages vides, dans lesquelles un meurtrier va mettre en scène cinq têtes humaines et laisser quelques indices. Le personnage principal : Randy Massolo, capitaine de police à la brigade criminelle, pessimiste et désabusé. Des acolytes, Julien le flic débutant et Hubert, l’ami fidèle de Randy, ancien flic à la retraite. Une enquête policière donc qui ne manque pas d’intérêt et de suspense, des acteurs aux caractères bien trempés, un personnage principal "borderline" entre l’implacable réalité de sa vie professionnelle et ses tourments privés. L’histoire est (justement ?) étayée de séquences pornographiques mais aussi de francs moments de camaraderie bien masculine à la table d’Hubert. Bien sûr, le rapport de Randy avec les femmes relèvent pour le moins de la goujaterie et l’on sent bien que derrière son personnage, l’auteur a sans doute encore quelques comptes à régler avec lui-même. Peut-être que d’aventures en aventures, livresques cette fois-ci, l’auteur et son protagoniste révèleront des aspects moins macho… Il n’en reste pas moins que Le sang des Fauves se lit pour ce qu’il est : un vrai bon polar !

M.S.

Extrait :
... Mais la réalité et son quotidien de flic le rappelaient très vite à l’ordre et brisaient, à la vitesse de l’éclair, ses songes nostalgiques et bien inutiles.
- Salut, capitaine ! dit Julien.
Il lui tendait une main mollassonne que Randy écrasa sciemment comme pour lui démontrer qu’il ne supportait plus de serrer un morceau de guimauve en guise de pogne. Julien gémit doucement et retira immédiatement sa main pour éviter que Randy ne la conservât et la malaxât par pur plaisir.
- Bon ... Qu’est ce que l’on a ? Interrogea Randy.
- Là... Julien désigna la cage du lion bleu en tentant de dissimuler une grimace de crainte indigne pour un flic même jeune.
Randy posa son regard sur le fauve azur et dut se déplacer pour remarquer les détails de la scène de crime. A l’intérieur de la cage, deux hommes s’affairaient autour du fauve. Leurs blouses blanches contrastaient avec le rouge éclatant de la quantité de sang qui tapissait le sol et la figurine de ce lion à la gueule entrouverte. Randy remarqua immédiatement la tête humaine posée sur la croupe de cette statue bleutée. Une tête adulte aux cheveux noirs et bien rangés. Paradoxalement, la tronche ne présentait pas de tâche rougeâtre, comme si l’assassin avait pris la peine de la nettoyer avant de la poser là.
Les yeux du malheureux étaient grands ouverts et laissaient aux policiers chargés des investigations la possibilité d’admirer leur couleur bleue étrangement identique à celle de la robe du fauve la supportant.
Ce détail n’échappa pas à Randy. Lentement, et sans quitter l’objectif des yeux, il avança vers cette scène de crime abjecte où les spécialistes de la police scientifique terminaient leur tâche. Les hommes en blanc avaient effectué de nombreux prélèvements organiques qu’ils avaient placés dans des fioles de plastique aux couvercles rouges. Des cotons imbibés de sang, de longs cotons-tiges à l’extrémité souillée et de très nombreux clichés allaient donc être remis aux enquêteurs.
Randy n’accordait aucune importance à cette nouvelle technique d’investigation. Il ne parvenait pas à se débarrasser de ses vieilles habitudes de limier historique de la Police Judiciaire de Marseille.
Les analyses scientifiques ne représentaient pour lui qu’un support, qu’un complément au talent d’un véritable flic de terrain. Randy avait solutionné tant d’affaires criminelles sans l’aide de ces fioritures, il avait tant travaillé avec son unique flair et sans partenaire. C’était aussi cela sa marque, son empreinte qu’il laissait après chaque affaire et qui faisait de lui un policier hors pair. Mais il se moquait de ce que pensaient les autres flics, les journalistes et même sa hiérarchie. Il n’était pas flic pour eux, mais seulement pour... D’ailleurs savait-il encore pourquoi il l’était ? ...

"Le sang des fauves" de Marc La Mola. Éditions Sudarène. 260 pages. 19 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.