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La Bibliothèque de Mireille : "Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie" de Rachel Corenblit

samedi 4 avril 2015


La couverture donne le ton, le titre campe le sujet. "Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie" est un roman drôle, féroce et puis émouvant. Lucie, professeur des écoles, célibataire depuis trois ans après qu’elle ait quitté son compagnon d’alors, passe tout son temps à la quête difficile (impossible ?) de son homme parfait. Sa recherche effrénée pour trouver l’homme de sa vie l’amène à se moquer des autres mais aussi d’elle-même. Aucune piste n’est abandonnée, toutes les situations sont utilisées : à la piscine, dans le bus, au supermarché, lors de speed-dating, aux cours de théâtre, de danse ou de cuisine, le regard en alerte, les sens exacerbés, Lucie est en chasse. Le récit s’ouvre sur une galerie de portraits de la gent masculine, caustique et sévère : "Celui qui renifle", "Celui qui compte sa monnaie et vérifie deux fois l’addition", "Celui qui a des mocassins. En cuir retourné. Avec des pompons", "Celui qui termine chacune de ses phrases par : c’est clair", "Celui qui dit quoi. Comme un point. Une virgule. Des quoi à toutes les phrases….", "Celui qui sort de chez le coiffeur…" La solitude l’a-t-elle rendue amère, froide et plus exigeante avec les autres qu’avec elle-même ? Alors, l’amour elle ne le trouve pas au mariage de sa cousine, ni dans l’éducation nationale, "l’amour, sur les bancs de l’école publique", ni dans les transports publics ou à la jardinerie "l’amour, les animaux et les plantes", pas plus qu’à la piscine où "l’amour prend l’eau", ni au marché, "l’amour, entre les pommes et le poulet grillé". Le livre se referme sur des travers de la gent féminine, tout aussi implacables et moqueurs : "Celle qui parle trop fort", "Celle qui range ses affaires", "Celle qui dit voudrait choisir sur catalogue.", Celle qui est pendue à son téléphone", "Celle qui rêve encore." Ce roman, en 40 chapitres, est cruel et tendre, l’héroïne renvoyant tout à tour le regard porté sur les autres et sur elle-même, souvent le même dur, froid, réaliste et cocasse. A lire, les soirs de solitude !

Extrait : "L’amour, en général...Celui qui renifle, celui qui se mord les lèvres, celui qui postillonne, celui qui s’est entaillé la joue en se rasant, celui qui a les dents de travers, celui qui a un double menton, celui qui tremble avant de s’asseoir et tremble assis et tremble en se levant et celui qui baille quand elle lui parle, en plein milieu d’une phrase, ou qui se gratte la joue et répète le geste encore jusqu’à ce qu’elle ait envie de lui bouffer la main. Celui qui regarde sa montre, son téléphone. Son écran allumé, posé entre eux, près de la soucoupe aux cacahouètes, une machine qui clignote et vibre sur la table, qui la nargue et s’octroie tous les droits et elle pense qu’elle en ferait bien des suppositoires, de ces engins, alors elle sort le sien, aussi, étalé, royal. À armes égales. Celui qui renifle encore, qui n’a pas de mouchoir et que l’on imagine s’essuyer avec le coin de la nappe ou la manche de sa chemise et elle y jette un œil pour repérer les traces. Celui qui mâche un chewing-gum ou une pastille ou un bonbon Ricola pour ne pas sentir de la bouche et qui empeste la brise transalpine mentholée. Celui qui a un bout de salade coincé entre ses dents de devant et qui souvent mâche un chewing-gum, parce qu’il sait qu’il a tendance à se salir les crocs et c’est moche alors il remâche, il s’évertue à se curer les canines, en vain. Celui qui ne fixe pas dans les yeux. Qui évite, qui dévie, qui contourne et son regard est un ricochet sur le calme plat de son silence. Au pire, il bégaie, au mieux, il chuchote. Ses mains suent et son dos suinte et son front dégouline, des fleuves entiers s’écoulent et vont se perdre dans les rizières de ses rides. Celui qui compte sa monnaie et vérifie deux fois l’addition et appuie bien sur les touches de l’appareil à carte bleue, pour ne pas se tromper et avoir à recommencer. Celui qui sort les billets de sa poche, des gros, une seule pliure centrale, qui sentent encore le guichet de la banque, et vérifie l’effet produit, comme un cabotin lâche sa tirade. La générosité de l’artichaut, beaucoup de feuilles pour un petit cœur."

L’auteur : Rachel Corenblit, professeur de lettres à Toulouse, mariée et mère de deux enfants, a écrit de nombreux livres pour la jeunesse. "Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie" est son premier roman.
Mireille SANCHEZ
"Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie" de Rachel Corenblit - Éditions du Rouergue - 192 pages -18 €

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