Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : "Sous la vague" d’Anne Percin

< >

La Bibliothèque de Mireille : "Sous la vague" d’Anne Percin

dimanche 6 novembre 2016

Sous la vague, celle qui submerge, qui contraint à nager, à survivre ? Le nouveau roman d’Anne Percin installe ses personnages dans des situations factuelles apparemment sans aucun lien, qui vont pourtant influer sur le destin d’hommes si proches et si différents. Quel rapport entre un pays dévasté, un héritier d’une riche propriété de Cognac, imbu et fat (au premier abord), son chauffeur un rien mystérieux et un (trop) jeune faon ?


11 mars 2011. Alors qu’un tsunami géant entraîne une catastrophe nucléaire au Japon, Bertrand Berger-Lafitte, héritier d’une prestigieuse propriété de cognac, vit son propre Fukushima. Sur les bourses internationales, le marché du luxe s’effondre, dont celui des spiritueux, et il est menacé d’être révoqué de ses fonctions de directeur général. À 56 ans, divorcé depuis quatre ans, Bertrand Berger-Lafitte est un homme légèrement indifférent à tout, un placide perdu dans ses voyages intérieurs, ses rêves et bientôt ses cauchemars, et qui ne maintient des échanges vrais qu’avec son chauffeur, Eddy. Ce tatoué fumeur de pétards, flegmatique et parfois arrogant, semble avoir installé son emprise sur Bertrand, le protégeant du monde réel, mais jusqu’à quel point ? Progressivement, alors que le Japon s’enfonce dans le chaos, le Vieux Monde dans lequel Bertrand croyait encore vivre se désagrège sous ses yeux. Dégringolade financière, trahison de son ex-femme, fille enceinte d’un ouvrier syndicaliste, grève, etc. Il résiste à sa façon, molle et naïve, ne trouvant du réconfort qu’auprès des animaux, un chevreuil recueilli ou un chaton. Comme si seule la chaleur d’une bête ou les fragrances d’un vieil alcool pouvaient compenser la sauvagerie globalisée. Comédie sociale ironique et drôle, le nouveau roman d’Anne Percin bascule progressivement dans une fable aux situations décalées, dans laquelle la réalité est progressivement recouverte par des rêves fantaisistes, ou bien des désirs aussi purs que ces estampes japonaises dans lesquelles l’homme d’affaires va perdre son regard.

Métaphore, conte moderne, roman initiatique ? Il faut sauver Bambi résonne comme une évidence frappant presque douloureusement au cœur de Bertrand. Et parce que Le chaos est un état qui ne peut pas durer, l’auteur invite à tout reprendre, tout détricoter et retricoter dans le bon ordre et avec patience. "Sous la vague" est un roman, drôle et émouvant, invitant à une promenade entre effluves de Cognac et estampes japonaises, sous le regard tendre de Bambi.

Mireille SANCHEZ

Extrait : Au mois de mars d’une année sans grand intérêt, à deux mille cinq cents mètres sous la mer et à trois cents kilomètres au large de Tokyo, un séisme d’une magnitude de 8,9 sur l’échelle de Richter secoue les plaques tectoniques. Un tsunami d’une ampleur inégalée ravage la côte est du Japon. Le pays est noyé, lessivé, essoré. Il fait l’admiration du monde entier par son sens de la retenue dans la douleur : voilà des gens qui savent souffrir, se dit-on. Plusieurs journaux, en première page, montre une très jolie jeune femme enroulée dans une couverture au milieu des décombres. On dirait La Grèce sur les ruines de Missolonghi de Delacroix. Sauf qu’on ne voit pas ses seins. A la centrale atomique de Fuskushima, on craint le pire : et si le cœur des réacteurs était en feu, et si tout sautait ? Le monde entier retient son souffle. On réclame des pilules d’iode dans les pharmacies bordelaises. Sur les places boursières internationales, les valeurs du luxe s’effondrent.
Sur une route départemantale des Charentes, une berline noire heurte un animal sauvage. Il est 23h37, comme en témoigne l’affichage numérique fluorescent à coté du volant. A son bord, deux hommes : Bertrand-Lafitte, cinquante-six ans, négociant en coganc, de retour de l’assemblée générale extraordinaire de l’entreprise familiale dont il ets le directur général, et Eddy, trente-huit ans, son chauffeur. Sur l’asphalte, fauché en pleine course, un faon.

"Sous la vague" d’Anne Percin. Éditions du Rouergue. 208 pages. 18,80 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.