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La Bibliothèque de Mireille : "Invitation à l’Abbaye", d’Ambroise Touvet

lundi 25 décembre 2017

Une communauté nous ouvre ses portes et nous invite à sa table. Derrière la clôture, la vie des communautés monastiques se déroule entre prière, liturgie et travail, à l’abri du tumulte du monde. La règle de saint Benoît, qui s’est largement diffusée depuis quinze siècles, régit tous les aspects de la vie monastique, y compris le service de table et le régime alimentaire. Ce dernier se révèle étonnant d’actualité et proche des recommandations contemporaines.


Cette "Invitation à l’Abbaye" est d’abord une incitation à découvrir la spiritualité bénédictine qui s’appuie sur les trois piliers que sont la prière, la lecture et le travail. "Depuis le XIXe siècle, on enchâsse la vie bénédictine dans la formule latine ora et labora, mais celle-ci serait incomplète sans le mot lege. Ora, lege et labora, "prie, lis et travaille". En effet, en plus des temps occupés à l’entretien des fonctions vitales que sont les repas, les temps de récréation et de repos, la vie quotidienne communautaire propose par saint Benoît s’appuie sur les trois piliers que sont la prière, la lectio divina et le travail."
Si, pour vous, entrer dans une abbaye est une première, peut-être avez-vous en tête des idées toutes faites sur la vie en communauté, l’organisation d’une abbaye ou les occupations qui rythment les journées des moines ou des moniales. Il est temps de revoir vos clichés ! Il faut s’imprégner de la vie communautaire à l’abbaye, de la charité fraternelle et s’ouvrir à une nouvelle façon de penser. La vie communautaire et la charité fraternelle. Qui dit vie communautaire, ne dit pas anéantissement de l’individu, fondu dans un grand "tout" ! La vie communautaire, est au contraire le révélateur de l’être profond de chacun. Elle n’efface pas les différences, n’éloigne pas les contrariétés possibles ni les frictions. A travers les principes de vie de la Règle, elle apprend aux moines à les surmonter dans l’amour, l’écoute des frères, la patience et le pardon envers eux, ce que l’on peut résumer par le mot "charité".
Ce beau livre invite à suivre les journées des moniales, ponctuées d’offices, de préparation active en cuisine, de récolte au potager et au verger, de dur labeur dans les vignes ou à la ferme, ou encore de travail minutieux à l’atelier d’enluminures. Faire son travail dans la joie, savoir écouter et se taire, prendre soin des plus faibles…
A l’Abbaye, le cellérier est responsable des affaires matérielles. Sage, mûr, sobre, humble, pas gros mangeur, ni brouillon, ni querelleur, ni lent, ni prodigue… telles doivent être les qualités du cellérier. A l’abbaye de Notre-Dame-de-Fidélité, c’est un tandem, celui de sœur Armelle et de sœur Maïté, qui remplit cette charge. Les deux cellérières veillent à l’équilibre entre vie de prière et travail, avec le double objectif de rentabilité et de la quiétude de la communauté.
Tandis que la sœur réfectorière assure la bonne tenue du réfectoire mais s’occupe aussi du détartrage des chauffe-eau toutes les semaines ou du nettoyage "à fond" du réfectoire chaque samedi assistée de sœurs pour ce faire. Réfectorière est l’un de ces "métiers" très monastiques dont la définition n’apparaît pas dans les dictionnaires, même le Larousse ! Sœur Marie-Marthe, aidée d’une ou deux sœurs, veille au bon déroulement des repas. Elle fait preuve d’une attention discrète envers chacune des sœurs. Au réfectoire comme au chœur, le silence est la condition pour que les esprits soient eux aussi nourris. Sœur Marie-Marthe et sœur Anne-Sophie sont les deux responsables de la "brigade" de l’abbaye. Dans leur service, elles se rendent bien compte qu’après le chœur de l’abbatiale, la cuisine est l’autre cœur du monastère, dans le sens où le moral des troupes est dans l’assiette ! La maxime populaire ne se trompe pas, car se nourrir est vital, et le soin apporté à la préparation des repas se ressent chez ceux qui mangent.
Le travail de la terre est lié au sens du travail monastique. L’Abbaye de Jouques tire l’essentiel de sa subsistance du travail de la terre et la vie y est rythmée par l’alternance des saisons. Le surplus du potager mais aussi de la ferme et du verger est vendu à la boutique monastique où l’on trouve chaque jour des œufs frais, des fruits et des légumes de saison mais aussi des bocaux de confitures, l’huile d’olive et bien sûr le vin produit à partir des vignes de l’abbaye. Dans la boutique, des photos attestent du travail des sœurs… Vous savez, c’est la même sœur qui prie dans le chœur et qui part ensuite conduire son tracteur dans les vignes !
Enfin, les moniales nous invitent à leur table de tous les jours et celle des jours de fête. Leur cuisine, simple, goûteuse et saisonnière, met en valeur les produits du potager, du verger et de la ferme. En plus des saisons, la cuisine monastique est influencée par la tradition chrétienne et le calendrier de l’année liturgique. Les recettes présentées dans le livre sont servies à la table de l’hôtellerie du monastère, aux pèlerins ou aux retraitants.
Et ce sont plus de 70 recettes qui évoquent la vie des moniales de l’abbaye de Notre-Dame-de-Fidélité, du printemps à l’été, de l’automne à l’hiver, mais aussi menus de carême, menu de Pâques, menu de vendanges, menu de Noël et même menu africain inspiré de la fondation de Notre-Dame-de-l’Écoute implantée par les sœurs au Benin. Ces recettes varient selon qu’elles appartiennent à l’ordinaire, au repas du dimanche ou à l’extraordinaire des fêtes liturgiques. Le repas des sœurs est souvent allégé par rapport à celui des hôtes…
L"Invitation à l’Abbaye" accueille le lecteur avec bienveillance et lui offre, au fil des pages, non seulement une nourriture saine et savoureuse mais aussi spirituelle et intellectuelle. Un très beau livre mais pas seulement et nul doute qu’après avoir parcouru les pages et cuisiner quelques unes des recettes des moniales, vous aurez le désir de vous rendre à Jouques, de frapper à la porte de l’abbaye Notre-Dame-de-Fidélité et de saisir ce privilège unique d’entrer en clôture. La sœur de la porterie vous répondra alors avec toute la douceur de la crainte de Dieu : Deo gratias ! Benedice !

Mireille SANCHEZ

"Invitation à l’Abbaye", auteur Ambroise Touvet, photographe Fabrice Veigas. Éditions Larousse. 208 pages. 24,95 €.

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