Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives



Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : "Ça tourne, notes de régie", de Christian (...)

< >

La Bibliothèque de Mireille : "Ça tourne, notes de régie", de Christian Prigent

dimanche 8 octobre 2017

Dans ce nouveau livre, "Ça tourne, notes de régie", écrit sous forme d’un journal, Christian Prigent livre quelques unes de ses réflexions, pensées, apostilles annotées au fil de l’écriture de ses précédents ouvrages : "Météo des plages", "Demain je meurs" et "Grand-mère Quéquette".


"Tous les livres que j’ai faits ont vu le jour parce que le matériau qui les constitue s’est fait aspirer par une forme qu’il fallait accomplir". Christian Prigent

"Ça tourne", claque comme un clip de cinéma et les extraits de carnets d’écriture s’accrochent aux pages comme des plans de découpage, post-it ou pense-bête, croquis de casting, bribes de scripts, notes de montage, apartés… L’auteur invite à parcourir au fil des pages quelques coulisses de son mode d’écriture mais aussi incite à sourire d’une marque farceuse, se réjouir de bons mots entre malice et facétie. C’est un véritable cadeau, ces pages emplies d’intelligence et d’émotions, que quelques croquis et dessins viennent rythmer de réalité entre prose et vers.

A propos de "Grand-mère Quéquette" – extraits :

6 mai 2002. Le style : crème Chantilly. Battre la langue jusqu’à durcissement, avec bulles d’air incluses (dense/léger).
Travailler l’ajointement. Faut pas que ça craque. Ou plutôt : faut que ça craque (bruit) sans craquer (déchirer).
22 décembre 2002. Le livre règle ma vie. C’est bien : elle m’angoisse moins. Gestion sans trop de trous de solitude. D’où que je suis très… colmaté. Mais la plongée, depuis près de deux ans, dans GMQ, ça n’ouvre pas… aux autres. Ça n’ouvre que par dedans – vers la mémoire s’arracher à ça n’est pas facile et ça met du mur, très opaque, entre le monde et soi
16 janvier 2003. De quoi ça parle (ce livre, mes ivres en général) ? Du réel.
Je le redis, martèle, n’ai sûrement pas fini de le ressasser (il n’est pas sourd… - la pire des surdités étant sans doute ma propre incrédulité). Je pars de ceci, qui concerne empiriquement tous les êtres parlants : qu’aucun des discours positifs (science, morale, idéologie, religion…) ne rend compte de l’expérience que nous faisons intimement, chacun pour notre compte, du monde (de la manière dont le réel nous affecte). Parce que le monde (le monde "extérieur" - société, politique, histoire - et le monde "intérieur" - nos "cieux du dedans" : mémoire, inconscient, imaginaire) ne nous vient pas comme sens, mais comme confusion, affects ambivalents, jouissance et souffrance mêlées, chaque fois polyphonie insensée.
20 janvier 2003. Matin : lycée. P.m. : GMQ. Dernière ligne droite : l’ultime fin est écrite – il y a juste une couture de deux ou trois pages à faire entre cette fin et les pages écrites pendant le week-end.
Avril 2003. Corrections éparses et refonte d’ensemble : du 22 janvier au 10 mars 2003.
Révision finale de la version n°2 : du 12 mars au 23 mars 2003.
Manuscrit remis à POL le 31 mars 2003.

A propos de "Demain je meurs" – extraits :

Janvier 2006/février 2006. La prose (prorsum) va droit. Surface et platitude. Mais avec la rage d’intégrer à cette platitude ce qui la creuse et la bossèle au fil de la phrase. Ainsi les parenthèses de Proust : elles clouent du surplus d’analyse centripète dans l’épure narrative linéaire. Ainsi les […] de Céline : ce sont des trous d’inclusion d’innommable dans l’enchaînement des noms. Ainsi les concrétions, grumeaux, noyaux de concentration polysémique qu’Arno Schmidt (in Roses & Poireaux) des "calculs" (=cailloux rénaux).
Février/avril 2006. Comme Grand-mère Quéquette, Demain je meurs grossit de l’effort que le texte fait pour repousser une échéance posée d’entrée.

A propos de "Météo des plages" – extraits :

12 mars 2009. C’est la macération en nous du lieu commun qui nous fait puer. Pour puer moins : une langue qui fasse de l’air (merdRe !) Sinon on est dans "l’entonnoir de la pensée de tous" (Artaud) – et on digère : caca. Comment évacuer ça est la question. Pas d’inspiration. Mais expiration, expectoration : souffle. "Ah, que salubre est le vent !" (A.R.)
10 mai 2009. C’est dans le détail phonique, dans la sculpture sonore que couleurs et volutes doivent consister, faire corps. Je cherche une matière verbale de part en art sonorisée (tissée d’homophonie, d’anagrammes, de rimes, liée par la passion sensorielle du son).

"Ça tourne, notes de régie", est de ces livres à lire en pointillé, en cornant les pages sur un bon mot, à relire pour retrouver une citation ou une note plus marquante qu’une autre. A relire encore juste pour savourer les mots que l’auteur pose ici et là dans ses carnets pour travailler l’écriture, encore. Une publication pertinente et intelligente des éditions L’Ollave qui n’en finissent pas de surprendre…

Mireille SANCHEZ

"Ça tourne, notes de régie", Christian Prigent. Éditions de l’Ollave. 70 p. 14 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.