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La Bibliothèque de Mireille : " Entre deux feux " de Georges Brau

dimanche 3 septembre 2017

Je veux l’insécurité et l’inquiétude. Je veux la tourmente et la bagarre. Le roman de Georges Brau, outre qu’il colle à l’actualité géopolitique, annonce la couleur dès les premières pages. C’est bien de guerre qu’il s’agit avec tout ce qu’elle véhicule d’insécurité, de clandestinité et de cruauté.


Ancien officier de la DGSE, Georges Brau écrit d’expériences et sa parfaite connaissance des imbroglios et stratèges géopolitiques allié à un vécu sur le terrain, renforce la force réaliste de son roman. Suivant l’actualité meurtrière des champs de guerre et terrains de conflits, c’est en Syrie qu’il campe histoire et personnages. Dans ce pays à feu et à sang, au cœur d’une barbarie effroyable et semblant concentrer tous les enjeux diplomatiques du monde, Paul, agent de la maison (DGSE) et « honorable correspondant », doit trouver des preuves quant à l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement de Bachar el-Assad.
La prière du parachutiste, Paul s’y retrouvait parfaitement. Il demandait de préférence à Dieu « ce que les autres ne voulaient pas ». Masochiste, il réclamait « la bagarre et la gloire au combat » plutôt que de mener une vie bourgeoise, recluse et finalement, pour lui sans grand intérêt. Son périple, toujours entre deux feux, le conduira à des cohabitations dangereuses et de circonstances, tantôt avec l’Armée de libération et ses alliés djihadistes, tantôt avec les forces gouvernementales et leurs conseillers russes. Les rebelles d’un temps devenant des alliés hypothétiques sur une ligne de front dangereusement mouvante.

Entre deux feux est un roman d’un redoutable réalisme, où trahisons, violences et cruautés se confondent avec les jeux de pouvoir et d’argent sous couvert de diplomatie.

Mireille SANCHEZ

Extrait :

Tout avait commencé au Pays basque, quelques jours plus tôt, alors que, sur son tracteur, il tondait la pelouse de son parc.
L’arrivée inattendue de Pierre, ami de son fils Benjamin, il n’avait pas prêté plus que cela à l’étonnement, du moins au début.
L’athlétique jeune commandant de la DGSE était accompagné de son épouse, la charmante Steph, marraine de sa petite fille Charlotte.
Le couple parisien possédait une résidence secondaire à Biarritz, non loin de Bidart. Cela rendait la visite naturelle, d’autant qu’une forte amitié liait les deux jeunes gens au fiston et à son épouse, et se répercutait sur le couple de Paul.
Il ignorait, à cet instant, que La Piscine 3 avait choisi de le rencontrer dans sa résidence pour lui présenter de vive voix la nouvelle « peau de banane ». Un moyen habile : utiliser une relation appréciée pour momentanément lui faire baisser sa garde et écouter jusqu’au bout leur proposition.
Connaissant « le chibani », dès les amabilités d’usage échangées, Pierre refusa de jouer plus longtemps la comédie. Benjamin lui avait fermement suggéré de vite jouer cartes sur table avec son paternel, et donc de s’isoler pour lui soumettre la délicate mission à assumer en Syrie. Il ne tergiversa pas et suivit les conseils de son ami.
Paul se souvenait bien que, lorsqu’il avait demandé à lui parler en particulier, son épouse avait blêmi.
Elle n’était pas née de la dernière pluie, et avait vite compris qu’il y avait anguille sous roche. Sa colère montait déjà : cela faisait moins de quatre mois que son mari était rentré du Mali et, déjà, on le sollicitait pour une autre « aventure » !
« Sans doute la Syrie », pensait-elle avec crainte, puisque cela faisait la une des médias, qui se régalaient des promesses de frappes ciblées destinées à punir son dictateur, auteur présumé d’un massacre à l’arme chimique.
Toutefois, elle n’avait rien dit ni laissé paraître.
Peut-être avait-elle aussi pensé que son mari n’avait plus l’âge « d’aller éclairer les cibles » pour que les avions atteignent à coup sûr leurs objectifs. Un job assumé au temps révolu de sa jeunesse.
De toute façon, elle n’en saurait jamais rien. Paul ne se confiait jamais sur son boulot. Pour tout ce qui touchait de près ou de loin à son métier de barbouze, il était une tombe.
Une posture acquise de longue date. Au 13 RDP, déjà, où il officiait comme para de l’ombre, rien ne devait être divulgué. Pas même les habituels secrets de polichinelle, largement étalés dans les colonnes de la presse.
Avec tact, elle avait proposé à Steph de visiter son beau jardin, une élégante manière de laisser leurs hommes parler travail.
Réactif, quoiqu’en fronçant les sourcils, Paul avait fait à Pierre les honneurs de son bureau musée, où il conservait pieusement ses trophées. Tout comme le visiteur, ils avaient servi dans le régiment action du glorieux 1er RPIMa . Cet environnement familier devrait permettre d’arrondir d’emblée les angles et, surtout, de favoriser la franchise entre les deux hommes.
Dans ce sanctuaire de souvenirs opérationnels, chaque fanion, tableau, bibelot, mais aussi arme, contribuait à restituer une vie guerrière. Tout y rappelait des évènements particuliers, pas toujours très gais, mais c’était cela, aussi, le musée d’un vieux soldat.
La proposition de Pierre fut concise et sans détour.
L’offre était à prendre ou à laisser, l’urgence ne souffrant plus d’aucun retard, dixit Paris. D’ailleurs, en cas d’acceptation de Paul, une enveloppe contenant toutes les informations relatives à son identité officieuse attendait déjà dans l’attaché-case.
Une autre enveloppe, plus épaisse, contenait des billets de cent dollars pour l’aider lors de son infiltration. S’y ajoutaient les signaux de reconnaissance et adresses pour les partisans censés, plus tard, lui venir en aide.
Enfin, une note explicative l’informait qu’un avion de la boîte viendrait le prendre le lendemain après-midi à Parme, aéroport de Biarritz. Après un bref passage par Paris pour un briefing, il rejoindrait Chypre et sa capitale, Larnaka.
Là, on l’informerait plus précisément sur sa mission, et on lui fournirait les gadgets indispensables, dont un performant téléphone crypté et des armes. S’y ajouteraient également des instructions pour disposer, par la suite, de l’argent liquide indispensable pour éventuellement acheter les preuves susceptibles de mieux éclairer l’Élysée.
Il apprendrait aussi que, de nuit, un Caracal l’héliporterait jusqu’à un sous-marin croisant au large des côtes Libanaises.
Seule cette dernière donnée l’avait fait grimacer. Pour le reste, chaque chose en son temps…

" Entre deux feux ", de Georges Brau. Éditions Eaux Troubles. 380 pages. 21 €.

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