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La Bibliothèque de Mireille : "Correspondance complète" d’Emily Dickinson

lundi 24 décembre 2018

Cet ouvrage est un événement éditorial en France. C’est la première fois que l’ensemble des lettres d’Emily Dickinson est publié ! Née en 1830 à Amherst où elle y meurt en 1886, Emily Dickinson, est devenue, dans le premier tiers du 20e siècle, un des grands mythes des Lettres américaines et, sans doute, l’un des poètes majeurs de la littérature universelle.

Nous devons la publication de cet imposant recueil à Françoise Delphy qui avait déjà traduit, en 2009, les Poésies complètes de Dickinson (Flammarion). Une biographie, Emily Dickinson poète, dans la poche du kangourou, parue dans la collection « Cardinales/Documents », (Orizons) au début de 2016, parachève le parcours exemplaire d’une dickinsonienne qui a, en outre, dispensé à la Sorbonne et ailleurs ses cours sur la Dame d’Amherst.

Née en 1830 à Amherst où elle y meurt en 1886, Emily Dickinson, est devenue, dans le premier tiers du 20e siècle, un des grands mythes des Lettres américaines et, sans doute, l’un des poètes majeurs de la littérature universelle. La publication de ce fort ouvrage, contenant sa Correspondance complète, est un événement majeur de l’édition française : jusque lors, ses missives ont donné lieu à quelques éditions très incomplètes ou thématiques. Hormis les lettres vraisemblablement détruites, toutes celles écrites par Emily Dickinson ont été ici assemblées. Autant que possible, elles ont été classées selon un dispositif chronologique.

Lettres 1-14. 1842-1846
"… Les Poules pondent magnifiquement."

Lettres 15-26. 1847-1848
"Je suis vraiment à Mt Holyoke."

Lettres 27-39. 1849-1850
"Amherst est plein de vie - Et d’amusement cet hiver."

Lettres 40-176. 1851-1854
"Nous n’avons pas beaucoup de poésie, père ayant décidé que nous ne vivons que dans vie réelle."

Lettres 177-186. 1880-1883
"J’hésite quel mot prendre — Comme je ne peux en prendre que peu et que chacun doit être le plus important..."

Lettres 187-245. 1858-1861
"Il s’est passé beaucoup de choses… Tant — que je chancelle en écrivant, Le souvenir en est si vif."

Lettres 246-313. 1862-1865
"Il se peut que je vous fasse sourire. Cela ne pourra m’arrêter — Mon affaire c’est la Circonférence."

Lettres 314-337. 1866-1869
"Une lettre est pour moi comme l’immortalité, car c’est l’esprit seul sans son ami le corps."

Lettres 338-431. 1870-1874
"Vivre est pour moi une extase - le simple sentiment d’être en vie est suffisante joie."

Lettres 432-626. 1875-1879
"La Nature est une Maison Hantée - mais l’Art - une maison qui essaie d’être hantée."

Lettres 627-878. 1880-1883

Lettres 879-1046. 1884-1886
"Une lettre est une joie Terrestre - Refusée aux Dieux."

La singularité notable des lettres d’Emily Dickinson est qu’elles témoignent, comme ses poèmes, de la sensibilité aiguë de l’auteur. Ainsi lettres et poèmes viennent à se confondre. Dans son "Introduction aux lettres d’Emily Dickinson, Thomas H. Johnson souligne : C’est pour une raison totalement différente que les lettres atteignent leur stature. Elles sont l’expression de sa personnalité unique, et d’un esprit qui pouvait affirmer : « Il y a toujours une chose dont nous devons être reconnaissants - c’est d’être soi-même et pas quelqu’un d’autre ». Bien qu’elle n’ait plus jamais écrit sur elle-même après l’adolescence, les lettres sont pourtant des autoportraits, écrits par quelqu’un qui se connaissait bien sans pitié ni regrets. C’est toujours vrai, qu’elle écrive à un enfant ou à un adulte, à un intime ou à une vague connaissance. Les lettres valident une autre affirmation, qu’elle envoya également à Higginson, et qui exprime à quel point sa manière de vivre avait été choisie de façon délibérée. Quand il lui demanda si, à force de ne pas recevoir de visites, elle ne manquait pas d’activités, elle répondit : « Jamais je n’ai conçu que je pourrais avoir un iota d’un désir de ce genre dans le temps qui m’est imparti ». Elle s’arrêta et ajouta : « Je sens que je ne me suis pas exprimée sur ce sujet avec assez de force ».

Plus qu’aucune autre correspondance, peut-être, celle de Emily Dickinson est à elle seule une œuvre littéraire complète, une création littéraire et poétique tout à la fois. S’adressant à des destinataires privilégiés, et destinées à être détruites, ces lettres témoignent de l’immense personnalité de leur auteur, de l’impétuosité de sa pensée et de son écriture.

"Vous êtes un grand poète, et c’est une mauvaise action envers vos contemporains de refuser de chanter à voix haute" lui écrivit Helen Jackson, la poétesse américaine la plus célèbre de l’époque. (lettre du 20 mars 1876).

C’est tout le talent d’Emily Dickinson qui chante, vibre et nous emporte dans cette "Correspondance complète" ! Un livre, un ouvrage fort et unique, à s’offrir et à offrir pour le même plaisir…
Mireille SANCHEZ

Extrait : À Susan Gilbert (Dickinson) - Autour de février 1852 (77. p. 235)
Merci aux petits flocons de neige, parce qu’ils tombent aujourd’hui plutôt que n’importe lequel des jours de la semaine, quand le monde et les soucis du monde font de leur mieux pour me séparer de mon amie lointaine - et merci à toi aussi, chère Susie, de ne jamais te lasser de moi, ou de ne jamais me le dire, et cela quand le monde est froid, et la tempête soupire si misérablement, je suis sûre d’un doux abri, une cachette où la tempête ne peut me trouver ! Les cloches sonnent, Susie, au nord, à l’est, au sud, et la cloche de notre village, et les gens qui aiment Dieu se préparent à aller à l’office ; ne vas-tu pas Susie, pas à leur office, mais viens avec moi ce matin à l’église de nos cœurs, où les cloches ne cessent de sonner, et le prédicateur dont le nom est Amour - intercédera pour nous !

À T.W. Higginson. Juin 1869 (330. p. 627)
Une lettre est toujours pour moi comme l’immortalité, car c’est l’esprit seul sans son ami le corps. Quand on parle, l’attitude corporelle et le ton sont d’une importance majeure, il semble donc qu’il y ait un pouvoir spectral dans la pensée qui marche seule - je voudrais vous remercier pour votre grande bonté, mais je n’essaye jamais de soulever des mots que ne peux porter.

À T.W. Higginson. Printemps 1876 (457. p. 780)
(…) Je suis heureuse que "l’Immortalité" vous ai plu. Je pensais que ce serait le cas. Je suppose que même Dieu ne peut reprendre ce plaisir maintenant. -Quand je pense à la vie solitaire et à la Mort encore plus solitaire de mon Père, c’est une compensation-

Prenez-moi tout -
La seule chose qui vaut la peine d’être volée
Me reste -L’Immortalité -

À Mme Edward Tuckerman. Juin 1878 (556. p. 886)
Les mots rapetissent-ils soudain ou nous grandissons soudain, quand ils cessent de nous suffire, pour remercier une amie ? C’est peut-être principalement les deux.

À Mme Henry Hills. 1879 ? (614. P.953)
Vocal n’est qu’une forme du souvenir, chère amie. La tendresse muette, est aussi chaude.

"Correspondance complète" d’Emily Dickinson. Traduite de l’américain par Françoise Delphy. Editions Orizons. 1514 pages. 40 €.

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