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La Bibliothèque de Mireille : "Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson" par Jean-Marie Rouart

mardi 9 juillet 2019

Qui mieux que Jean-Marie Rouart aurait pu écrire ce "Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson" avec autant d’éclat et de pudeur, d’intelligence et de facétie ? Nul autre que lui ! Fous de littérature, de femmes, de soleil et de mer, leur amitié de toujours était une évidence tant ces deux là étaient faits l’un pour l’autre. Évidence encore que cet émouvant Dictionnaire amoureux écrit par l’un pour que jamais ne cesse une si longue et belle conversation avec l’autre…


Rien n’a jamais mieux résumé pour moi Jean d’Ormesson que la formule qu’emploie Shakespeare pour définir l’amour : « l’éternité plus un jour ». Personne n’a éprouvé comme lui une curiosité plus avide sur l’homme, son origine, son avenir, tout en ayant une aussi grande conscience de l’impermanence des choses et du caractère éphémère de la vie. Jean-Marie Rouart

« Tout ce que la France réunissait d’élégance, sauvegardait d’art, de légèreté et d’esprit se résumait en Jean d’Ormesson. On l’aimait parce qu’il illustrait le Français éternel, tel qu’il a été et ne sera plus après lui : léger et profond comme Voltaire, amusant et primesautier comme Sacha Guitry, ayant gardé du XVIIIe siècle le goût des sciences humaines et du romantisme les grands envols de l’imagination. On l’aimait parce qu’il représentait toutes les qualités qui ont constitué un pays exceptionnel qui a su allier l’élégance de la pensée, la légèreté amusante, l’humour et la tolérance. Il avait aussi réussi cette gageure de réunir dans sa personne les anciens parfums fanés de l’aristocratie et la méritocratie républicaine.
Jean aimait les plaisirs de la société qui apportent à l’existence son raffinement, ses parfums, l’élégance des jolies femmes et gomment un peu de la brutalité de la bête humaine.
La littérature était son pays, elle était sa religion, elle était sa passion. Il n’a jamais vécu que pour elle, par elle. Il la vivait, il la respirait en tout.
Que ce soit dans l’amour ou dans l’amitié, marchant au soleil dans les chemins corses ou sur des skis à Val-d’Isère, la littérature, les mots, les vers étaient omniprésents. Ils affleuraient naturellement à sa bouche. Notre amitié est née de cette merveilleuse intoxication réciproque. Ensemble, nos personnes comptaient peu. Nous étions ailleurs, dans un autre monde où désormais je serai seul.
 » Jean-Marie Rouart

Et l’auteur d’ajouter : « Quand on m’a demandé d’écrire ce Dictionnaire amoureux, j’ai d’abord hésité. J’avais déjà beaucoup écrit sur lui. Non seulement des articles mais des souvenirs. Très vite pourtant ce projet s’est imposé à moi. Je me suis dit que ce livre serait une façon de poursuivre un dialogue, une communion quasiment journalière, interrompue par la mort, mais que je poursuivais dans mon for intérieur.  »

Le Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson est un livre délectable, savoureux, facétieux et émouvant. Jean-Marie Rouart a véritablement réussi cet hommage à son ami, nous permettant d’accéder à quelques coulisses de la vie de l’un de nos plus grands auteurs contemporains, celui qu’avec quelque familiarité toute admirative on appelle simplement Jean d’O.

Mireille SANCHEZ

"Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson", par Jean-Marie Rouart. Éditions Plon. 500 p. 25 €.

Extraits :

Admiration
Il a toujours aimé admirer. Une myriade de morts, mais aussi une foule de vivants. Il ne lésine pas sur les hyperboles quand il parle de Ronald Syme, grand historien anglais de la Rome antique, successeur de Gibbon, avec lequel il parcourt les ruines de la Ville éternelle, « qu’il connaît comme nous le métro ». Il vante « le compagnon inoubliable, le plus attachant des cyniques, un égoïste irrésistible, un anarchiste paradoxal et hautement civilisé ». Mais j’aurais du mal à citer tous ceux dont il chante les mérites. En dehors des écrivains, il a toujours eu un faible pour les hautes intelligences universitaires. Jean Delumeau, qu’il a soutenu en vain à l’Académie et donc l’échec l’a peiné, mais aussi Jeanne Hersch qui, avec son amie Jacqueline de Romilly, comptait parmi ces grands universitaires dont le savoir le grisait. De la même manière, il admirait la formidable culture de Georges Dumézil, ou celle anticonformiste de Roger Caillois, Raymond Aron, Marc Fumaroli, Jacques Julliard ou Hélène Carrère d’Encausse.

Parménide
Son philosophe préféré. Normal, ils ont la même obsession : le temps. Jean l’a sans doute sorti d’un injuste oubli. Il ne cesse de lui rendre hommage. Même si cela n’a pas sufii à lui apporter tous les lecteurs d’Au plaisir de Dieu.

Crème fraîche
Le chapitre culinaire n’est nullement négligeable chez un homme à ce point amoureux de la vie, de ses saveurs. Gourmet, amateur de bonnes tables, de goûts simples, il avait une prédilection pour la crème fraîche. D’où lui venait ce goût immodéré ? Je l’ignore et j’avoue ne pas avoir poussé mes recherches très loin sur ce sujet crucial.

Baiser volé
C’était un matin d’été en Corse, à Fornali, un de ces matins clairs et silencieux qui annoncent une belle journée avant que la maisonnée s’éveille. Je paressais dans mon lit, le visage recouvert d’un drap pour me protéger de la lumière du jour, observant d’un œil à travers la porte-fenêtre ouverte le lent éveil de la nature. La jeune fille qui partageait mon lit, matinale, elle, courageuse, profitant de cet instant béni où l’air semble si pur et lavé par la fraîcheur de la nuit, était allée se baigner dans la mer toute proche. Cette jeune fille particulièrement jolie avec ses yeux verts, son intense appétit de la vie, montrait une juvénilité à la fois enthousiaste et mélancolique. J’étais plongé dans une douce torpeur, zone intermédiaire entre le demi-sommeil et l’éveil, lorsque je vis à travers une échancrure des draps se glisser dans la chambre une silhouette familière ; Jean d’Ormesson, dont la chambre était voisine de la mienne, s’approchait à pas de loup, torse nu, vêtu d’un pagne, croyant la jeune fille seule, abusé par la touffe de cheveux qui sortait des draps. Avec la fausse nonchalance de ceux qui ont une arrière-pensée coupable, il s’approcha du lit, souleva délicatement le drap pour poser ses lèvres sur la bouche qu’il imaginait s’y trouver ; je vis ses yeux bleus apparaître à dix centimètres de mon visage qui aussitôt lui inspira un haut-le-corps. Il se redressa vivement : "ah, c’est toi", s’exclama-t-il...

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