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La Bibliothèque de Mireille : "Diviser pour mieux régner", rencontre avec Nicolas Bouvier

dimanche 10 mars 2019

Avec son dernier roman, Diviser pour mieux régner, Nicolas Bouvier nous interpelle sur son nouveau combat : après le harcèlement scolaire, le harcèlement au travail. Entretien.


Destimed : Votre nouveau livre, bien qu’évoquant le sujet grave qu’est le harcèlement au travail, est un roman. Pour quelle raison avez-vous choisi cette forme romancée ?
Nicolas Bouvier : J’ai souhaité écrire ce roman car j’ai connu le harcèlement moral au travail. Je ne voulais pas en faire une autobiographie, car je ne suis pas dans le déversement de ma vie privée, c’est une question de principe. Un jour, peut-être, écrirais-je mes mémoires, mais à travers ce roman, j’ai souhaitais partir de mon vécu et élargir la fiction à des cas divers et variés.

Dans votre roman, le personnage principal, Mickaël, se suicide… Cette fin tragique était-elle nécessaire pour marquer le lecteur ?
Il me paraissait important de parler de cet aspect, très d’actualité malheureusement. Sans vouloir gâcher le suspense de la fin du roman, mon personnage a beaucoup de mal à s’habituer à sa nouvelle vie et, professionnellement comme sentimentalement, il va sombrer progressivement, mais sûrement. Le suicide concerne beaucoup de gens en France, dans le domaine scolaire comme dans le domaine professionnel. Et le roman permet de rendre hommage à ces nombreuses victimes qui se sont sacrifiées pour leur travail, laissant leurs familles endeuillées.

Avez-vous envisagé des solutions pour remédier à ce fléau qu’est le harcèlement au travail ?
J’y ai réfléchi, tout comme je réfléchis à des solutions pour lutter contre le harcèlement à l’école. Les deux fléaux sont intimement liés, je les ai connus tous les deux et j’ai eu le sentiment, au moment de le vivre, que l’étiquette « bouc émissaire » était imprimé sur mon front, comme si ce statut de victime était éternel. Les violences faites au travail résultent notamment de l’esprit de concurrence et d’une politique du chiffre qui est très largement critiquée par l’opinion publique aujourd’hui. Travailler est une façon de contribuer à la société, pas d’être asservi à un système. Il faut revoir cette façon de gérer des individus. Les pratiques de bien-être comme la méditation, la sophrologie, le bien-être font partis de ces solutions possibles, certaines start-up les ont adoptées. Pratiquer la sieste au travail permet d’être plus productif, des reportages l’ont montré. La prévention reste le meilleur rempart contre ces violences, mais ces dernières commencent par des mots, des attitudes, des comportements, entre employés, entre l’employeur et ses employés, ou réciproquement. Tous les milieux sociaux-professionnels sont touchés, il est important que la médecine du travail ainsi que les syndicats soient sensibles à ces phénomènes. La loi permet de réprimer les violences morales, physiques et sexuelles au travail, d’où un guide pratique que j’ai mis en place à la fin du roman pour accompagner les victimes. Le harcèlement au travail est encore plus tabou que le harcèlement scolaire. Il concerne des adultes qui ont souvent honte et peur de s’exprimer sur le sujet, la loi du silence étant importante. Dans une entreprise, il y a des collègues, une direction, des membres qui peuvent être à l’écoute, de confiance. Auquel cas, des avocats, psychiatres et autres médecins peuvent venir en aide. Ne pas rester seul(e), c’est la clé.

Vous êtes présenté comme un "auteur engagé", qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
A l’heure actuelle, avec les tensions sociales et sociétales dans le pays, le rôle de l’auteur engagé est de combattre toutes les formes d’injustices et de souffrances. Pour ma part, je combats le harcèlement parce qu’il est une gangrène dans notre pays et il tue. Tous les jours, le harcèlement, quel qu’en soit sa forme, tue des innocents, des victimes qui n’ont pas d’âge, car elles ont tous les âges, dans une forme de banalité inadmissible, que l’on évoque dans les médias, comme si c’était un cas de vol ou de cambriolage. Harceler, c’est faire du mal et en jouir. Tout le monde est susceptible d’être bourreau, témoin ou victime. Un auteur engagé est quelqu’un qui prend position et qui l’assume. Je ne fais pas de politique politicienne, mais j’ai connu des instants difficiles dans mon parcours scolaire et professionnel et l’écriture m’a permis de m’en sortir. Combattre, c’est un moyen d’aider les autres à sortir de la souffrance et c’est ma façon de vivre et de me sentir utile à la société.

Votre livre suscite de nombreux témoignages et vous êtes connu également pour votre engagement contre le harcèlement scolaire. Ne craignez-vous pas que ces combats n’occultent votre autre facette d’écrivain, car vous êtes également auteur de romans oserais-je dire plus généralistes…
Le risque est élevé, c’est vrai. Mais je l’assume. Rester l’auteur engagé contre le harcèlement ne me dérange pas, tant qu’il faudra combattre ces phénomènes. J’ai eu la chance de pouvoir tourner la page et de construire ma vie d’adulte de manière plus libre. Mais tant de gens sont morts, en sont heurtés dans leur chair, ont leur vie d’adulte détruite pas des traumatismes… L’engagement que je porte est pour ces personnes qui, parfois, n’ont personne à qui parler. Alors mes mots sont au service de leur cause qui est également mienne. Pour moi, écrire un roman doit avoir du sens. Même si certains que j’ai écris ont été plus ordinaires et généralistes que d’autres, ils servent aussi à démontrer que je peux écrire ce que je veux sans avoir peur de la critique et du jugement des lecteurs. J’ai choisi avant tout la liberté d’écrire selon mes envies. Mes projets futurs vont aussi dans ce sens et je n’envisage plus d’écrire sur le harcèlement. Je souhaite me diversifier encore plus.

D’ailleurs, voulez-vous évoquer vos prochains projets d’écriture ?
Oui, pourquoi pas ? Je n’ai pas de tabous en la matière. J’ai en préparation un roman qui parle de préhistoire, un autre qui évoquera le mouvement des gilets jaunes, un autre plus généraliste… J’en ai au moins 4 ou 5 de côté, donc je n’ai pas de soucis pour l’inspiration. Je ne cherche pas à écrire des livres pour qu’ils soient des best-sellers. Je laisse cela aux auteurs recherchant uniquement le profit et la notoriété. J’écris avec le cœur dans l’authenticité et la sincérité, souvent à contre-courant des modes.

Enfin, voulez-vous adresser un message aux lecteurs de Destimed ?
Je les remercie à l’avance d’avoir la curiosité de lire cette interview, je les invite à me découvrir sur les réseaux sociaux, où je clame ce que je pense et où j’assume mes propos, même s’ils peuvent déranger. Je suis quelqu’un de direct et d’assez « nature », donc je n’ai pas de double face. Enfin, s’ils le souhaitent, ils peuvent découvrir mes œuvres sur mon site…Qu’ils n’hésitent pas à m’écrire sur facebook, instagram ou twitter, je réponds à tous les messages, question de principe !
Propos recueillis par Mireille Sanchez

"Diviser pour mieux régner"

Après avoir démissionné de son poste de publicitaire dans la capitale, Mickaël, 25 ans, retrouve un travail saisonnier dans une usine agro-alimentaire à Carcassonne. Il va alors découvrir un monde sans pitié : injustices, trahisons, règlements de compte, insultes, cadences infernales. Alors qu’il est au bord de la rupture avec sa compagne, Laura. Mickaël finira-t-il par surmonter ses épreuves ? À l’école, ce tabou a fait l’actualité. Mais qu’en est-il au travail, entre dépression et suicide, mal-être et remises en question du salarié quant à sa capacité de faire face aux pressions quotidiennes et à la politique du chiffre ? Dans ce roman, l’auteur nous montre un univers sans pitié où tous les travers de l’être humain ressortent, à travers un thriller palpitant.
Nul doute que ce livre est important pour Nicolas Bouvier militant de longue date contre le harcèlement scolaire et professionnel qui sous couvert d’un roman dénonce la Violence sournoise, quotidienne, la pression hiérarchique, la politique du chiffre, le pouvoir, les relations entre collègues… Livre factuel, le roman basé sur des faits réels est malheureusement rattrapé par l’actualité de ceux qui vivent comme un véritable enfer la déshumanisation de l’homme remplacé par des machines ou pire de l’homme mis à leurs services. Livre sociétale abordant le thème douloureux du harcèlement conduisant au mieux à une dépression et des arrêts de travail préjudiciable d’abord à l’employé devenu malade mais aussi à l’entreprise elle-même, au pire au suicide.
Ce livre rend hommage à toutes les victimes du monde du travail car, oui, il n’y a pas que des gens heureux dans cet univers, impitoyable et cruel, qui n’ont pas forcément choisi leur métier, mais qu’ils exercent malgré tout pour survivre dans un monde rongé par la crise et la corruption. J’ai une pensée profonde pour toutes les personnes qui se sont suicidées sur leur lieu de travail. Tout le monde peut connaître un phénomène de harcèlement sur son lieu de travail, au sein de son activité professionnelle. Le guide pratique de 35 pages en fin du livre a pour but d’accompagner d’éventuelles victimes, de concert avec l’association "Les ateliers du travail" qui aide les victimes de harcèlement au travail. En France, ce phénomène toucherait un français sur deux.

Nul doute que la précarité de l’emploi dans certains secteurs d’activités ou dans certaines régions contribue au silence d’employés, d’ouvriers et même de cadres sujets à des pratiques de harcèlement. Nous avons tous connu quelques roitelets imbus de leur fonction et s’octroyant un pouvoir dont ils abusent. Le livre Diviser pour mieux régner de Nicolas Bouvier alerte sur une pratique intolérable, un phénomène inacceptable. L’auteur n’a de cesse de combattre toutes les formes de harcèlements, souhaitons que son livre serve à libérer une parole, aide ne fut-ce qu’une seule personne dans le monde du travail et même ailleurs.
Nicolas Bouvier reverse un euro symbolique sur la vente de son livre à l’association "Les ateliers du travail" afin d’aider et d’accompagner les victimes de harcèlement au travail. Voilà une raison de plus, si besoin était, pour acheter son ouvrage.

Mireille SANCHEZ

"Diviser pour mieux régner", de Nicolas Bouvier. NDB Éditions. 228 p. 20 €.

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