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La Bibliothèque de Mireille : Entretien avec Stephens Akplogan pour son ouvrage "Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant"

dimanche 15 mai 2016

Stephens Akplogan s’est attaché à raconter la vie d’Henri Djombo au-travers de son œuvre littéraire. Cette démarche, outre qu’elle éclaire sur les thèmes souvent repris dans les romans, pièces de théâtres et essais écrits par Henri Djombo, est une manière intelligente d’aborder la vie de cette personnalité, écrivain et homme politique. D’Henri Djombo, Stephens Akplogan dit qu’il est un guide, un de ces hommes qui éclaire… Nous avons rencontré Stephens Akplogan qui nous a parlé de son livre et de sa collaboration avec Henri Djombo…

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Stephens Akplogan et Mireille Sanchez au salon du livre de Paris (Photo R. Zohar)

Destimed : Quelques mots pour vous présenter ?
Stephens Akplogan : Je suis béninois, écrivain et spécialisé en biographie. Je partage ma vie entre l’Afrique du Sud (Pretoria) et le Mali (Kotomou). Et toutes les terres qui veulent bien m’accueillir chaque fois qu’une occasion qui se présente. J’ai publié plus d’une dizaine de livres à ce jour.

Quelles raisons vous ont poussé à vouloir écrire la biographie d’Henri Djombo ?
L’idée d’écrire sur le Ministre Henri Djombo est arrivée à la suite d’une rencontre que nous avons eu en 2014 au salon du livre d’Alger où nous étions tous deux invités. Mais c’est surtout après avoir lu son roman "Lumières des temps perdus" qui, pour moi, est un modèle de développement, une exhortation à ce que les Africains se découvrent autrement. Après cette rencontre personnelle avec ce livre, j’ai souhaité prospecter sur l’homme et écrire sur l’ensemble de ses œuvres. C’est l’objet du livre "Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant" qui s’articule en quelque sorte en deux parties : une partie biographie qui s’intéresse à sa vie et la grande partie qui une exégèse de l’ensemble de son œuvre.

Comment avez-vous gagné sa confiance ?
Je pense que tout politicien est forcément méfiant. Concernant Henri Djombo ce qui l’a rassuré, je pense, c’est la simplicité du geste et les premiers résultats qui ont permis d’apaiser cette crainte qui était naturelle. C’est un homme de pouvoir qui voit arriver un jeune homme sorti de nulle part qui veut écrire sur lui, ce n’est pas suffisant pour qu’il se mette sur son 31. Il faut le rassurer et ça passe par la qualité du travail que vous lui proposez. Et c’est ce qui s’est passé. Nous avons commencé à écrire. Je lui ai envoyé le 1er chapitre, il l’a lu, ça la conforté et il m’a répondu que ca lui plaisait bien et que je pouvais continuer. Et finalement ça a abouti à ce livre qui rend compte à la fois de l’œuvre et de la personnalité de ’homme.

Pour ce travail d’écriture, avez-vous toujours été libre de vos choix ?
Oui. En fait en matière de biographie je donne toujours mon orientation parce que certes la personnalité du sujet est en jeu mais écrire une biographie part de la symbiose de 2 vies : la vie du sujet et la vie de l’écrivain lui-même. Tant qu’il n’y a pas de rencontres entre ces deux univers, le travail reste à priori une simple littérature. Or la biographie, au delà d’être une littérature, a pour fonction d’éclairer, d’ouvrir des brèches et d’inspirer. Le livre c’est en quelque sorte un livre de développement personnel. Quant on s’inspire de la vie d’Henri Djombo, quand on s’inspire des fondamentaux qu’il propose dans ses romans, on peut bien se dire "il n’y a pas matière à se décourager quand on est jeune. On peut bien se convaincre de ce que l’avenir est possible". Et pour que l’avenir soit possible, il faut au préalable que celui qui écrit et le sujet sur lequel il écrit rencontre une certaine entente une certaine complicité.

Qu’est ce qui vous a marqué dans les œuvres d’Henri Djombo et chez l’homme lui-même ?
Ce qui m’a marqué concernant ses œuvres, c’est la constance de cette volonté qu’il a d’éclairer, d’instruire et de guider. Parce que l’univers de ses ouvrages se déroule souvent soit un village et un parvenu, c’est-à-dire quelqu’un qui a souffert et qui a finalement a retrouvé son chemin. Mais c’est souvent des gens qui ont été martyrisés, au cœur de beaucoup de drames, de tragédies et qui se refusent à pactiser avec le mal. Nous voyons bien aujourd’hui qu’avec l’ambiance, l’environnement socio-politique, il est beaucoup plus facile de tendre vers la corruption de l’esprit et même de l’âme. Quand on voit l’acteur politique de la trempe d’Henri Djombo habiller ses personnages d’autant de courage, d’autant d’endurance de sorte qu’ils se refusent à la déchéance, on se demande est-ce que c’est une projection dans le vide, est-ce que c’est un récit juste pour remplir des pages ou cela coïncide avec la personnalité de l’homme ? Cela répond à la deuxième partie de la question. Henri Djombo, c’est un homme concret. C’est un homme qui ne s’affuble pas de vaines gloires, c’est un homme qui ne veut pas paraître, c’est un homme réel qui ne prend pas d’engagement plus qu’il ne peut assumer. Et je peux vous confesser que j’ai approché beaucoup d’hommes politiques et quand je compare, je peux dire qu’Henri Djombo est un homme politique qui reste humain et c’est ça l’originalité de la personne.

Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant est le tome 1 de cette biographie…
Oui mais le tome 2 est fin prêt, il paraîtra courant 2016. Le tome 1 rend compte du romancier qu’est Henri Djombo, de sa vie mais surtout de son talent de créateur, de romancier. Le tome 2 rend compte de la dimension du dramaturge, c’est l’ensemble de ces pièces de théâtre qui est exploré. Il y aura bien sur une partie sur la vie d’Henri Djombo qui sera exposée. Mais je veux dire que, par exemple, "Bruits de Couloir", c’est la version condensée de "Lumières des temps perdus", c’est donc un livre que je recommande à tous les Africains qui veulent parler d’africanité et de panafricanisme.

Avez-vous rencontré une difficulté particulière dans cette aventure littéraire et humaine ?
J’ai tout de suite compris qu’il fallait laisser le champ de réflexion ouvert et qu’il y aurait forcément plusieurs tomes. On ne peut pas cerner Henri Djombo d’une façon précipitée ou bâclée. C’est vrai qu’il y a forcément des difficultés mais en fait la seule difficulté est qu’Henri Djombo est véritablement très occupé ce qui fait qu’on ne peut pas toujours le voir au moment où l’on voudrait. Mais finalement, nous avons toujours pu nous entendre et le résultat est là.

Quelle est, selon vous, la place de l’écriture dans la vie d’Henri Djombo ?
Je pense que c’est un exutoire. C’est pour lui un moyen de recentrer ses passions, de se guérir et d’éviter encore de tendre vers le néant. C’est quelqu’un qui écrit tout le temps, en avion, en peu partout. Il a assez fait de sa vie pour se reposer mais il cherche et recherche à soigner son âme, soigner son esprit. Écrire, le maintien en vie et l’empêche de vieillir.

Et dans la vôtre ?
La place de l’écriture est fondamentale dans ma vie. J’ai choisi l’écriture parce qu’elle me permet de dire avec beaucoup plus de patience ce qui peut énerver à priori. L’écriture me permet de me guérir moi-même. Et de comprendre autrui parce qu’avant d’écrire un ouvrage il faut se projeter dans divers horizons. Donc cela permet de purifier mon regard sur le monde que je vis, le monde que je rencontre. Cela permet de créer un sanctuaire qui m’aide à rester humain, qui m’aide à rester jeune, qui m’aide à rester simplement l’enfant que je suis appelé à demeurer quel que soit l’âge que j’aurai atteint.

Quel regard portez-vous sur la littérature en Afrique aujourd’hui ?
La littérature bouge en Afrique malgré les vicissitudes, les découragements, les échecs. Quand un pays comme le Congo arrive à s’offrir un stand de 300 m² au Salon du livre c’est une prouesse. Mais c’est aussi une exhortation aux autres pays d’apprendre à s’occuper de littérature. Parce que c’est la clé du monde, c’est la clé du succès, c’est la clé de la créativité. On va nous chanter qu’il faut industrialiser l’Afrique, oui mais il faut forcément que l’on retourne l’esprit de l’Africain vers la littérature pour abolir les frontières et pour le projeter davantage dans son histoire. Si je parle de moi, comme auteur, je me définis comme un auteur africain. Je tiens à cette dimension. Je suis Africain, je le reste et vais le rester. Pour le reste, je suis aussi un homme de rencontres.

La francophonie apporte-t-elle une touche particulière à l’écriture africaine ?
La littérature est avant tout une pensée. Ce n’est pas un langage, j’allais dire ce n’est pas une langue. Je suis certes membre d’une communauté francophone où l’on parle et écrit en français. Mais, je pense que ma façon d’écrire, ou la façon d’écrire de tout Africain, reste imbibée des fondamentaux de sa culture. Parce qu’avant tout, avant d’écrire en français, je réfléchis dans ma propre langue. Un jour viendra où nos langues auront une certaine dimension et ouvriront d’autres portes d’autres dimensions, mais pour le moment je reste conscient que la pensée africaine, la pensée de ma culture suinte dans la littérature française et francophone.

Enfin, dans quelle ambiance écrivez-vous ?
J’écris directement sur un ordinateur. J’écris partout, je n’ai pas de rituel propre. Quand je suis coléreux, j’écris. quand je suis extrêmement content, j’écris. Il faut ces deux choses pour me motiver. Mais quand je suis coléreux et que je commence à écrire quelque chose, le résultat me rend heureux et me guérit de la colère que j’avais au début. Une littérature sans révolte ou sans perspective de grande émotion n’est pas une littérature donc il faut qu’il y ait en amont de fortes émotions, trempées dans une certaine rationalité pour parvenir au résultat qui fasse une communion avec l’autre part de l’humanité c’est-dire les lecteurs, ceux qui vont découvrir le livre. Pour proposer ce résultat, il faut forcément avoir ressenti les choses, avoir découvert et avoir éprouvé la volonté de communiquer aussi.
Propos recueillis par Mireille Sanchez

"Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant" de Stephens Akplogan


L’ouvrage est annoncé comme une biographie, mais c’est au-travers de ses œuvres littéraires que l’auteur propose une approche de l’homme. Et, il faut le dire, les textes (nombreux) d’Henri Djombo, au prisme de Stephens Akplogan, s’avèrent riches d’enseignements sur la personnalité et le parcours de l’homme tout à la fois politique et écrivain. La particularité du livre de Stephens Akplogan tient autant à sa structure qu’à son contenu. L’auteur s’est livré à une critique pointue et propose une lecture subtile des écrits romanesques d’Henri Djombo. On peut comprendre la fascination du biographe pour son sujet, il faut tout autant reconnaître le travail de lecture et d’étude qu’il lui a fallu pour en restituer les résonances particulières. L’auteur démontre qu’au-travers de ses romans, pièces de théâtres, nouvelles, Henri Djombo jouant avec ses personnages évoque notamment, avec force et conviction, des modèles sociétaux et économiques novateurs dans le contexte factuel du Congo d’aujourd’hui et ose de nouvelles perspectives pour toute l’Afrique de demain. "En cela, le rôle d’Henri Djombo se remarque. Il aime suggérer des questionnements" écrit Stephens Akplogan. Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant est le premier tome de cette immense attache, rendez-vous est donc pris avec le biographe pour la suite de cette exceptionnelle exégèse.

Extrait : En effet, il faut saluer l’ingéniosité et surtout le cas de conscience que manifeste tout généreusement Djombo. Est-il besoin de rappeler qu’il est cadre supérieur et ministre congolais ? Le mérite ne vient pas du fait qu’il ait commis un livre de cette ampleur sur les réalités profondes et secrètes avec ses attributs ministériels. Il n’est d’ailleurs pas le premier à manier sa plume du tréfonds de ses aises ministérielles, mais son mérite tient du fait qu’il a eu la conscience de porter aux devants de la jeunesse et de tous autres passionnés les mécanismes de l’injustice qui continuent d’assombrir le destin de son continent. Les jeunes ont, me semble-t-il, besoin d’entendre la vérité sur les ressorts au moyen desquels on contriste leur espérance. George Corm, dans son livre Le nouveau gouvernement du monde, a également levé un coin de voile de ces dérives et arbitraires qui ébranlent la destinée des peuples du sud. Cette générosité intellectuelle et cette conscience républicaine manquent à nombre de cadres dont l’esprit reste englué dans ce pacte contre-nature dont ils ont vécu au sommet de l’État. Henri Djombo pourrait être perçu comme comptable des maux qu’il dénonce si on s’embarquait dans un raisonnement autophagique, en se disant que tous les hommes politiques sont des véreux, or il en est un et donc il est véreux. Mais la componction dont il fait preuve semble rendre compte de la qualité de ses perceptions même au cœur de cette dynamique d’État.

Mireille SANCHEZ

"Henri Djombo. Le refus de tendre vers le néant" de Stephens Akplogan - Éditions Langlois - 191 pages - 13 €

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