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La Bibliothèque de Mireille : " Condé, un flic à la PJ " de Pierre Folacci

dimanche 25 février 2018

L’ex-numéro 2 de la Brigade de Répression du Banditisme de Marseille, Pierre Folacci raconte… J’ai traversé ces 35 années de police, effectuées exclusivement en Police Judiciaire, comme un éclair. Que m’en reste-t-il aujourd’hui ?


Ancien patron de la Brigade de Répression du Banditisme, Pierre Folacci est LE policier qui connaît par cœur Marseille et son évolution récente. Loin des clichés habituels, il se raconte et raconte son métier. La formation de policier qui ne prépare pas aux premières autopsies, les cris des familles de victimes qui ne s’oublient pas. La peur qui demeure avec l’expérience. Il n’est pas dans la culture de la police de prendre en compte cette souffrance subjective insupportable. Il parle aussi de la violence des jeunes est le produit d’intérêts occultes, d’une lutte de territoire pour occuper la place laissée libre par le milieu, du grand banditisme qui a vu éclore les réseaux de trafic de stupéfiants des quartiers Nord, qui les a laissé faire, les utilisant parfois et faisant, auprès d’eux, office de juge de paix. Il démontre que, si les grandes figures du banditisme sont toutes tombées, incarcérées ou mortes, leurs investissements financiers sont toujours en place. Blanchis depuis longtemps, ils représentent une manne financière colossale et tentaculaire. La culture, les repères ont changé : après les femmes et l’alcool, la barbe. Endoctrinés par un islam radical, les voyous reprennent leurs trafic tout en payant leur dîme à des réseaux terroristes, forts de cette idée que la vie des autres ne compte pas puisque le paradis les attend. L’autre changement important tient à la complexité extrême de la nouvelle procédure pénale, nouvelle lourdeur administrative qui empiète de moitié sur le temps consacré aux résolutions d’enquêtes. Il est arrivé, comme à d’autres, à Pierre Folacci d’être en marge du code : il en parle sans tabou. Et il évoque alors ce fameux lien avec un informateur, l’histoire d’une vie.

J’ai eu une belle vie. Je me souviens… Pierre Folacci dit que ce livre fut une thérapie, qu’il a voulu l’écrire pour laisser une trace, même de ses parts d’ombre, à ses proches. Alors il raconte parmi ses trente cinq années de "flic", les rencontres fortes et les trahisons décevantes, les montées d’adrénaline, les affaires réussies et les foirées… Sans complaisance ni langue de bois, il évoque les libertés prises avec les procédures de plus en plus lourdes. Il partage ses face à face avec quelques braqueurs audacieux. Les années de police de Pierre Folacci sont aussi celles des "beaux voyous" et des "tontons". Et puis la solitude qui rattrape toujours : "le malheur et le désespoir ont toujours le même visage, les mêmes odeurs, les mêmes cris, de quelque côté qu’ils puissent se trouver." Alors qu’est-ce qui fait de lui un flic pas comme les autres ? Le respect de la parole donnée, qu’elle vienne d’un collègue ou d’un voyou. Et puis l’humain, avant tout, partout et au cœur de la vie, rendant possible discernement et amitié comme avec Patrick Guillemin dont il a été témoin à charge puis à décharge et deux années plus tard témoin à son mariage ! Il ne faut pas chercher de règlements de comptes dans ce livre, ni de plaidoyer outrancier pour la profession, juste un récit sincère d’une (longue) tranche de vie. Ce métier exercé pendant 35 années m’a fait profondément changer et, je pense, m’a rendu meilleur ou, plus modestement, moins mauvais. Car, curieusement et contrairement à ce que beaucoup pense, pour "bien" faire ce métier, il faut vraiment aimer les autres.

Mireille SANCHEZ

Extrait :

Prologue. 12 juin 2008, 18 heures. Marseille, Château Ricard.
Ma famille est là, presque au complet, il ne manque que mes parents. Mon père est décédé depuis quatre ans et la santé déclinante de ma mère l’a empêchée de venir fêter mon départ en retraite. Mon autre famille, je veux parler de mes collègues, est là aussi, du plus petit grade au plus grand. Il y a également quatre avocats devenus des amis sincères malgré des débuts chaotiques entre nous à la barre d’une Cour d’Assises, mais aussi les magistrats avec lesquels j’ai aimé travailler, quelques grands noms de la police que j’ai appréciés au cours de ma carrière. Ainsi que deux familles de victimes, auxquelles je me suis attaché : celle d’un convoyeur de fonds, assassiné en 1997 au cours d’un braquage et la famille d’une jeune femme enlevée en 2007 contre rançon et avec laquelle j’avais passé trois jours intenses comme négociateur. Deux de mes « tontons » sont aussi présents, incognito sauf pour deux ou trois initiés. J’aime mélanger les gens et les genres. Il y a près de 300 personnes, venues de loin pour certaines.
Christian Lothion, directeur de la DIPJ de Marseille et futur directeur central, prononce son discours suivi de celui de la directrice centrale adjointe Mireille Ballestrazzi. Les deux rappellent ma carrière, les affaires marquantes, mon humanité. Les éloges m’ont toujours gêné. Je regarde le ciel pour ne pas rougir. Enfin c’est mon tour de dire adieu à tout le monde. Je dis « adieu » car je sais que je ne reviendrai plus à l’Évêché, le siège de la PJ marseillaise, au contraire de beaucoup de retraités, Ces retraités dont j’aimais me moquer lorsque, chaque année, ils venaient assister à la galette des Rois à l’Hôtel de Police. Certains étaient si vieux que, même les plus anciens ne les connaissaient pas ! On les appelait entre nous « le gang de la frangipane », tant ils se pressaient au buffet, qu’ils ne quittaient pas de la soirée et repartaient avec les galettes qui restaient. Je disais toujours que, jamais, je ne ferai partie du gang de la frangipane ! Je tiendrai parole…
C’est fini pour moi. Je pars à la retraite. J’ai 56 ans. Je suis obligé de partir, ayant déjà atteint la limite d’âge depuis un an déjà.
Que la vie est courte ! Mais j’ai eu tellement de chance. La chance d’être aimé, dans ma vie d’enfant, dans ma vie personnelle, comme dans ma vie professionnelle. La chance de faire ce que je considère comme le plus beau métier du monde.
J’ai traversé ces 35 années de police, effectuées exclusivement en Police Judiciaire, comme un éclair. Que m’en reste-t-il aujourd’hui ?
La découverte toujours renouvelée de la beauté et de la laideur de l’humanité, la froideur de la mort, le mensonge et la perversion, mais aussi le courage et la lâcheté, la fièvre et l’excitation des affaires résolues, des vies brisées, les regrets des dossiers non élucidés. Mais aussi une approche humaine des gens, différente de celle que j’avais à mes débuts, des leçons de vie, la perte de certaines de mes convictions, de belles rencontres avec des gens que tout opposait à moi a priori, un certain recul par rapport aux évènements dramatiques de la vie, de beaux souvenirs mais aussi des déceptions, des injustices et des blessures que l’écriture de ce livre a ravivées.
J’ai eu une belle vie.
Je me souviens…

"Condé, un flic à la PJ" de Pierre Folacci. Éditions La Manufacture de Livres. 376 p. 20,90 €.

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