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La Bibliothèque de Mireille : "Double amnésie", de Cécile Denjean

dimanche 27 octobre 2019

Le jeu de piste ne fait que commencer mais sache qu’il te réserve plein de (mauvaises) surprises…


Qu’est-ce qui a poussé la fragile Abby Le Guen à tuer son mari, médecin respectable ? Pourquoi est-elle désormais murée dans le silence ? Parallèlement, Manon, sœur jumelle de la gendarme Eloïse Bouquet, fait l’objet d’un harcèlement et de menaces. Quel sombre individu se cache derrière ces agissements et quel but poursuit-il ? Lorsque Manon est accusée du pire des crimes, sa seule défense tient en quelques mots : elle ne se souvient de rien... Sa sœur jumelle, Éloïse est la seule à pouvoir l’aider mais pour cela elle devra replonger dans le passé de sa jumelle. Fragilisée par le récent décès de l’homme qu’elle aime, Eloïse se lance alors dans une contre-enquête qui la confrontera à son passé et à l’histoire de sa jumelle dont le chemin a croisé pour le pire, celui des Le Guen... Un jeu de piste extrêmement construit, d’une écriture remarquable, Double amnésie entraîne son lecteur au cœur des noirs secrets de famille et se nourrit de la complexité relationnelle existant ici entre deux sœurs jumelles. Un roman diaboliquement captivant !

Mireille SANCHEZ

"Double amnésie", de Cécile Denjean. Éditions Marabout. 448 p. 19,90 €.

Extrait :
Lundi 28 juin 1999
La route déserte à cette heure matinale sillonne la campagne sous l’œil poché d’un ciel fatigué. Rosetta Florès remonte le col de son ciré. Tu parles d’un début d’été ! Seize degrés ce matin et un vent chargé d’humidité qui augmente encore la sensation de froid. La jeune femme baisse la tête et plaque sur ses jambes le pan de son imperméable soulevé par une nouvelle rafale. Avec ce vent fou qui tourbillonne et transperce ses vêtements, la promenade de santé jusqu’à l’usine de chaussures se transforme en parcours du combattant. Rosetta laisse échapper un soupir à l’idée du chemin restant à faire. Les contours du vieil abattoir à l’abandon se dessinent sur la droite. En suivant la route qui le contourne, elle en a encore pour vingt bonnes minutes de marche. Mais si elle coupe par l’abattoir, elle peut rejoindre la fabrique en moitié moins de temps. Elle l’a déjà fait une ou deux fois parce qu’elle était en retard. Rosetta Florès hésite, elle répugne à prendre ce raccourci qui l’oblige à traverser la zone désaffectée. Les infrastructures de béton sont lugubres avec leurs vitres brisées, leurs tags obscènes et la végétation grimpante qui ajoute au caractère sinistre du lieu. Sans parler des relents de viande froide qui émanent encore de l’endroit, du moins lui semble-t-il… La mitraille d’une bourrasque constellée d’eau met fin à ses atermoiements – elle a l’impression d’être giflée par des graviers – et Rosetta se résout à obliquer vers les vieux bâtiments.
Elle s’engage sur la route qu’empruntaient jadis les camions transportant les porcs, puis sur une longue sente piétonne écrasée entre deux blocs parallèles. Le ciel bas et gris s’étrangle dans ce morne goulot de ciment, au contraire du vent qui s’épanouit dans la brèche en hurlant. Le corps penché en avant, Rosetta avance d’un pas qu’elle voudrait rapide mais qui peine. Au coin de ses yeux, deux larmes fuitent sous l’assaut continu des rafales. Regrettant déjà son choix, la jeune femme relève la tête, estime la distance à parcourir pour être libérée de ce sinistre étau, et repart de plus belle pour mettre fin au calvaire. Elle entrevoit l’étendue du terrain vague au bout du chemin quand une stridence la stoppe net. Figée entre les murs balafrés de graffitis, elle tend l’oreille, mais le sifflement persistant du vent dans ses tympans couvre tout autre son. Impossible, elle n’a pas pu entendre quoi que ce soit ! Elle s’immobilise pourtant quelques secondes, tous les sens aux aguets. Une sourde inquiétude se fraye un chemin jusqu’à son cerveau. Le lieu est mal famé. Malgré les accès condamnés du rez-de-chaussée, des junkies squattent régulièrement les six mille mètres carrés de plateaux disséminés autour d’elle, et il se dit même que des satanistes investissent la salle d’abattage certaines nuits pour s’adonner à des rituels macabres avec sacrifices d’animaux… Rosetta n’a jamais prêté qu’une oreille distraite à ces commérages, mais en ce moment précis, avec en tête l’écho de ce cri qui a tout du braillement du porc qu’on saigne, elle n’en mène pas large. Elle scrute nerveusement derrière elle, puis devant et reprend sa progression avec un empressement qui ressemble à une fuite.

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